Cognac, 2-6 juillet 2024
Comme à son habitude, le festival charentais offrait cette année une programmation des plus alléchantes avec en tête d’affiche Caravan Palace, Pretenders, Deep Purple, Rival Sons et finalement la légende Gloria Gaynor (“I Will Survive”). En tout, cette édition proposait une cinquantaine de concerts, principalement programmés dans le sublime écrin du Jardin Public, mais également dans divers lieux de la ville, faisant pour quelques jours de Cognac la capitale mondiale du blues. Voici une sélection des concerts auxquels Longueur d’Ondes a assisté.
– JUSTINA LEE BROWN –
Si le nom de la chanteuse n’est pas forcément familier des amateurs de rock, il l’est du public de blues et de soul. L’artiste est née en Afrique (au Nigéria) avant de venir en Europe où elle rencontre un franc succès. À l’entendre, on comprend pourquoi : une voix chaude au service d’une musique qui mêle des influences africaines avec le blues, la soul et le rock. Le concert qui se déroule dans l’enceinte des établissements Martell (on est à Cognac…) offre un moment suspendu devant un public nombreux et connaisseur. Le set fait la part belle aux titres de son dernier album, Lost Child, dont le sublime “Crossfire” et les non moins beaux “Lost Child”, “On My Way” et “Billiki” hymne contre les violences faites aux jeunes filles en Afrique. Une prestation d’autant plus remarquable que la chanteuse attend un heureux événement pour très bientôt.
– FATOUMATA DIAWARA –

Retour dans le Jardin Public, épicentre du festival, pour le concert de la Malienne Fatoumata Diawara. La musicienne-comédienne délivre un concert sans faute, bien accrochée à son Epiphone SG blanche qu’elle maitrise parfaitement. Les titres s’enchainent sans temps mort, d’autant plus que sa tenue de scène a quelque chose de captivant qui retient l’attention des spectateurs tout le concert durant. L’artiste qui vit désormais à Milan, et qui a notamment contribué par le passé avec Dee Dee Bridgewater et plus récemment avec Mathieu Chédid [ – M – ) a conquis un public qui commence à arriver en masse pour la tête d’affiche du jour, les Pretenders.
– HARLEM LAKE –

Le temps que les équipes préparent le set des têtes d’affiche du soir, changement de scène, toujours dans le Jardin Public, pour le concert de Harlem Lake, groupe hollandais. Revisitant les classiques ou jouant leurs propres compositions, le groupe délivre un set énergique, porté par sa chanteuse Janne Timmer. Le public apprécie alors que le soir tombe sur la ville charentaise.
– PRETENDERS –

Voici donc la tête d’affiche de la journée, emmenée par l’iconique Chrissie Hynde et sa légendaire Telecaster. Attendus par un public qui a sans doute été bercé (en tout cas pour beaucoup d’entre eux) par les sons de “Brass in Pocket” (qui ne sera pas joué ce soir-là), le groupe a délivré une performance parfaite, avec une énergie si ce n’est intacte en tout cas suffisante pour embarquer avec lui la foule, ravie d’attendre les hits du groupe (“Don’t Get Me Worng”, “I’ll Stand By You”), mélés aux titres plus récents d’un dernier album plus qu’honorable. Merci aux organisateurs qui ont réussi à sécuriser la venue du groupe qui n’aura fait que deux dates en France, avant d’aller au Rock Wechter en Belgique et de retourner aux États-Unis pour une tournée.
– DEEP PURPLE –

Le lendemain, les concerts s’enchainent avec notamment Jessie Lee & The Alchemists, prix Cognac Passions 2024, Mister Chang & Bluz Explosion ou bien encore Early James. Arrêtons-nous sur le concert que vraisemblablement tout le monde attend à en juger par un Jardin Public archi-bondé par un public déjà acquis aux légendaires Anglais qui ne vont pas tarder à prendre possession de la scène en entamant leur set par un “Highway Star” qui va mettre tout le monde d’accord sur le fait que Deep Purple est un groupe de légende. Parmi les musiciens, trois sont des “historiques” du groupe : Ian Gillan au chant, fringuant comme à ses 20 ans (malgré 50 ans de plus), Ian Paice derrière les fûts et le mythique Roger Glover à la basse, foulard noué autour de la tête façon pirate égaré à Coachella. Le combo déroule sans anicroche, parfaitement suivi par un guitariste virtuose qui exécute classiques et modernes avec une dextérité impressionnante. Sans surprise, Cognac rentre en communion lorsque les premières notes de “Smoke On The Water” résonnent dans le parc, rajeunissant ainsi de plus de 50 ans puisque le titre a été composé en Suisse en décembre 1971 alors que le groupe assiste à l’incendie du casino de Montreux. Chapeau messieurs.
– THE INSPECTOR CLUZO –

