DALHIA © Guendalina Flamini

DIAMANT NOIR

Comme un naturel mélange électro entre Britney Spears et les zones parmi les plus torturées de la cold wave, ainsi se présente Dalhia : Rachel Geffroy (machines et chant) et Simon Vouland (batterie), binôme aussi inquiétant sur scène que théorique en interview. Car si leurs deux premiers titres proposés sur le Net distillent une puissante sensation d’étrangeté, cela tient surtout au long mûrissement d’un projet originaire du Havre, puis devenu concret au fameux studio 106 de Rouen (Adrian, de MNNQNS, a mixé les premières compositions). Un temps nécessaire pour Dalhia afin de se trouver une identité assez remarquable : mystique, freudienne, barrée, mais avec l’honnêteté des auteurs-compositeurs ayant bien des choses à exprimer. « Dire de notre musique qu’elle est angoissante est un compliment », prévient Rachel. On comprend : l’angoisse renvoie au refus de certains stéréotypes, particulièrement « au cliché de la chanteuse toute sage et mignonne ». Féministe acharnée, Rachel revendique une méchanceté, une volonté de cracher sur le sexisme trop répandu dans le monde du spectacle. Dalhia appartient à l’époque #MeToo. Ce serait déjà remarquable, bien qu’éphémère, si le groupe, avec ses faux-semblants macabres et son R’n’B hitchcockien, ne cherchait à outrepasser les clichés du sombre et du lumineux, à ne pas voir tout blanc ou tout gris. Guère un hasard si Rachel cite Étienne Daho en tant que référence : comme dans les classiques Pop Satori et Eden, la musique de Dalhia contredit sa mélancolie par une volonté d’ensoleillement pop. « Je reste positive, mais la vie c’est pas la joie » résume Rachel, assez résignée. L’avenir ? Un premier EP, éblouissant, qui ne demande que le soutien d’un label. Car Dalhia a bien raison de refuser l’autoproduction : cette musique est trop salutaire, trop communicative, trop en phase avec nos vies pour la laisser végéter dans un quelconque underground français. En effet : par le tempo possédé, cette formation, vous la verrez danser, da dap dap dap.

JEAN THOORIS
Photos : GUENDALINA FLAMINI

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