Le blues dans la peau
Ils sont rares les bluesmen à avoir commencé dans le hard-core. Rod Barthet est de ceux-là ce qui en fait un bluesman totalement atypique et de ce fait extrêmement intéressant.

Rob Barthet est un artisan. Et comme tout artisan il aime le travail bien fait et que celui-ci soit le plus authentique possible. C’est peut-être pourquoi il a enregistré son dernier album dans les montagnes jurassiennes : « Ce studio en pleine nature est propice à la méditation. Tu ne peux ressentir que de la sérénité dans ce lieu. On a enregistré le disque rapidement. » Barthet en est quand même mine de rien à son douzième album. Ce Phare des Infortunes est comme souvent avec lui un disque certes blues mais qui doit aussi beaucoup à la chanson. Peut-être parce que le musicien a décidé depuis un moment de chanter dans la langue de Molière : « Je baigne dans le blues. Oui je me considère comme un bluesman même si je chante en français. Cela fait vingt-cinq ans que je chante dans notre langue et forcément cela amène à mes morceaux une touche pop/chanson. Je n’avais pas calculé le fait de chanter en français. C’est venu naturellement. Je suis français, j’habite en France. Il était donc assez logique de chanter dans notre langue. Il est vrai que nous ne sommes vraiment pas nombreux dans l’Hexagone à faire du blues et à chanter en français. J’aime Brel, Piaf, Brassens. Ils m’influencent forcément. Je trouve que le pire ce serait de vouloir traduire le blues américain en français. Cela n’aurait aucun sens de faire cela. Je m’inspire de faits réels comme de faits de société, de l’amour, de l’amitié… »
S’il a toujours baigné dans la musique ayant vu son premier concert, Deep Purple, à l’âge de trois ans Rod Barthet n’a pas toujours fait du blues. Il a même débuté dans le punk hard-core qui est très éloigné du blues : « J’ai eu ma première guitare vers 12-13 ans. Mes potes étaient punks ou hard-rockers. J’étais du côté des punk. On était punks car nous étions dans un truc de rébellion comme le sont les jeunes d’aujourd’hui avec le rap. J’ai eu un groupe de hard-core qui est devenu culte avec le temps, Final Blast. Si je le reformais aujourd’hui on pourrait tourner partout dans le monde. Un mec en Espagne m’a même demandé les démos pour en sortir un vinyle. Je n’écoutais pas du tout de blues à cette époque. J’ai commencé à écouter Hendrix puis Led Zep et les Yardbirds pour arriver à Robert Johnson et John Lee Hooker. »
« Le blues, comme le punk, est une musique de rebelles. J’avais vu les Bérus chez moi à Pontarlier. Je suis, depuis, resté en contact avec Loran. Helno était même venu en vacances chez moi et me parlais de son projet futur : les Négresses Vertes. Même si on ne fait pas la même musique j’adorerais avoir un jour Loran sur l’un de mes albums. »
Rod Barthet a d’ailleurs cette mentalité punk d’être un franc-tireur un peu en marge : « Je n’aime pas le côté business de la musique. C’est pourquoi je suis parti à un moment donné en auto-production. Il y a un moment où je me suis vraiment senti comme un ouvrier à l’usine dans cette machine qu’est l’industrie musicale. Ce n’est pas ce que j’avais voulu à la base. »
Heureusement il existe dans le monde du blues hexagonal une solidarité et une entraide : « On se serre les coudes. C’est un milieu minuscule. On s’apprécie et en plus nous aimons les mêmes choses. J’aime tout particulièrement Fred Chapellier. C’est toujours un plaisir de jouer avec lui. C’est un mec super qui a en plus un touché exceptionnel. »
Le Phare des Infortunes (Festivest)
Texte : Pierre-Arnaud JONARD – Photo : Laurent LEPEULE



