Shaggy Dogs

 

Authentique, énergique et enjouée, la musique des Shaggy Dogs nous percute de plein fouet. Leur potion magique trouve ses prémices dans un tribute à Dr Feelgood. Seulement voilà, le groupe, en incorporant une touche bien personnelle, choisit la liberté et l’indépendance. Leur univers se nourrit de toutes les musiques pourvu qu’elles permettent de faire la fête. Pour les apprécier, il faut mettre de côté sa frime, sa morosité et ses idées reçues. Les chiens hirsutes n’ont jamais été aussi en forme et ont sorti récemment un album où se côtoient le pub rock, le blues, la soul et le rythm and blues. Entretien avec un combo qui a du mordant.

 


 

Pour ceux et celles qui ne vous connaissent pas encore, pouvez-vous nous rappeler brièvement l’historique des Shaggy Dogs ?
 

Les Shaggy Dogs, c’est une histoire de passion, de sueur et de groove qui dure depuis plus de 25 ans. On a démarré fin 90 avec une envie simple : rendre hommage à Dr Feelgood à travers un Tribute. Faire du bruit, du bon, du vrai et surtout, le partager. Au fil des années, on a construit notre identité à travers l’écriture de titres originaux s’imprégnant d’un mélange de blues, de soul, de rock’n’roll et de rhythm’n’blues, avec une énergie scénique qui nous a permis de tourner dans toute la France, en Europe, et même au-delà (Japon et Canada). On est un groupe de scène avant tout. C’est là qu’on prend vie, qu’on se connecte avec le public. Chaque album est une étape importante mais c’est sur les planches que notre musique prend tout son sens.
 

À la création du groupe, quels artistes vous ont influencés ?

 

On a tous grandi avec des vinyles qui tournaient en boucle : Chuck Berry, Otis Redding, les Stones, Dr. Feelgood, The Clash, Led Zeppelin, AC/DC mais aussi James Brown, Howlin’ Wolf et les grands du label Stax. Ce sont des artistes qui ont mis le feu aux planches, qui jouaient avec leurs tripes. On a été nourris par cette énergie brute, cette sincérité musicale. Et puis, il y a eu les groupes de pub rock anglais, les combos garage américains, les big bands soul…on a toujours aimé les musiques qui font bouger les corps et vibrer les cœurs.

 

Le plaisir évident que vous avez à jouer ensemble transpire dans vos compositions. L’alchimie entre vous s’est faite naturellement ou il a fallu passer par un temps d’adaptation ?

 

Il y a eu une connexion immédiate, c’est vrai mais comme dans toute aventure humaine, il faut du temps pour que les choses se posent. On a traversé des périodes de doute, des changements de line-up, des tournées éreintantes…mais à chaque fois, la musique nous a rassemblés. Aujourd’hui, on est une meute soudée, avec des automatismes, des regards qui suffisent pour relancer un solo ou improviser un break. L’alchimie, elle vient de l’écoute, du respect et surtout, du plaisir partagé. On ne triche pas et ça se sent.

 

Si vous aviez un morceau du dernier album à mettre en avant, quel serait-il et pourquoi ?

 

“Who’s Gonna Vote ?” est un morceau qui nous tient particulièrement à cœur. Il parle de responsabilité, de choix, de ce que chacun peut faire à son niveau pour ne pas laisser les autres décider à sa place. Musicalement, c’est un titre nerveux, tendu, avec un groove qui pousse à l’action. Il incarne bien l’esprit de l’album : engagé mais festif, lucide mais vivant. Ce morceau colle plus que jamais à l’actualité du moment ici ou ailleurs.

 

Quels sont les thèmes principaux abordés sur ce nouvel opus ?

 

Pinball Boomers, c’est un disque qui parle de notre époque, de ses contradictions, de ses urgences. On y aborde des sujets comme la désinformation, l’engagement citoyen, la nostalgie, la quête de sens mais aussi l’amitié, la fête, le besoin de se retrouver. C’est un album qui oscille entre le coup de poing et l’étreinte, entre le cri et le chant. On voulait un disque qui fasse danser autant que réfléchir, qui soit à la fois un miroir et une échappatoire.

 

Personnellement, je trouve que la pochette de Pinball Boomers colle parfaitement avec le son que vous proposez. Un mot sur l’auteur Oncle Red ?

 

Oncle Red, c’est un graphiste avec qui on travaille depuis longtemps. Il connaît notre univers, nos références, notre folie douce. Pour Pinball Boomers, il a imaginé une pochette qui évoque à la fois le rétro et le chaos contemporain : un flipper en furie, des couleurs qui claquent, des détails qui racontent. C’est une œuvre à part entière, qui prolonge le disque visuellement. On aime collaborer avec des artistes qui ont une vraie patte, une vision et Oncle Red en fait partie. Depuis le temps, il nous a construit un univers graphique qui nous est propre et qui nous rend identifiable dès le premier coup d’œil.

 

Un titre évoque le grand Lee Brilleaux (Dr Feelgood). Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cet hommage ?

 

Lee Brilleaux, c’est une légende pour nous. Il incarnait le pub rock dans ce qu’il avait de plus brut, de plus sincère. Son énergie, sa voix, sa présence scénique, tout chez lui respirait la vérité. Ce morceau est un hommage à son style, à son feu, à ce qu’il représente pour nous et pour tous les groupes qui jouent avec leurs tripes. On voulait lui dire merci, à notre manière, avec nos mots et nos riffs.

 

Quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes toujours confrontés, même après 25 ans de carrière ?

 

Continuer à exister en tant qu’artisans de la musique, c’est un combat quotidien. Trouver les bons partenaires, les bons réseaux, les bons lieux pour enregistrer, jouer, partager…ce n’est jamais gagné. Et puis, il y a cette tendance à vouloir tout mettre dans des cases : rock, blues, soul, garage…nous, on fait du «fiesta blues’n’roll» et ça ne rentre pas dans les grilles Excel des programmateurs. Il faut sans cesse convaincre, expliquer, défendre notre approche. Mais on ne lâche rien. On croit en ce qu’on fait et tant qu’il y aura des gens pour danser, on sera là.

 

Arno Jaffré – Photo : Alain Hiot