Le Québec et l’Acadie aux BIS de Nantes

Cité des congrès  – Les 21 et 22 Janvier 2026

 

La cité des congrès de Nantes a accueilli le grand salon des professionnels du spectacles. Au programme, rencontres, débats, showcases et spectacles à l’instar de la soirée « Le Québec et l’Acadie en scène », soirée animée par Pierre Lapointe.

 

Allô Fantôme ! Bonjour, Je réalise aujourd’hui cette petite interview au BIS (Événement des professionnels du spectacle et des acteurs culturels) où tu fais partie du “Québec et l’Acadie en scène !” Soirée animée par Pierre Lapointe. C’est l’opération Côte à côte qui revient aux BIS de Nantes et consacre une soirée toute spéciale à trois artistes importants de la scène émergente du Canada avec les groupes BAIE, DVTR et bien sûr Allô Fantôme !

 

C’est le projet musical de Samuel Gendron musicien claviériste, que l’on a pu découvrir dans les groupes Efy Hecks, Blood Skin Atopic et Mort Rose. Pour ce groupe, Gendron s’est entouré des membres de Comment Debord, Mort Rose, Efy Hecks et Stoylov. Après un premier EP en 2022, il lance son premier album, CHUT!, en 2024 et bientôt un deuxième courant 2026.

D’abord tu as réussi à agrémenter un peu toute cette culture musicale que tu aimes bien, du rock énergique des années 70 aux chansons “un peu rétro“ ?
Samuel : Cent pour cent, c’est ça.
Je m’explique avec aux multiples arrangements riches et amples, des progressions harmoniques raffinées.

Ton image, ton univers visuel notamment dans les clips me font penser à l’imaginaire, la poésie de Thomas Fersen qui serait dans des veloutes musicales des années soixante dix…
Samuel : Ha, j’aime bien Thomas Fersen, veloutes musicales sans barrière…

ALLO FANTÔME © Ivandestofs

Tu n’hésites pas à mettre des couches d’instruments, y compris de flûte, de chœurs, beaucoup d’arrangements, peux-tu m’en parler ?
Samuel : Il y a un petit côté orchestral, maintenant je pense que tout se fait, du coup, ça se mélange, tout se fait aujourd’hui, mais je pense que c’est plutôt rare, la flûte et le sax, là quand même, ça ramène vraiment, ça donne vraiment une note tout de suite, qui parle comme sur le morceau « un imaginaire », c’est pas vraiment des chansons, vraiment juste guitare, basse, drums, il y a comme une autre couche, c’est plus une ambiance, y’a une petite couche féérique peut-être, et puis après, y’a l’univers, un peu, par l’accent.

 

Je ne sais pas s’il y a un peu de l’accent mais tu as un timbre assez particulier, singulier ?
Samuel : Ça se peut, un peu, après c’est moi qui le dit, un peu nasal, ouais, aiguë, ça amène aussi cette singularité qui est intéressante.

 

J’ai pu lire que tu as eu déjà pas mal de reconnaissances professionnelles ?
Samuel : Oui, récemment, il y avait, en 2025, au Québec, j’étais nommé Révélation Radio-Canada, ce qui est quand même vraiment cool, ça m’a donné beaucoup d’opportunités et de visibilité. J’ai sorti deux singles aussi, très récemment “ Journée Ordinaire / Comment se Perdre “. Puis c’est ça, je suis en France, c’est vraiment cool, plusieurs shows qui s’en viennent, je retourne en France, je pense en été prochain, c’est pas mal ça. Je vais essayer de travailler sur un nouvel album. Le premier s’intitulait Chut ! réalisé par Alexandre Martel (Hubert Lenoir, Thierry Larose, Lou-Adriane Cassidy).

 

BAIE

 

Originaire de l’Acadie, le groupe BAIE est un groupe pop et disco réputé pour ses performances scéniques hautes en couleur ! avec un groove lumineux voir brillant.
Le groupe est composé des 4 membres : Chloé Breault (basse et voix), Matt Boudreau (claviers, guitares et voix), Marc-André Boudreau (guitare électrique et voix) et Maxence Cormier (batterie).

