Matt Holubowski

Foule solitudes

 

Le Montréalais chantre du folk aura réussi en deux ans à accrocher l’ouïe et l’âme du public européen. Depuis la sortie de son second opus Solitudes en 2016, écoulé à trente-cinq mille copies au Canada, le discret artiste et ses acolytes viennent d’éclore au Printemps de Bourges pour suivre ensuite Ben Folds. On dit que Robert Smith serait fada du son Holubowski et qu’il aurait convié l’artiste à son festival Meltdown à Londres. Que se cache-t-il derrière les yeux charbonneux de cet adepte de Bashung et Radiohead, dont la vague relie désormais les deux rivages de l’Atlantique ? Un engouement résultant de cette vision du monde dans un moule folk étiqueté “marginal” en Europe ? Effet de nouveauté à l’américaine ? Mais pas que. Un désir profond de reconnaître la solitude comme partie prenante de nos vies aussi : « On a souvent interprété à tort la solitude comme symptôme de mélancolie, mais c’est loin d’être mon intention. Tous les humains sont confrontés à ce sentiment, il faut s’y attarder comme une force saine de la nature », expose Holubowski, serein.

À son condensé de pièces majoritairement en anglais, “The king”, pièce névralgique née de la désillusion des études universitaires, détonne parmi ces tubes. Heureux paradoxe que ce succès commercial sur fond de critique sociale pour le frontman qui apprivoise avec la tournée européenne l’art de communier : « Le band est devenu soudé au fil des spectacles, et j’ai appris à mieux communiquer grâce à eux…», soulève l’autodidacte musicien trouvant dans le voyage la force de l’inconfort propice à la croissance.

Le poète bohème file à vive allure, on the road jusqu’en septembre 2018. Le temps lui manque pour se propulser dans un quelconque futur, mais il coule en lui la sève vive, prélude d’un troisième opus.

Solitudes / Yotanka

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Hélène Boucher


Publié le