Un retour gagnant
Marcel et son Orchestre est peut-être l’un des groupes les plus sous-estimés de la scène française. Aimé par le public, boudé par la critique, Marcel est aussi important pour la chanson française qu’un Renaud à une certaine époque.

Marcel et son Orchestre sont cette fois réellement de retour. En 2017 le groupe s’était retrouvé, avait ensuite donné de nouveaux concerts avant un best of en 2019 mais il n’y avait pas eu de nouvel album. Ce C’est pas à vous qu’ça m’arriverait arrive douze ans après le dernier disque des Nordistes Tous les coups sont permis ! Et comme toujours avec Marcel on a droit à du punk, à du ska avec des textes autant politique que sociétaux : « Quand Marcel s’est arrêté en 2012 nous explique Franck Vandecasteele c’est parce que l’on ne prenait plus le même plaisir à être tous ensemble sur scène. Il y avait quelque chose qui s’était grippé. On s’est retrouvé par accident en 2017. En rejouant ensemble nous nous sommes marrés. Un directeur d’une salle Lilloise a mis un local à notre disposition. On a fait une date à Lille qui a été complète des mois à l’avance. On a halluciné. Des gens venaient même de Toulouse pour nous voir. Aujourd’hui on revient avec cet album qui a été facile à mettre en place. Les choses sont arrivées naturellement. »
Marcel avec ce nouvel opus reste fidèle à son triptyque fédérateur en 3 D : danse-déconne-dénoncer. Le groupe a toujours eu et a encore un côté revendicatif : « Nous avons fréquenté les maisons de quartier dans le Nord où nos éducateurs nous ont fait découvrir François Béranger, Renaud. Notre ADN c’est Charlie Hebdo, notre professeur d’irrévérence. Ce journal comme Fluide Glacial nous a conscientisé. Cavanna parlait de ma vie. Je me retrouvais complètement dans ce qu’il écrivait. »
Cette culture Charlie se retrouve dans certains titres de l’album comme “l’Empathie” inspiré par le fabuleux l’An Un de Gébé qui décrivait comme le morceau du disque un monde utopiste : « On en crève de ne pas considérer l’autre. Il faut être capable de savoir refuser ce qui est mal. Contrairement aux générations précédentes plein de jeunes aujourd’hui refusent de travailler pour tel ou tel secteur économique et c’est très bien. »
Même si Marcel est clairement politique et sociétal le groupe n’est pas là pour dire au public comment il doit penser : « Nous ne sommes pas donneurs de leçons. Il faut bien reconnaitre que les discussions avec certains anars et trotskystes peuvent se révéler très chiantes. On se retrouve davantage dans cette chanson de Coluche où il disait vouloir faire rire le prolo. Nous racontons des histoires, des tranches de vie. Les gens se reconnaissent là-dedans. »
Si Marcel et son Orchestre a depuis ses débuts eu les faveurs du public il ne l’a en revanche pas eu de la part des médias. Pourquoi ce groupe si populaire a-t-il été boudé par ses derniers : « Je ne saurai le dire. Je ne suis pas sociologue. Mais je sais que les journalistes aiment être acteurs de la réussite d’un groupe. Et nous c’est uniquement le public qui nous a fait. En plus nous n’avons pas un nom accrocheur. On a été étiqueté gaudriole et pourtant même si l’on vient du Nord nous ne faisons pas de chansons à boire. Le milieu musical fonctionne par niche et l’on ne sait pas où nous ranger. Il y a, surtout en France, ce qu’il convient d’aimer ou de ne pas aimer. Mais moi aussi je peux avoir des goûts que d’aucuns pourraient trouver élitistes : j’aime bien Soft Machine par exemple. »
C’est pas à vous qu’ça m’arriverait – At(h)home
Marcel et Son Orchestre est actuellement en tournée dans toute la France.
Texte : Pierre-Arnaud JONARD – Photo : Simon GOSSELIN



