La Strasbourg Music Week se tiendra du 26 au 29 mai pour une troisième édition à l’enjeu fort honorable, répondre aux problèmes des artistes musicaux émergents quant à la réalisation de leur carrière et ainsi leur apporter des solutions lors de rencontres et autres ateliers avec des professionnels du monde de la musique. Cela dans une perspective éminemment transfrontalière où seront présents des acteurs du monde musical ainsi que des artistes aux esthétiques sonores diverses et variées venant de Belgique, Luxembourg, Suisse, Allemagne et donc France. La fondatrice et directrice de ce festival, Isabelle Sire, nous en dit plus sur la teneur et la consistance de cet événement qui inscrit définitivement Strasbourg dans la place !

Qu’est-ce qui a motivé à l’origine la création de la Strasbourg Music Week ?
A la sortie du Covid, des bases avaient été posées en ce sens avec GRABUGE, le réseau des musiques actuelles du Grand Est, et de mon côté je désirais vraiment apporter plus d’opportunités aux acteurs de l’industrie musicale de cette région. Cela dans une perspective qui va au-delà de la France car le Grand Est demeure la région à avoir le plus de frontières avec d’autres pays, cinq au total.
Des artistes de France, Belgique, Luxembourg, Suisse et Allemagne seront donc présents lors de ce festival… Les problématiques liées au développement et à l’émergence d’artistes musicaux sont-elles les mêmes intrinsèquement pour ces cinq pays ?
Oui tout à fait même si cela peut paraître étonnant. Le contexte de mondialisation fait que peu importe le système social en vigueur dans chacun de ces états, les acteurs et filières de la musique actuelle connaissent les mêmes problématiques. Ainsi des échanges avec ces cinq acteurs ont déjà pu faire émerger des solutions auxquelles nous n’avions pas pensé. Ce que nous avons remarqué principalement dans ces cinq pays est l’écart qui s’accentue entre les gros marchés musicaux trustés par de grandes entreprises et les artistes indépendants qui sont de moins en moins nombreux.
Strasbourg Music Week ne semble pas uniquement être destinée aux artistes émergents à la vue des sujets proposés lors des conférences et autres tables rondes qui se tiendront ?
Effectivement, cela ne s’adresse pas qu’à l’artiste musical. Il s’agit aussi et surtout de rencontres de professionnels issus des différentes filières de la musique. Cela va du label à l’éditeur en passant par le producteur de spectacles, le manager, le booker, les médias, les centres de formations, les sociétés civiles, etc.
SMW a-t-il également pour objectif de donner des clefs aux artistes pour leur développement en s’appuyant sur une dimension européenne ?
Oui, il faut savoir qu’il existe des financements européens en ce sens et qui peuvent être sollicités par n’importe quel résident dans un pays de l’UE. SMW a ainsi la volonté d’expliquer quelles sont les entrées à ce type de financement pour tout individu porteur d’un projet culturel au niveau européen.
Durant ces quatre jours, de nombreux évènements aux formats différents se tiendront, conférences, workshops, blitz sessions, concerts… Pouvez-vous nous expliquer les enjeux et intérêts pour chacun d’entre eux ?
SMW tente de traiter les sujets en fonction de ce qui semble le plus opportun pour que la personne puisse trouver rapidement des solutions concrètes à sa pratique quel que soit le métier de la filière musicale abordée. C’est en ce sens que différents formats sont proposés. Par exemple, un workshop prend la forme d’un atelier et propose une interactivité entre les participants fondée notamment sur des témoignages quand la blitz session offre un format plus court expliquant tel dispositif ou programme d’accompagnement. Cette année par exemple sera présenté Propulsion, un programme d’accompagnement des artistes jazz sur l’export.
Il sera aussi question du dispositif PAMELA, pouvez-vous nous préciser de quoi il en retourne ?
