Telegraph ©Emilie Mauger

Renouveau pop-rock

Après deux ans, deux singles sortis et des milliers de kilomètres parcourus, ils partagent aujourd’hui leur dernière création : « Down in the River ». Entrevue avec Julien, Matthieu et Maxime.

On sent une évolution avec les deux singles précédents, très folk, sûrement dans la logique de composition du futur EP : « Au fur et à mesure de nos voyages, du Canada en passant par New York, jusqu’en Norvège, on a pris un peu d’influence partout. Notre écriture a évolué assez vite. » (Julien) Ils expliquent vouloir à terme réussir à mélanger tous les styles. « Down in the River » étant pour eux le premier morceau représentant cette mixité : un côté soul avec gospel, une rythmique à la batterie qui tire vers le hip hop, avec une base pop-rock. « C’est un vieux morceau qui date de la création du groupe donc ça fait peut-être un an et demi qu’on le joue en concert. Il est arrivé très vite mais a beaucoup évolué. On préfère toujours tester un son d’abord avec le public. » (Julien) Leur idée première est véritablement l’échange, que chaque chanson soit un véritable cri du cœur partagé avec le public. « Quand on crée un morceau, on imagine tout de suite le scénario derrière, l’histoire que l’on va raconter, d’où le court-métrage sur le clip de « Broken Bones ». » (Julien)

 

 

Depuis le départ, leurs morceaux s’inscrivent comme une sorte de journal de bord parlant de voyages, de paysages sauvages et d’aventures. Avec chaque titre, on sent une réelle connexion à la nature sous toutes ses formes. Telegraph était d’ailleurs présent au Nouveau Casino de Paris dans le cadre de la soirée L214 il y a presque deux ans. La cause animale et écologique semble leur tenir à cœur. « C’est vrai que « Down in the River » est assez engagé car ça parle de la planète et de la dégradation de l’environnement. Pour L214, on a envoyé un message à l’association directement. On leur a dit que ça nous ferait énormément plaisir de jouer avec Yalta Club, et que ce serait un immense honneur d’être là. » (Matthieu) « Après, on n’est pas un groupe de rock engagé à proprement dit. On a tous les trois des causes personnelles comme n’importe qui, mais la musique, pour nous, ça reste un partage avant tout, un loisir, on veut que les gens écoutent nos morceaux pour le plaisir. On ne veut pas s’engager dans une voie trop définie, mais c’est vrai que l’on peut toujours essayer de rappeler aux gens qu’il faut pas oublier certaines choses, même nous les rappeler à nous-mêmes d’ailleurs. » (Julien)

En se basant sur le partage de leur musique avant tout, Telegraph apparaît comme un vrai ovni utilisant tous styles musicaux confondus. « On a tous les trois un socle commun de références musicales pop, rock et soul, avec chacun aussi nos spécificités. Côté soul, je dirais que Leon Bridges est pour nous un des meilleurs artistes soul américains. On a aussi Son House, plus blues, le groupe anglais FUR pour la pop-rock. » (Matthieu)

Pour « Down in the River », ils expliquent avoir rajouté un côté rock un peu urbain, un peu électro qui les rapproche du groupe pop-rock Imagine Dragons. « J’écoute vraiment de tout, des artistes anglais comme Sam Fender, jusqu’aux premiers albums de Coldplay qui m’ont beaucoup inspiré. Après c’est vrai que mon batteur de prédilection c’est Phil Collins, c’est très années 80 pour le coup. Pour les futurs morceaux, on a aussi pris des idées et des sons dans la musique sud américaine, cubaine, africaine… Par exemple, moi je fais beaucoup de djembé, et on a déjà des morceaux sur scène où je joue aussi des timbales [Ndlr : à prononcer timbalès, à ne pas confondre avec des timbales d’orchestre]. Avec tout ça on crée un espèce de métissage musical. » (Maxime) « En tant que chanteur, j’écoute énormément de trucs différents, c’est ce qui peut donner ce mélange hybride entre le chant un peu pop et la musique qui tire vers du folk-soul. En ce moment, tous les trois on s’inspire pas mal du groupe américain Needtobreathe. » (Julien)

 

 

Tous originaires de France, ils empruntent tout de même pas mal au style folk américain, leurs chansons ainsi que leurs clips sont d’ailleurs écrits et réalisés en anglais. « Pour moi l’anglais c’est une question de patrimoine musical, par rapport aux artistes que nos parents nous ont fait écouter quand on était enfants. J’ai encore chez moi les vinyles des Beatles de mes parents, Bob Dylan aussi, ou même U2. Le jour où je suis tombé sur une guitare et que j’ai commencé à faire de la musique, ça ne m’est pas venu à l’idée que ça soit en français, l’anglais était plus naturel pour moi. » (Matthieu) « Je pense que nos parents ont vécu une énorme époque dans les années 70 et 80, où le rock était hyper fort et où les groupes les plus mythiques ont tous sorti les gros titres que l’on connaît et que l’on admire encore aujourd’hui. J’ai appris la batterie avec « Money for Nothing » de Dire Straits, mais aussi avec AC/DC ou Metallica. » (Maxime)

En reprenant leur idée de partage, le fait d’écrire en anglais s’inscrit aussi de manière logique : c’est une manière pour le trio de se rendre universel et exportable. « Dans un sens, tout le monde a accepté que l’anglais soit parlé un peu partout, c’est juste un outil de transmission sans limite de frontière. » (Julien) En parlant de l’origine de leurs textes, on se demande aussi d’où peut bien venir le nom Telegraph. « Tout simplement, quand on a commencé à enregistrer les premiers morceaux, c’était dans un studio qui se trouve tout près de la station de métro Télégraphe à Paris. Comme tous les jours on se retrouvait là, c’est devenu un peu notre point de départ. » (Matthieu) « Après il y a  un message supplémentaire aussi, parce que le télégraphe c’est un des premiers moyens de communication dans le monde. C’est un peu le vecteur commun, nous aussi on voulait raconter nos histoires à travers notre propre moyen de communication. » (Maxime)

 

Telegraph © Emilie Mauger

 

Pour le moment, le trio a décidé d’établir son nouveau QG à bord d’un bateau-péniche à Alfortville. « La petite histoire de ce lieu c’est qu’il y a deux ans, je suis rentré d’un road-trip aux États-Unis et j’étais en galère d’appart. Je suis tombé sur un pote qui m’a dit que ses parents louaient une partie de leur péniche, j’y suis allé et j’ai vraiment eu un coup de cœur pour le lieu. » (Julien) « Depuis un an, on s’est équipé avec du matériel de plus en plus professionnel pour pouvoir enregistrer directement une grosse partie de l’EP là-dedans. Sans avoir de contraintes en fait, pour être libre de pouvoir retranscrire nos idées instantanément. » (Maxime)

Ce fameux EP contiendra bien entendu les trois titres déjà sortis, mais bien plus aussi. « Que ce soit djembé, timbales, violons… on essaye de s’imprégner des cultures de pays différents pour chaque morceau. » (Maxime) « Tout ce que l’on peut dire c’est que comme pour le gospel qui avait un côté un peu inédit sur « Down in the River », aujourd’hui on enregistre des maquettes de violon pour un prochain titre. » (Julien)

Texte & photos : EMILIE MAUGER

“Down in the River” / Telegraph Records

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