La Caravane Passe © Tijana Pakic

On pouvait penser que l’énorme succès du Soviet Suprem aurait pu sonner la fin de la Caravane passe mais il n’en est heureusement rien. Toma Feterman et sa bande reviennent aujourd’hui avec un Nomadic Spirit qui nous enchante.

Vingt ans déjà que la Caravane passe a débuté sa carrière. Une carrière qui les aura vu tourner un peu partout à travers le monde. Pour un groupe indé aujourd’hui, se contenter de la scène hexagonale n’est plus suffisant. Conquérir une partie du monde semble être la seule alternative. Conquête aisée pour un groupe comme la Caravane qui, avec sa musique métissée, mêle à la pulsion latino l’esprit tzigane. Un sang mêlé qui vient des racines de Toma : « Ma famille est originaire de Roumanie et de Pologne. L’idée, ce n’était pas de faire simplement une musique tzigane avec des trompettes. Mes grands-parents étaient des juifs ashkénazes communistes qui ont émigré en France dans les années 20. J’ai grandi avec le folklore bulgare et russe. Plus tard, je me suis intéressé aux films de Kusturica qui me rappelaient mon enfance. L’idée de la Caravane était d’utiliser ce background. Les musiques traditionnelles peuvent créer du lien social. On a l’impression d’amener des choses aux gens par ce biais. »

Le groupe sait intelligemment proposer une musique joyeuse et positive qui, par ailleurs, délivre un message social et politique. Nomadic Spirit par son titre renvoie bien sûr à la crise des migrants : « Il y a un côté politique évident. Pour moi, un artiste est comme un sismographe. Il ressent les choses. Je me sens politique mais je n’ai pas envie de délivrer un discours moraliste. J’aime bien écrire du point de vue du touriste qui découvre le monde sans le connaître. On a failli appeler l’album Immigrant Song comme le morceau de Led Zep mais je trouvais ça trop direct. »

La Caravane est comme une grande famille avec ses « passagers clandestins » ( les guests que l’on retrouve sur les différents albums du groupe) et elle apparaît, dans l’esprit, comme la plus digne héritière des gros groupes indés français comme la Mano Negra ou les Négresses Vertes. Mais ça n’aura pas été sans écueil, comme souvent chez les indés : « Nous avons sorti deux albums de suite sur des labels qui ont fait faillite ensuite. Tu te dis alors que tu es maudit. Quand tu es alternatif, tu te trouves dans l’économie la plus périlleuse qui soit. »

PIERRE-ARNAUD JONARD

>> Site de La Caravane Passe

Nomadic Spirit – At (h)ome


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