 

Comment définiriez-vous votre musique ?
Marc-André : Dans le fond, avec BAIE, on priorise surtout la nostalgie, l’énergie positive dans la musique. Avec les paroles, on parle de ce qui nous fait nous sentir bien.
On priorise le fun. Je crois que le but avec ce projet-ci, c’était justement de reprendre ce petit buzz-là et faire ressentir ça aux gens.

 

Quel groupe vous a marqué un peu pour fonder BAIE ?
Marc-André : C’est un peu drôle parce que tu vas avoir des réponses vraiment différentes. Moi, de mon côté, j’écoutais pas mal juste du métal pendant longtemps, longtemps, longtemps. J’ai fait mon baccalauréat en musique classique. J’ai ce bagage-là de métal et de musique classique. Je me suis lancé plus dans le pop après les études.
Je suis dans BAIE maintenant. Je joue du pop. Oui, c’est beaucoup de classique rock.
Beaucoup de bands comme ABBA, Fleetwood Mac, qu’on dit surtout.
Mais dans le fond, c’est un mélange de tout.
Chloé : Moi, j’étais surtout dans le monde de pop. J’ai été étudiée en chant pop au Québec. Donc, c’est sûr que je crois que Mathieu est un peu le pont, moi puis Marc-André, dans le sens que c’est là qu’on est capable de connecter nos énergies du classique, du métal, du pop, puis mélanger tous ensemble. C’est ça qui fait un peu l’essence de BAIE, je crois. C’est comme ce côté sans limite là, qu’on mélange plein de styles ensemble. On va surtout le remarquer et l’entendre dans le deuxième album qu’on est en train de préparer tout de suite.

BAIE © Ivandestofs

Un deuxième album, qui va s’appeler ?
Chloé : On n’a pas encore de nom. Tu n’as pas de primeur parce que nous autres aussi, on ne sait pas comment ça va s’appeler mais c’est supposé sortir cet été.
C’est un album qui représente beaucoup plus nos misères, je dirais, puis tout ça fait qu’au lieu d’avoir ce côté très flaflat, très léger, on creuse dans les bobos un petit peu plus sérieux. C’est ce qui fait en sorte je crois qu’on a une palette complète de ce qui se passe avec BAIE. On garde quand même la nostalgie, on garde quand même cette innocence-là dans les chansons.
Marc-André : L’énergie est encore là, sinon plus que dans le premier.

 

Vous aimez beaucoup communier avec le public, jouer en live. J’imagine que vous essayez de faire de nombreuses tournées ?

Marc-André : Oui, On aime surtout faire des festivals. Nous autres, on est un band, on a trouvé que ça fonctionne très bien dans les festivals, parce que le monde peut justement être debout et danser et vraiment écouter de la musique.
Nous autres, on est cinq ou six sur stage. On a des back up danseurs avec nous autres. Il y a Marianne et Valérie qui font des chorégraphies de danse en même temps que nous, on chante nos chansons. On a la batterie, les synthétiseurs, la guitare, la basse, plein de voix, plein d’harmonie, donc on a vraiment le gros paquet.

Et on aime que c’est explosif, justement pour en donner le plus possible à ceux qui nous écoutent !

 

DVTR

 

La chanteuse Demi-Lune et Jean Divorce forment ce duo québécois qui prend un malicieux plaisir à lancer à ses spectateurs ébahis des chansons coup-de-poing déjantées.

