Balavoine, ma bataille

Le pari de réunir les musiciens historiques de Daniel Balavoine et des jeunes chanteurs de télé-réalité pouvait paraitre osé mais il est réussi. La tournée Balavoine Ma bataille démarre aujourd’hui à Alençon.

 

ENTRETIEN CHRISTIAN PADOVAN BASSISTE DE BALAVOINE

 

Quand on vous a proposé de faire ce spectacle vous n’avez pas eu peur ? Faire du Balavoine sans Balavoine ce n’était pas un peu risqué ?
« Si. D’ailleurs à la base j’étais un peu circonspect. Un spectacle de Balavoine sans Daniel je me demandais ce que cela pourrait donner. Pour moi, en dehors de la musique il était aussi important de rappeler son engagement. Daniel était un lanceur d’alertes, quelqu’un qui réveillait les consciences. »

 

Elles étaient d’ailleurs assez impressionnantes ses interventions, notamment celles télévisées. »
« C’est vrai. J’ai été bluffé en en revoyant certaines face à des cadors de la politique comme Mitterrand. Quand je revois cette fameuse scène de Daniel face à Mitterrand qui n’est pas encore à ce moment-là président de la République je suis toujours aussi impressionné 45 ans plus tard. »

 

Comment t’es-tu retrouvé à jouer avec lui ?
« J’étais un guitariste de studio et cela m’allait parfaitement. Le studio c’est cool : tu fais les sessions et le soir tu rentres chez toi. Daniel cherchait un guitariste pour la scène. Je suis allé voir son groupe qui jouait avec lui en studio. Je les ai trouvés pas mauvais mais estimais que cela pouvait aller plus loin, que cela devait sonner plus rock’n’roll. J’ai intégré son groupe pour le live et le studio avec cet esprit de faire sonner ça plus rock. Yves Chouard l’autre guitariste était un super guitariste, très intelligent musicalement. Son fils est avec nous sur cette tournée et il a les mêmes qualités que son père. »

 

Balavoine a été précurseur notamment dans l’utilisation des synthés.
« Oui il était passionné par les synthés analogiques. Il était très influencé par Peter Gabriel qui utilisait beaucoup le Fairlight. »

 

Balavoine c’était bien plus qu’un simple musicien de variété. C’est assez complexe musicalement. 
« Absolument. Un morceau comme “La femme veuve qui s’éveille” c’est bluffant. C’est tout sauf couplet/refrain. Plein de chanteurs ont du mal à reprendre Balavoine. Il y a des pièges partout. Et pour un musicien ce n’était pas évident de coller à sa voix. »

 

Avant de jouer avec Balavoine tu as fait partie du Système Crapoutchick qui est devenu un groupe culte. 
« Notre premier album Aussi loin que je me souvienne est un peu maladroit. Nous étions à fond Beatles. Nous avons eu un succès d’estime pour ce disque. J’aime encore notre album de 1975. Quand je le réécoute encore aujourd’hui je le trouve bon. »

 

Tu avais commencé ta carrière en accompagnant Dutronc. 
« Absolument. Je rentrais de l’armée et je me suis retrouvé à accompagner Dutronc. Mon premier enregistrement c’est “Il est 5 heures Paris s’éveille”. Je trouve que cela ne commence pas trop mal, non ? »

 

Tu travailles énormément dans les années suivantes. 
« Oui les années 70 c’est une véritable frénésie. Je travaille sur les deux premiers albums de Sanson à cette époque. Dans les 70’s ça n’arrêtait pas. On travaillait du soir au matin. »

 

Il y a des chanteurs qui ne sont plus à la mode puis le redeviennent. Balavoine lui a toujours été à la mode. 
« C’est vrai. Peut-être parce que sa disparition a été tellement brutale. Les gens ont continué à l’écouter comme s’il était vivant. Balavoine a été très important comme musicien mais aussi comme personne. Il mériterait d’être panthéonisé. »

 

Balavoine avait la réputation d’être très exigeant. 
« Il l’était. Mais c’est positif de travailler avec des gens exigeants. Il me faisait confiance. Il était à l’écoute des musiciens qui l’entouraient. »

 

Comment te sens-tu sur cette tournée ? 
« Ce n’est que du bonheur. Nous ne sommes plus tout jeunes donc on profite de chaque moment, de chaque instant. Les jeunes qui nous accompagnent sont talentueux. C’est un plaisir d’être avec eux, de travailler avec eux. »

 

ENTRETIEN PATRICK BOURGOIN SAXOPHONISTE DE BALAVOINE

 

« Quand on m’a proposé cela j’ai appelé de suite Pado (Christian Padovan ndlr). On travaille ensemble depuis 50 ans. J’ai tout de suite été partant. J’ai commencé avec Daniel à ses tout débuts. »

 

Tu as commencé à jouer avec Daniel avant ses premiers succès. 
« Oui sur Les aventures de Simon et Gunther, un super album mais qui n’a pas du tout marché. Je l’avais rejoint via le bouche à oreille car je jouais avec l’un de ses musiciens. »

 

Et tu t’es ensuite retrouvé sur Starmania ? 
« Oui nous nous sommes retrouvés avec Daniel à ce moment-là. À l’époque la plupart des saxophonistes français avaient une tonalité assez jazz. Moi je venais de la soul et du rytmn’n’blues. J’ai été marqué par James Brown, Otis Redding, Sam Cooke. C’était courant pour les anglo-saxons. Beaucoup moins en France. »

 

Comme Christian tu es autodidacte ? 
« Tout à fait. Je viens d’une famille ouvrière donc la musique c’était un luxe. J’ai appris par moi-même. On bidouillait. »

 

Comment vis-tu cette tournée actuelle ? 
« Je trouve ça bien de faire revivre Daniel. J’ai joué avec tous les artistes de France et de Navarre et Daniel était atypique. Il avait un caractère très fort, ne mâchait pas ses mots. Sa création était hors-norme. Il était différent des autres artistes. C’est hyper complexe musicalement Balavoine. Les musiciens classique, par exemple, galèrent pour le jouer. »

 

Balavoine a été un précurseur à de nombreux niveaux. 
« C’était un artiste extrêmement intelligent. Il savait se servir des nouvelles sonorités et en tirer le meilleur parti. A son époque les artistes se servaient souvent des synthés de manière basique, pas lui. Et dans ses créations il n’a jamais été dans la facilité. »

 

Tu as travaillé avec plein d’autres artistes que Balavoine. 
« Oui Supertramp, Elton John, France Gall, les Four Tops. J’ai fait une tournée avec eux alors que j’étais fan du groupe dans ma jeunesse : un rêve. J’ai aussi fait beaucoup de scène avec Michel Berger et France Gall. »

 

Comment trouves-tu le spectacle de cette tournée ? 
« Vraiment bien. Les jeunes qui chantent sont très bons. Ils viennent du milieu des émissions télé de chant et ils assurent. Ils osent et je trouve ça bien. C’était un challenge ce spectacle et je trouve qu’il est réussi. »

 

Entrevue : Pierre-Arnaud JONARD – Photo: Elsa GOUDENEGE

 

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