©Vincent Paulic

The Craftmen Club

Près de quatre ans après Eternal Life, The Craftmen Club nous revient enfin avec Colores. Un album pour la première fois écrit en majorité en français qui montre qu’après quasi vingt ans de carrière, le groupe n’a rien perdu de sa vitalité.

Si  The Craftmen Club a su rester aussi longtemps dans le panorama de la scène rock française, le combo le doit notamment grâce à ses prestations scéniques survoltées. « C’est sur scène que les choses se passent. Tu sais que tu ne pourras jamais reproduire sur album ce que tu fais sur scène. Les gens peuvent télécharger de la musique mais il est impossible de télécharger ce moment unique qu’est le concert. Si tu veux le vivre, tu dois y être. C’est dans cet esprit que l’on a fait deux morceaux en prise directe sur l’album pour qu’ils soient touchants et sincères jusqu’au bout. »

 Aujourd’hui, le combo tourne beaucoup moins qu’à ses débuts et c’est peut-être cette respiration qui leur a permis d’emprunter de nouvelles routes avec ce Colores, leur album le plus abouti à ce jour. Pensé dans les campagnes profondes françaises, en l’occurrence, l’Indre, il baigne dans une atmosphère générale assez sombre : « Peut être le côté sombre vient d’avoir pensé l’album là-bas, mais notre musique l’a toujours été. On écrit davantage lorsque nous sommes dans des états d’âme mélancoliques que joyeux. »

 

 

Le groupe a aussi ressenti le besoin de découvrir de nouveaux horizons musicaux : « C’est un disque plus pop que ce que l’on a fait précédemment. C’est sans doute pour cela que l’on a fait appel à Jim Spencer (N.L.D.R. qui a travaillé notamment avec Oasis ou les Charlatans). On savait que Colores aurait un côté plus anglais, plus brut avec moins de traitement. Il faut changer d’univers pour pouvoir se réinventer. Nous ne voulons jamais faire la même chose. Un titre comme “Expect to trash” sonne très pop anglaise par exemple. Nous sommes de grands fans de T-Rex et de son chant susurré. On a essayé beaucoup de choses sur cet enregistrement parce que même s’il y a ce côté british, il y a d’autre part les morceaux en français qui sonnent eux plus lyriques et restent assez proches de notre album précédent. Sans doute car“Le lustre” et “Le lac” ont été enregistrés il y a deux ans déjà.  Il y a un truc dangereux avec l’anglais, c’est que ça sonne de suite. Tu pourrais avoir tendance à tout écrire dans cette langue. »

 

 

Le groupe a enregistré l’album dans un studio à Morlaix et reconnaît un attachement profond à la Bretagne qui leur a permis de perdurer : « On avait hésité à venir s’installer à Paris mais si on l’avait fait, le groupe n’existerait sans doute plus. Il y a peu de musiciens à Guingamp. À Rennes, tu trouves de nombreux groupes, les gens sont dans dix mille projets, mais au final c’est rare qu’ils dépassent les dix ans. » Chez eux, à Guingamp, leur titre “Animals” est même devenu l’hymne du club de foot. « Il a été joué au Stade de France lorsque ils ont gagné la Coupe de France ; il est passé durant toute une saison à chaque match. Que tu aimes ou non le football, ici, tu baignes dedans. Pendant une heure trente, il y a de la folie dans cette ville. Sinon, il ne s’y passe rien. L’En Avant Guingamp, (N.L.D.R. le club première division de la ville)c’est un peu David contre Goliath. On ressent un peu la même chose avec notre groupe. »

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Texte : Pierre-Arnaud Jonard

Photo : Vincent Paulic

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