Bandeau Longueur d'Ondes n° 101

SOIREE DIME ON MUSIC

Le 29 septembre 2021, La Boule Noire, Paris

La rentrée est bien entamée et voilà que la scène française reprend ses droits, désireuse de montrer en live ses nouveaux talents. De quoi réjouir une foule de curieux en manque d’instruments et de communion. Dans cette mouvance, le label niçois Dime On a choisi la date du 29 septembre pour présenter certains de ses poulains dans la petite salle intimiste de la Boule Noire à Paris.

Il fait encore doux dehors, malgré un été pluvieux et un mois de septembre qui ne s’est pas avéré plus réjouissant. Ce soir la tendance est à la clémence. Pourtant, la nuit, synonyme de jours qui raccourcissent, menace lourdement de tomber alors que les premiers convives se rendent dans la salle parisienne. « In the night we shine » (dans la nuit, nous brillons) peut-on lire à l’entrée de ce lieu aussi cosy que culte. Quelques verres attendent les premiers invités épiés par les murs aux tapisseries explicitent, clin d’œil à peine voilé aux cinémas érotiques qui peuplaient les rues de Pigalle dans les années 70.

Briller, c’est d’ailleurs bien vrai, serait-on tenté de se rappeler, dans cette nuit parisienne où l’on croque la vie à pleines dents et où les musiques se mélangent autant que les gouttes de sueur et de bière. Il y est aisé de briller plus fort qu’en tout autre lieu.

Les verres sont encore pleins et les bouches remplies lorsque l’énigmatique Spelim débarque sur scène en solo. Avec son look à dreadlocks inimitable, le sympathique musicien intrigue. « Il est encore temps de profiter de l’apéro ! » annonce-t-il en balançant ses riffs. Celui qui se targue de créer de la dread pop a plus d’une corde à son arc et multiplie les registres avec force. De la pop oui, mais aussi un fond de raggae. Ses sonorités sont colorées, dansantes, bien construites. Sa bonne humeur déteint sur une foule en effervescence qui s’approche doucement du premier rang. Solaire, le musicien promet de prolonger l’été encore un peu, au moins le temps de son set. Les rythmiques y tiennent une place centrale alors que le flow maîtrisé est distillé avec soin. Moderne, le musicien touche à tout et offre un parfait lancement de soirée.

Puis pourtant Oete qui crée l’évènement. Fébrile, touchant, à fleur de peau, le chanteur semble davantage voler sur scène qu’y marcher. D’entrée, c’est sa candeur qui frappe. La grâce et la beauté envahissent rapidement sa performance à fleur de peau. Quelques notes au clavier tel le chant d’un colibri résonnent. L’instrument, il le confiera rapidement à sa professeure Leslie Bourdin pour mieux prendre possession de l’espace scénique. À pas de velours, en virevoltant, il investit à la perfection la totalité de la scène, la baigne de son énergie et de sa douceur. La sincérité transperce ses notes, elle porte ce moment, aussi précieux que la flamme d’une bougie dans le noir. Oete donne raison aux mots inscrits sur la devanture de la Boule Noire, dans le noir, il brille et fait briller l’assemblée. Son single “La tête pleine”  résonne alors qu’il transpose la chanson française, lui rend une certaine noblesse oubliée à la façon dont un Feu! Chatterton quelques années plus tôt avait pu lui rendre sa poésie. Sur des centaines de concerts, seuls quelque uns imposent un silence profond et introspectif. Celui que l’on réserve aux premiers pas de ballerine d’un très grand artiste et qui résonne comme une promesse. Cette performance à la Boule Noire fait partie de ceux-là. C’est en chantant, déclamant presque, sa liberté chérie qu’il quitte la scène. La foule est conquise.

Reste à la tête d’affiche de la soirée, Medi à entrer en piste. Vêtu d’une veste en jean à manches courtes, l’amical musicien apporte ses compositions lumineuses à la Boule Noire. Ses riffs dansants captivent une assistance de plus en plus réceptive. Il faut dire que le musicien est un caméléon. Non content d’apporter un timbre groovy et des accents rock à son répertoire, il sait aussi toucher et émouvoir. Ainsi son set prend des tournures qui n’auraient pas à rougir face à l’immense José Gonzàlez et sa capacité à pousser au voyage onirique avec sa voix et sa guitare. Le talentueux frontman fait de son amie à six cordes une alliée sans faille. La salle parisienne se transforme en feu de camp géant, où bonne humeur rime avec convivialité. Difficile pour lui de quitter la salle tout comme le public qui profite des dernières notes, captivé. Dehors l’air s’est rafraîchit, rappelant que l’automne a déjà pointé, bien trop vite, le bout de son nez. Dedans, l’été aura pu perdurer encore un peu, le temps d’une soirée magique et apporter avec lui la promesse d’artistes à suivre qui peupleront les mois à venir.

Julia Escudero
photos Kevin Gombert

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