 

DVTR, d’où vient ton riz ? C’est vraiment une boutade… il y a une explication précise ?
Demi-Lune : En fait, c’est une question très philosophique de se demander d’où viennent nos choses, d’où vient ton riz, d’où viennent tes souliers… C’est un peu une critique sur la mondialisation, est-ce que c’est normal qu’on ait accès à des avocats, nous qui sommes en plein mois de janvier. Mais finalement, on est parti sur ce délire-là, on a lancé la première chanson de DVTR avec ça.
Puis là, on a dit, ça peut être un peu n’importe quoi, DVTR, ça peut être des vendredis trop rock, ça peut être divertir, ça peut être… Donc, on joue un peu avec les lettres de DVTR, lettres acronymes de ce que l’on veut…

Bon, après, ça va être une question qui va vous revenir tout le temps.
Demi-Lune : Exact, on change à chaque fois.

 

J’ai écoutés les titres : Les flics, la Vasotomie, Crématorium, qui sont des thèmes qui sont pris avec un humour et une dénonciation forte en même temps ?
Demi-Lune : Oui complétement.

 

Dans ce monde de Zinzin, vous essayez de créer une provocation pour ramener tous ces thèmes importants, que ce soit le féminisme, le machisme, la mort… pour en créer une espèce de sauce épicée rock’n’roll. Rock’n’roll, punk, électro… Un beau fourre-tout qui explose sur scène ! ?
Jean Divorce : Je te dirais que la majorité de l’intellectualisation de nos chansons, de notre projet, est offerte par nous, par des gens qui écrivent des mots comme ça. J’adore entendre des descriptifs genre…

DVTR © Ivandestofs

Vous avez un auteur ?

Jean Divorce : Non, non, non. Ah non, pardon. Je pense qu’on n’a pas de grandes réflexions, des grandes visions secrètes, des grands matchs d’écriture, donc ça sort comme ça sort. Les gens et les médias l’intellectualisent beaucoup.

Demi-Lune : Le but, c’était de pointer des problèmes, un peu.
Les flics sont des sacs à merde, vasectomie pour tous, mais avec un petit clin d’œil, pas rigolo, mais on n’est pas Bérus fâchés, on ne veut pas saccager l’auditorium 800. C’est juste que les gens crient les flics sont des sacs à merde, mais avec un sourire, mais en étant conscient de la phrase, mais tout ça est comme un univers.
Moi, j’aime beaucoup voir les gens, un sourire aux lèvres, crier vasectomie pour tous, même les hommes !
Ça fait que j’aime ça, cet aspect-là, le moins fâché, punk, on détruit tout, on casse tout.

 

Est-ce que vous connaissez des liens dans ce que vous créez, des connexions avec d’autres groupes ? Par exemple, je parlais avec votre bassiste que j’ai croisé hier au BISE Festival.
Il y a des groupes tel les Vulves Assassines, Poésie Zéro, Camion Bip Bip…

Demi-Lune : Camion Bip Bip, on a joué avec eux en mai dernier, à la ferme de Quincin.
En effet, mais faire des collabos, c’est difficile aussi, outre-Atlantique, mais ça se fait aussi. Mais c’est le temps. On a regardé, on a quelques artistes en tête pour sortir des titres.

Jean Divorce : Mais après, si on se compare à certains groupes comme Vulves Assassines, moi, je ne les ai jamais vues en concert, mais on m’en parle beaucoup.
Nous, on dirait qu’on est dans une scène un peu électro. Quand on est mixé avec des groupes, c’est souvent avec du post-punk ou du new wave, plus que le vrai gros punk intense, à la Beurrier Noir, si on veut dire.

Demi-Lune : Les fois qu’on est venus en France, on était à deux, donc on jouait beaucoup avec des machines séquencées. Puis là, ça donne le côté un petit peu plus électro-punk, que là, ce soir, on joue full band, où là, le côté plus organique, rock-punk, garage, est là.
Je pense que c’est pour ça aussi qu’on nous a mis souvent avec des groupes, on nous compare beaucoup à Sexy Sushi.
C’est dur à dire ce petit nom-là ! “Arrêtez ! Sexy Sushi ! “.
Mais voilà, c’est ça. Dans le propos, ça reste quand même des propos punks !

 

Propos recueillis par Ivan Garand

Photos : Ivan Garand