FESTIVAL SŒURS JUMELLES

Rochefort (17), 25-30 Juin 2024

 

 

4ème édition pour ce festival qui réunit musique, cinéma et rencontres artistiques dans le cadre historique de la ville de Rochefort, connue pour son arsenal et sa corderie royale. C’est d’ailleurs autour de cette dernière que se passe la majorité des événements, notamment les concerts de musiques actuelles.

 

Jeudi 27. Alors que les festivaliers se déploient dans la ville pour aller assister à des projections de films, des représentations ou à des rencontres avec des artistes (Maxime Leforestier, Dany Boon…), la journée côté musique commence par une session rencontre avec Santiago Casariego, ex de la Mano Negra, passé par Universal et désormais en charge de l’activité musique dans le groupe TF1. 45 minutes pour refaire le parcours atypique de ce touche à tout, depuis les 1500 concerts donnés par la Mano durant sa courte vie de groupe (5 ans), jusqu’à son arrivée chez TF1 pour y diriger et développer la musique, notamment à travers le projet de création d’un catalogue de sons, en passant par son expérience de juré de Pop Stars ou de The Voice. Les anecdotes fusent dans la bonne humeur, il est clair que Santi est un homme heureux, d’autant plus qu’il s’est visiblement toujours affranchi des contraintes pour garder sa liberté, ce qu’il a très bien réussi à faire.

 

Les concerts commencent à 20 heures avec Jules Garnier alias The Doug. Le Clermontois qui vient de sortir un premier album, fêté comme il se doit à la Cigale à Paris, délivre un set conforme à son univers, fait à la fois de rugosité et de tendresse pour raconter les histoires de la vie, entre chant et slam.

 

Ensuite, c’est au tour de Calypso Valois (accessoirement fille d’Elli Medeiros et de Jacno) de monter sur scène, dans un registre un peu plus léger, pop électro, comme le titre de son deuxième album, Apocalypso, ne l’indique pas. Set propre et bien ficelé, bénéficiant de la bonne énergie de la chanteuse parfaitement secondée par ses musiciens.

 

La deuxième partie de soirée débute avec Thomas de Pourquery qui va livrer un set absolument superbe, plein d’entrain et de bonne humeur, naviguant dans un univers apparemment foutraque mais qui demande un sacré talent, ce dont ne manque pas l’artiste, tantôt au micro, tantôt aux claviers ou au saxo, son instrument de prédilection. Le public est emporté et conquis, on le serait à moins, par le côté radieux que dégagent Thomas et ses musicien.ne.s sur scène. Une parfaite entrée en matière pour le dernier show de la journée, très attendu.

 

 

Tête d’affiche du premier soir, MC Solaar et ses musicien.ne.s prennent possession de la scène devant un public d’ores et déjà acquis. L’enchainement des plus célèbres chansons de l’artiste ne font que galvaniser un peu plus la foule, de “Caroline” à “Bouge de là” en passant par “Victime de la mode” et “Qui sème le vent récolte le tempo”, tout y passe. La voix est toujours assurée, le flow toujours aussi chaloupé, et la magie, vous l’aurez compris, est intacte.

 

 

Samedi 29. Troisième et dernière soirée du festival (Olivia Ruiz était la tête d’affiche la veille) et programme plus qu’alléchant avec 3 concerts dans des styles très variés, mais qui tiendront individuellement toutes leurs promesses. Commençons par Noor, découverte par les responsables du festival l’année dernière, et qui revient cette fois sur scène comme la promesse lui en avait été faite. Noor, c’est une électro pop un peu dépressive, d’ailleurs l’artiste ne s’en cache pas, utilisée comme psychothérapie pour raconter et évacuer les expériences amoureuses douloureuses. L’atout de Noor, c’est sa voix, fluide et fragile mais aussi magnétique. Une très belle prestation toute en émotion.

 

Le second concert de la journée est celui de Voyou. Le Nordiste s’est entouré de musicien.ne.s de très grande qualité et cela va se sentir dès les premières notes. Le show est festif, enthousiaste et parfaitement orchestré par Thibaud (son vrai prénom) qui virevolte sur scène, faisant l’essuie-glace de gauche à droite de la scène et montrant au passage ses talents de multi-instrumentiste (claviers, guitare, trompette). Parfois flirtant avec le jazz, la musique de Voyou explore les genres au gré de ses envies, le temps passe vite au point que l’on en oublie presque le ciel menaçant au-dessus de Rochefort. A voir absolument en live.

 
 
 

22h30. Arrive sur scène celui que tout le monde attend. Étienne Daho, l’icône d’une génération, puis de ses suivantes, le symbole de cette nouvelle vague pop et rock née à Rennes dans les années 80 se présente devant un mur de lumières, lunettes et costume noirs. Le dandy n’a rien perdu de sa superbe, bien au contraire. Les titres vont s’enchainer sans qu’à aucun moment l’on ne s’ennuie, la plupart des chansons résonnant comme une madeleine de Proust que l’on dégusterait avec envie et gourmandise. Tous les tubes y passent dont “Comme un boomerang”, hommage à son amie Dany, “Heures Hindoues”, “Saudade”, “Duel au soleil”, “Week-end à Rome” ou le plus récent et sublime “Le Phare”… La fête est belle, tellement belle que l’on ne sent presque plus la pluie qui s’est mise à tomber jusque sur la scène. « Je n’avais jamais chanté sur une patinoire » dira à un moment le chanteur. Au final, malgré les conditions dantesques pour les artistes, un set parfait pour clôturer un festival qui ne l’est moins. La magie est toujours bel et bien là. Daho est un grand, il en a encore donné une preuve éclatante ce soir-là.

 

 

En 4 éditions, le festival fondé et présidé par Julie Gayet, créé pour être la rencontre de la musique et de l’image et dont le nom vient du célèbre film Les demoiselles de Rochefort, se hisse par son originalité, son format à taille humaine et sa programmation, aussi éclectique que passionnante, parmi les rendez-vous incontournables de l’été.

 

Texte et photos : Xavier-A. MARTIN