Le trio infernal de Fribourg

Dirty Sound Magnet est un groupe à part dans l’univers musical contemporain. Dans les années 60 ou 70, il aurait été facile de les identifier car les Suisses jouent un rock somme toute, classique mais le rock classique a quelque peu disparu des radars ces dernières années : « Les programmateurs ont toujours un peu de mal avec nous, nous explique Stavros Dzodzos, chanteur-guitariste du groupe. Pour plein de gens aujourd’hui le rock c’est le stoner et nous ne sommes clairement pas un groupe stoner. Il y a de très bons groupes stoner en Suisse comme Monkey 3 qui sont des amis mais nous évoluons dans d’autres registres. Nous avons été programmés au Hellfest et pourtant nous ne sommes pas un groupe metal. Notre tourneur en France, Garmonbozia, est essentiellement orienté metal et nous sommes un des rares groupes de leur roster qui ne l’est pas. Cela a été parfois difficile pour nous de ce fait mais en même temps cela est devenu au fil du temps notre force. Nous tournons beaucoup et aujourd’hui il y a toujours du monde à nos concerts, un peu partout sur le globe. Ce qui a changé pour nous à ce niveau a été la période Covid. Comme tout le monde nous ne pouvions pas tourner. Nous avons fait des live depuis notre studio de répet et ils ont été pas mal regardé. »
Après un Dreaming in Dystopia plus psychédélique, Dirty Sound Magnet sort avec Me and My Shadow, un album plus sombre et torturé. Est-ce lié au fait que Stravros aurait pu mourir d’empoisonnement il y a quelque temps ? : « C’est possible. Cela a sans doute joué quelque part, forcément. La pochette du disque représente cet équilibre, la lumière dans la nuit. Pour la réaliser nous avons créée une forêt en studio. C’était assez dingue. Avec le précédent album nous voulions aller vers quelque chose d’assez aérien à la Pink Floyd. Là nous avons eu envie d’aller vers un son plus rock voir blues. Il y a des imperfections dans ce disque et c’est normal. Nous sommes absolument contre la musique fabriquée à partir de l’IA. Cela nous déprime. »
D’album en album, les Suisses innovent et évoluent mais il y a quand même toujours chez eux comme une sorte de filiation avec Led Zeppelin. DYS a souvent été comparé au groupe de Page/Plant mais si Stravros Dzodzos dit apprécier énormément ce combo ce n’est pas pour lui une influence directe : « Ce que j’aime chez Led Zeppelin, c’est leur ouverture musicale. On les a souvent qualifiés de groupe de blues moderne mais ils sont bien plus que cela. Quand tu écoutes un album comme Houses of the Holy tu trouves de tout musicalement. On s’inspire de cela, avec cette volonté d’exploser les frontières musicales. Nous n’avons pas envie de nous cantonner à un style et de le répéter à l’infini. »
Si Dirty Sound Magnet pourrait ainsi être un Led Zep du 21eme siècle, c’est aussi parce que leurs concerts sont longs. On n’atteint certes pas les trois, quatre heures du Zep des années 73, 75 mais quand même deux bonnes heures, ce qui est très rare de nos jours : « Il faut qu’un concert s’installe dans la durée pour être intéressant. Quand j’assiste à des shows de quarante minutes je suis frustré. C’est pour cela que nous ne prenons généralement pas de première partie, pour pouvoir jouer longtemps. » On pourra vérifier une nouvelle fois la puissance de leurs shows à la Maroquinerie le 21 avril prochain.
Me and My Shadow (Transgenic Records EU)
Entrevue : Pierre-Arnaud JONARD