Yacouba

Bassiste chez Trust, contrebassiste dans le jazz David Jacob est un musicien qui peut tout faire. Son premier album sous son nom Ouida Road est une petite merveille jazz. Entretien avec un musicien passionné et passionnant.

 
 
 

Quand David Jacob rejoint Trust en 1996 le musicien baigne alors dans une culture rock fusion appréciant des groupes comme King’s X ou Living Color tout en écoutant toute la scène normande, terre où il a grandi : « Je viens du Havre. J’écoutais donc bien sûr Little Bob, ou des groupes comme les Roadrunners, Fixed Up, les Dogs. J’allais voir régulièrement Dr Feelgood qui était culte dans la région. Mon père me ramenait des disques du CE de Total où il bossait. J’écoutais à la fois du rock et de la musique créole. »

 

Après un passage comme radiotélégraphiste dans l’armée le musicien fait ses premières armes à la basse et joue dans moult projets avant d’être auditionné pour rejoindre Trust : « J’ai intégré Trust en 1996. Il y a eu une coupure à un moment avant que je ne les rejoigne de nouveau en 2016. Je ne peux que remercier Bernie et Nono de m’avoir embarqué dans cette aventure. Ce que j’aime c’est l’échange. Je l’ai eu avec eux comme je l’ai eu avec Geoffrey Oryema. »

 

David Jacob aura bien bourlingué avant de sortir ce Ouida Road son tout premier album : « C’est mon tout premier disque. J’ai accompagné plein de gens mais je n’avais rien sorti sous mon nom. Avoir son propre projet est quelque chose qui prend énormément d’énergie. Je suis hyper content du disque, des retours que j’ai mais c’est un travail colossal en amont. J’ai choisi la formule trio parce que c’est la formule qui te met le plus en danger et parce que je suis fan de Bill Evans. Le projet s’appelle Yacouba car j’ai africanisé mon nom. Mes ancêtres sont béninois. »

 

Le bassiste sort aujourd’hui un disque de hard-bop le genre musical qu’il apprécie le plus dans le jazz : « J’écoute beaucoup de jazz et de classique et peu de rock. Si j’en écoute ce sera principalement les fondamentaux : Deep Purple, Led Zeppelin, AC/DC. »

 

Connu en tant que bassiste de Trust David Jacob pourrait désarçonner le public en offrant aujourd’hui un album de jazz mais celui-ci le suit dans son aventure musicale sans se soucier des genres ou des chapelles : « Les gens qui me soutiennent écoutent principalement du rock mais ils sont ouverts. Aux Etats-Unis tu peux jouer à la fois dans un groupe de hard et dans un groupe de hip/hop. Cela ne choque personne. En France tout est trop cloisonné. »

 

C’est avec cet esprit d’ouverture musical que David Jacob a pu travailler sur un projet chanson comme le dernier album solo de Bernie Bonvoisin Amo et Odiou des projets rap.

 

De la même manière Ouida Road est un disque de jazz mais qui ouvre sur d’autres genres : blues, world-music : « Le premier single Hell Heaven Blues est proche du blues. Le jazz est une musique populaire et j’ai voulu la ramener à ça. J’aime le free-jazz, j’en ai fait mais le genre peut avoir un côté élitiste. J’ai voulu revenir aux racines du genre. »

 

David Jacob a d’abord pensé cet album pour un format vinyle : « Pour moi c’est ça le jazz. C’est du vinyle. Quand je me retrouve à l’adolescence avec le Babylon Fighters de Bob Marley entre les mains je me dis c’est ça que je veux faire, partir en tournée dans un tour-bus avec des potes pour jouer. »

 

Gros fan de musique le bassiste est un passionné qui avec cet opus montre toute l’étendue de son talent et de son amour infini de la musique : « J’en écoute sans arrêt et je donne des cours de basse car la transmission est quelque chose d’important. Dans le jazz il y a l’envie de partager. Tu apprends beaucoup en transmettant. Tu te remets en question de cette manière. »

 

Texte : Pierre-Arnaud JONARD

 

Ouida Road-Deviation Records