Hommage à Eddy
Eddy Louis était l’un des très grands du jazz français. Il a joué avec Stan Getz, a sorti des œuvres majeures et a également été musicien de studio pour Gainsbourg ou Nougaro. Très grand lui aussi du jazz hexagonal. Emmanuel Bex lui rend aujourd’hui hommage.

« Avec ce disque j’ai voulu célébrer Eddy Louis qui est parti il y a dix ans déjà. Avant lui, je ne savais pas ce qu’était l’orgue Hammond car avant de le connaitre je ne jouais que du piano. Bill Evans m’avait révélé quelque chose mais sa musique était trop abstraite pour moi. Eddy Louis, lui, était un musicien qui faisait partie de mon monde. Un jardin secret s’ouvrait avec l’orgue, un jardin dans lequel il y avait davantage d’animalité. On trouvait dans son jazz quelque chose de sauvage et c’est ce que j’aime. Nous nous sommes vraiment parlés, lui et moi, après l’un de ses concerts à la brasserie Bofinger au début des années 80 mais je l’avais déjà vu joué auparavant. En 1978 je débarquais chez Bernard Lubat dans le Sud-Ouest pour Jazz à Uzeste et là je m’étais pris une claque en voyant Eddy jouer sur son Hammond B3. »
Eddy Louis comme le souligne Emmanuel Bex a joué dans des registres musicaux très différents les uns des autres : « Il a fait des trios classiques, a joué en quartet avec Stan Getz et souvent, d’ailleurs, les gensle connaissent pour ça. Il a aussi joué avec des fanfares ou réalisé des disques seul chez lui dans son home-studio. Pour cet album j’ai voulu lui rendre hommage avec un parcours assez exhaustif de sa carrière. Je voulais le panel le plus large possible. J’ai ajouté des éléments à moi dans ses morceaux. Je joue ainsi ses thèmes en y faisant des rebonds. »
Comment Emmanuel Bex a pu trier les titres qui seraient sur cet album quand on connait l’immense carrière d’Eddy Louis : « J’essaie de réfléchir le moins possible. Je fonctionne de manière instinctive. Après, il y a des thèmes qui se devaient d’être là comme “Dum Dum” ou “Come on DH” un titre qu’il avait fait avec une fanfare. Sur “Les Elephants” j’ai eu aussi envie de mettre une fanfare. J’anime un orchestre amateur et je me suis dit que ce serait parfait que celui-ci joue sur ce titre. » Dans cet album Emmanuel Bex évoque aussi le célèbre trio Ponty-Humair-Louis en le revisitant via Simon Goubert et Dominique Pifarély dans ses titres mythiques que sont « Eddy » et « Colchique dans les prés ».
Pour Emmanuel Bex, ce disque est ainsi une célébration mais aussi une transmission puisque son fils Tristan joue de la batterie dessus. Il est aussi et surtout un acte d’amour, le plus bel hommage possible à un musicien qui aimait la vie et la fête : « Il était festif. Je le suis aussi. Le collectif m’intéresse. J’avais envie pour ce disque d’une sorte d’utopie joyeuse. »
Comme le scandait Nougaro : « C’est Eddy, tout est dit ».
Entrevue : Pierre-Arnaud JONARD – Photo : J.-Baptiste MILLOT
Eddy m’ a dit (Pee Wee)