Il s’agit d’un dispositif d’accompagnement pour les artistes et leur entourage qui se déroule selon différents formats. Parmi eux, des rencontres parcours croisés avec cette année Rodolphe Burger et Barbara Carlotti qui viendront s’exprimer sur leur parcours musical. Il y a aussi des temps destinés à l’artiste émergent pour qu’il présente son projet à des professionnels et reçoive ainsi des conseils, on parle ici de pitch session. Mais aussi avec la plate-forme Artefact qui est un centre régional d’accompagnement et de ressources sur les musiques actuelles basé à Strasbourg qui donc proposera des ateliers sur des thèmes aidant à un artiste musical en devenir comme « comment bien construire sa biographie ? » ou encore du training média.
La SMW se tiendra dans trois lieux différents, pouvez-vous nous préciser leurs fonctions et quels types d’acteurs y seront présents ?
Une grande partie se déroulera au village pro, c’est la première année qu’il est lancé et y seront présents des associations, des collectivités. L’endroit sera ouvert au grand public pour qu’il puisse les rencontrer. A l’Espace K se dérouleront les conférences et les concerts auront lieu entre la Grenze et le Molodoï. Tous ces lieux sont à 50-100m les uns des autres afin de proposer des déplacements commodes.
Comment s’est faite la sélection d’artistes musicaux qui joueront durant SMW ?
On travaille au préalable avec des partenaires qui sont des délégations présentes dans chacun des pays représentés. Ces dernières nous font ainsi remonter des projets qu’i sont repérés par des dispositifs. Il y a aussi des critères par rapport à des quotas d’appartenance de régions et de pays. Il s’agit aussi d’avoir des projets représentant des minorités de genre qui concordent avec nos choix artistiques. Il y aura ainsi une grande diversité de styles musicaux comme avec le groupe allemand Dews Pegahorn (Dark shoegaze new wave) qui sera je pense l’une des prochaines grandes révélations en Europe.
La SMW semble se définir comme un événement proche du festival MaMA & Convention ?
Oui il y a un peu de ça même si on ne tient pas devenir le MAMA du Grand Est et être un concurrent à cette entité déjà bien encrée. Il s’agit pour nous de développer la dimension transfrontalière et de rester à taille humaine, cela afin de favoriser la qualité et la durée des échanges entre professionnels et artistes musicaux.
Quel regard portez-vous sur la vitalité de la scène musicale strasbourgeoise ?
C’est une scène très riche au regard des artistes qui y vivent, tournent et s’exportent. De par sa géographie, cette ville permet des capacités à l’international que d’autres n’ont pas. Strasbourg est une ville d’où émerge de nombreux artistes musicaux de qualité comme l’a encore démontré Exotica Lunatica en remportant le dernier prix du public au Printemps de Bourges. Le Grand Est est réellement en train de prendre une place sur l’échiquier national et j’ose penser que SMW y est pour quelque chose en programmant notamment de nombreux groupes français. Il faut aussi noter que la ville de Strasbourg consacre plus de 25% de son budget à la culture, cela change la donne. L’offre culturelle y est donc importante et pas que dans la musique.
Surtout que l’on a pu constater récemment une baisse drastique des budgets régionaux alloués à la culture, cela vous inquiète-il à l’avenir ?
Cette baisse nous a aussi touchés et on sait que dans le futur rien ne sera acquis et qu’il faudra faire avec du mécénat et d’autres choses. Aujourd’hui les festivals comme Bourges sont obligés de faire avec du naming, c’est une dimension qui nous touchera bientôt tous.
Enfin, des marches musicales (soundwalk) seront proposées dans Strasbourg, quel en est le concept ?
C’est un événement qui a beaucoup plu au public lors des précédentes éditions. Il s’agit de promenades dans le centre de Strasbourg pour redécouvrir cette ville à travers des lieux insolites et patrimoniaux. Ainsi durant ces marches, trois à quatre arrêts seront faits durant lesquels un artiste proposera sa musique au public. Les lieux sont tenus au secret jusqu’au départ et ce format de balade permet aussi aux gens de pouvoir mieux se rencontrer et échanger.
informations sur la Strasbourg Music Week
Texte : Julien NAÏT-BOUDA