Le lendemain vendredi, c’est une véritable tornade sonore qui s’abat sur le Jardin Public avec le set des fermiers, Laurent et Matthieu, de The Inspector Cluzo qui restera sans doute comme l’un de nos moments forts de ce festival. Après s’être tranquillement baladé dans l’enceinte du festival, répondant avec le sourire aux demandes de selfies ou discutant avec les fans venus à sa rencontre, une fois sur scène, le duo retourne littéralement le public à force d’énergie et de riffs, et surtout d’une humanité qui transpire par tous les pores des deux lascars. Il est vrai qu’avec plus de 1200 concerts à leur actif, les deux musiciens sont bien rôdés à l’exercice de la scène qu’ils maitrisent à la perfection. Régulièrement dialoguant avec la foule, que ce soit pour des anecdotes ou pour envoyer des petites piques à certains festivals qui l’a snobé par le passé et auxquels il prend un plaisir non dissimulé à dire “non” désormais, le groupe se montre chaleureux et visiblement très heureux d’être là, en témoigne ce slam du batteur dans la foule et dans une ambiance aussi festive que conviviale. Un très grand moment de rock, ponctué par un long au-revoir en gascon, d’une authenticité qui fait du bien alors que les sets de certains groupes se transforment de plus en plus en barnum géants, voire gênants. À noter également que le groupe ne posera aucune condition aux photographes pendant le concert. Trop rare pour être souligné.
– TRIBUTE TO CALVIN RUSSELL * MANU LANVIN & GUESTS –

Même si Calvin Russell est texan, c’est en France que le musicien trouvera un public alors que toute sa vie durant son pays d’origine l’ignorera. Cela tient sans doute au fait que c’est à Paris que le musicien signa son premier contrat, avec le célèbre label New Rose, ce qui l’amènera à tourner régulièrement dans l’hexagone. Ses deux derniers disques seront d’ailleurs enregistrés lors de concerts en France, respectivement à Paris (au Trabendo) et à Biarritz, en 2011, année de la disparition de Russell à 62 ans. Manu Lanvin était un proche, aussi l’idée d’un disque hommage au grand bluesman s’est-elle imposée, donnant naissance à un disque (Tribute to Calvin Russell) sur lequel de nombreux musiciens ont été invités, musiciens dont certains étaient présents à Cognac pour un set empli d’émotion. Ainsi, aux côtés de Manu Lanvin, se sont succédés Bervery Jo Scott pour un “Crossroads” d’anthologie, Johnny Gallagher qui fera chanter à la foule “Yesterday is gone, tomorrow never comes” sur ”Trouble”, Gérard Lanvin (père de Manu) pour une chanson dont il a écrit les paroles, le jeune et talentueux Théo Charaf et finalement Charlélie Couture, avant que tous se retrouvent pour un final très émouvant. Encore sommet pour ce festival qui aura décidément réservé son lot de très beaux moments.
– EN RÉSUMÉ –
Programmation : Mêlant têtes d’affiche françaises (Cluzo, Yodélice, Caravan Palace, Manu Lanvin) et internationales avec des artistes émergents (Little Odetta, Quentin Winter…), les programmateurs du festival réussissent à créer un équilibre parfait autour du blues mais pas que, d’autant plus que les différents lieux sur lesquels se déroulent les concerts permettent également une variété, ne serait-ce que pour découvrir cette belle ville au riche patrimoine.
Organisation : De ce que nous avons vu, pas de souci au contraire, un staff aux petits soins pour les festivaliers et les professionnels présents sur place. Être sur le pont durant presque une semaine n’est pas chose facile. Notons également la présence de la scène Rolling Stone (du nom du journal), où des groupes viennent pour des interviews publiques et jouer quelques titres en unplugged, comme l’ont fait les Rival Sons par exemple avant leur set. Ce format crée une réelle proximité entre artistes et festivaliers.
Les plus : Ils sont déjà mentionnés plus haut : la programmation variée, l’organisation mais aussi le lieu vraiment magique du Jardin Public. Le festival n’est pas l’usine des gros festivals que l’on connait ici et là (pour certains chers à Inspector Cluzo – voir plus haut), et il s’en dégage une impression de bien-être. Et si le cashless est mis en place, on peut néanmoins toujours payer en CB. Excellente iniative également que d’avoir un disquaire à l’intérieur du festival proposant CDs et vinyles des groupes programmés, à coté du sacrosaint stand de merch.
Les moins : le concert de Deep Purple était vraiment archi plein, rendant la visibilité difficile pour certains spectateurs. Sinon, RAS.
Les coups de cœur : The Inspector Cluzo pour un set décoiffant et la sympathie que les rockfarmers dégagent, Justina Lee Brown pour sa superbe prestation et l’hommage à Calvin Russell durant lequel les musiciens semblaient prendre autant de plaisir que le public.
Un grand merci à l’organisation et en particulier à Michel Rolland, Directeur du Festival, pour avoir accueilli Longueur d’Ondes pour cette 31ème édition.
Texte et photos : Xavier-Antoine MARTIN



















































