Après la disparition brutale de Frank Darcel en mars 2024, Marquis s’apprête à reprendre la route au printemps 2026 avec un nouveau line-up. Le groupe revient sur les raisons de ce choix, sur l’évolution de sa formule scénique et sur la manière dont il continue de faire vivre le répertoire de Marquis et de Marquis de Sade, entre héritage et renouveau. Entretien avec Éric Morinière et Thierry Alexandre.
À quel moment avez-vous senti que continuer devenait non seulement possible, mais nécessaire ?
Après une longue période de questionnements faisant suite au choc de la disparition de Frank, et dans la suite des nombreuses sollicitations autour du groupe, l’envie des musiciens de Marquis de reprendre la route s’est imposée, Marquis n’ayant, nous semble-t-il, pas encore tout dit. L’album Konstanz n’a par ailleurs pas eu la possibilité de s’exprimer sur scène à la hauteur de ce qu’avait été l’implication du groupe lors de sa réalisation. Et puis pour nous, le plus bel hommage que nous pouvons rendre et à Philippe et à Frank est de continuer à faire vivre le répertoire de Marquis de Sade et Marquis, en 2026 et après.
Marquis a toujours été un groupe en mouvement, même dans la fidélité à son ADN musical. Que change ce nouveau line-up dans la manière d’aborder les morceaux de Marquis et de Marquis de Sade sur scène ?
Il s’agit d’un line-up resserré (guitare, basse, batterie, saxophone et voix), dans une formule acérée qui va droit au but et où chaque instrument est plus présent qu’auparavant. C’est le cas notamment du saxo de Daniel Pabœuf, ami de longue date du groupe, qui a beaucoup joué avec nous depuis la reformation de Marquis de Sade, et aussi le chant de Flynn (Simon) qui s’affirme et s’affine de plus en plus. Avec le retour de Thierry, nous retrouvons également le jeu de basse originel de Marquis, un ensemble qui apporte une assise rythmique et une nouvelle couleur au répertoire du groupe.Revenir avec cette nouvelle équipe, taillée pour la scène, a nécessité un gros travail de relecture des morceaux. Ça fait aussi partie de l’ADN profond de Marquis, qui a toujours cherché à faire bouger les lignes et à sortir d’une zone de confort trop consensuelle.
Le répertoire de Marquis de Sade est aujourd’hui considéré comme culte. Il continue de marquer les esprits. Comment trouver l’équilibre entre respect de cette mémoire et liberté d’interprétation, surtout face à un public qui connaît ces morceaux par cœur ?
Marquis de Sade ou Marquis n’ont jamais rejoué à l’identique, sur scène, les titres tels qu’ils avaient été gravés sur disque, en gardant cette part de surprise et d’instinct qu’offre le live. C’est peut-être d’ailleurs ce qu’attendent nos fans et le public d’un groupe comme le nôtre. L’arrivée de Flynn au chant nous encourage en tout cas à préserver cette liberté d’interprétation.
La session live de “Pyramid” donne un bon avant-goût de votre retour scénique. Peut-on voir la tournée 2026 comme un nouveau chapitre, ou plutôt comme une continuité de ce que Marquis a toujours été ?
C’est un peu des deux, la tournée 2026 sera pour nous à l’évidence un nouveau chapitre. Nous y jouerons les morceaux des albums Aurora et Konstanz ainsi que quelques titres cultes de Marquis de Sade, revisités avec cette nouvelle formule. Il y a donc une volonté de continuité mais avec une nouvelle énergie. Il faudra venir nous voir en live pour que vous vous en rendiez bien compte.
Rennes reste un point d’ancrage fort dans le paysage rock français, avec Marquis de Sade en point de départ. Le nouveau livre de Philippe Gonin, Marquis de Sade (1977-2019), en souligne une fois de plus l’importance. Comment ce passé fondateur continue-t-il d’influencer votre façon de jouer et d’exister sur scène aujourd’hui ?
Nous continuons de jouer aujourd’hui avec l’esprit post-punk de nos débuts. Marquis de Sade s’est produit en 1979 aux Transmusicales, (avec déjà Eric, Thierry et Daniel sur scène), ce qui a donné un ancrage fort avec la capitale bretonne. Nous avons eu depuis plein de beaux rendez-vous à Rennes, par exemple la première date de la reformation en 2017 au Liberté, puis l’Ubu, le festival Mythos, etc…. Chaque date à Rennes est pour nous un moment fort. Mais comme le dit l’adage : « Nul n’est prophète en son pays ». Pour nous, il s’agit toujours de faire nos preuves, ici comme ailleurs, avec toujours la même envie de jouer.
Photos : Frech Photographie



