Bagarre @Marylene Eytier

Ni dieu ni maître

 

Adulée par beaucoup, détestée par certains, impossible de rester de marbre face à cette étrange créature dont le style tentaculaire et spectaculaire aura fait grand bruit ces quatre années passées. Un temps long durant lequel le quintette a mijoté un premier disque pensé par et pour son époque, appelant au combat et à l’éveil des consciences.

S’écrier, se révolter, faire du club un lieu totémique où tombent les différences, tous réunis dans un but commun, s’oublier au travers de la fête : c’est la mission que s’est donné cette bande de potes, pas musiciens de leur propre aveu, mais déterminés à faire du bruit, encore et toujours. De l’eau a coulé sous les multiples ponts enjambés par cette troupe de fous furieux, dont les prestations scéniques abattent les codes classiques du concert afin de faire du spectateur un membre à part entière de leur famille. Thomas (alias Majnoun) précise cette démarche : « Il n’y a pas de leader dans notre groupe, tout comme en concert, on ne veut pas de fosse nous séparant du public. Notre but est de créer une proximité scénique comme c’est le cas durant un DJ set, ça nous est même arrivé de faire venir chanter des gens sur scène. »

Un besoin de partage qui aura fait la réputation du groupe, ce dernier tissant ses valeurs dans un rapport philanthropique avec un public forcément charmé par de telles intentions. S’arracher aux goûts et aux sensibilités multiples de chacun, faire du collectif une unité soudée où tout le monde à sa place, telle est la logique qui parcourt cette formation musicale. En découle une matière sonore polymorphe, aussi baroque que barrée, et dans laquelle chacun des cinq membres épouse tour à tour le rôle de chanteur au gré de compositions reflétant les différentes sensibilités du quintette. « On a voulu s’affranchir de l’idée du genre musical et ainsi véhiculer une énergie punk. Notre mode de fonctionnement est celui de la simplicité et de l’immédiateté, l’écriture du disque s’est faite ainsi. »

En résulte une musique vivace, soutenue par un message qui, sans bémol, entend chasser les idées noires émergées d’un tropisme archaïque. Le groupe compte ainsi faire bouger les lignes telle que le rappelle Emma : « On croit à ce que l’on dit, et pour y aller à fond, on a besoin de costumes, d’être dans le dialogue avec le public. Bagarre ne renvoie pas à un état de colère, mais à l’idée d’un combat à mener. Chacun de nous avait des choses à défendre, on a mutualisé nos forces via la musique pour y parvenir et notre message semble avoir été entendu. »

La course effrénée, entamée par le combo dure maintenant depuis 2014 et la sortie d’un premier EP Nous sommes Bagarre (voire LO n°73), auquel aura succédé Musique de club, le véritable déclencheur de cette folle aventure, comme se le remémore l’unique demoiselle de la troupe : « Notre album Club 12345 s’est véritablement construit autour du live. L’EP nous a permis de tourner pendant un moment et de continuer en parallèle l’écriture du disque, ce qui explique pourquoi on a pris le temps pour faire ce premier opus. » Ainsi construit dans la sueur des corps s’entrechoquant durant leur live et dans un altruisme sans limites (comme si on lâchait son second Kinder Bueno), Bagarre est en passe de devenir le phénomène d’une société, son remède face à l’intolérance et autres méfaits du vivre-ensemble qui font de l’étranger, du barbare, une bête immonde car différente. On sait où l’entre-soi peut mener, sachons donc nous en rappeler et exploser les murs de béton qui avilissent les êtres, réduisant ces derniers à de simples ombres.

 

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Club 12345

Entreprise

 

Comme les cinq doigts d’une main, unis dans un but unique, empoigner l’esprit par une musique directe et efficace qui touche directement le corps. Un premier disque qui assimile tout ce que le crew a expérimenté depuis ses EP, établissant de la sorte une œuvre stylistiquement fournie, mais surtout contemporaine. Rap autotuné, basses trap, électro survitaminée, world, la position du groupe se veut mitoyenne entre indé et pop, de quoi brasser large et réunir un maximum de sensibilités. Si le tout peut s’avérer un peu chargé, il témoigne surtout d’un fait : musiques actuelles et chanson ne font plus qu’un, il serait temps de s’en apercevoir.

 

Texte : Julien Naït-Bouda

Photos : Marylène Eytier

 


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