Entre souvenirs, création et liberté musicale

Dans les loges des Étoiles, à Paris, quelques minutes avant son concert du 27 novembre, Pierre Guénard nous parle de Voltige, son deuxième album solo : une pop intime, frontale, où les émotions montent en altitude.
Une carrière comme une bulle de savon
Dès le début, Pierre évoque la musique comme un espace de liberté et de mémoire. La conversation s’ouvre sur une photo prise lors du Festivox, à Château-Renard en 2016, « du temps de Radio Elvis », fil conducteur entre passé et présent. Le 6 octobre reste pour lui une date marquante. En 2014, c’est le jour de sa première télé sur Monte le Son, où Radio Elvis reprend “Cargo de Nuit” d’Axel Bauer, et le 6 octobre 2023, Pierre fête la sortie de son premier album solo, Je n’ai Plus Peur de Danser. « C’est ma troisième naissance. Le jour de ma première télé et l’anniversaire de ma maman, c’est une date qui me porte chance », raconte-t-il.
Apprendre à danser devant les autres
Après que la vie l’ait mené sur Nantes et dans le Poitou, le Lavallois monte sur Paris, joue dans de petits clubs et cabarets, où le public vient dîner et se détendre, pas forcément pour lui. Pourtant, ce parcours l’a préparé à affronter ses propres craintes, et avec son premier album solo, Je n’ai Plus Peur de Danser, il se libère. « Je voulais surtout parler du fait de s’accepter, de s’assumer… parce que je prenais l’image de danser devant tout le monde. C’est un acte souvent assez fondateur dans un parcours personnel. Se mettre à danser, ce n’est pas anodin. C’est se mettre un peu à poil ». « Danser » devant les autres a été pour lui un apprentissage de l’acceptation : « Moi il m’a fallu du temps pour accepter, pour assumer que j’avais peut-être une dégaine pas possible quand je danse, mais en même temps, c’est comme ça, c’est drôle. Accepter d’être dans la joie et d’être dans l’acceptation de ce que je suis. »
La création collective avec Radio Elvis
Avec Radio Elvis, la composition initiale était d’abord solitaire. Pour le premier album Les Conquêtes, Pierre posait l’ossature des morceaux seul, avant même la rencontre avec Colin et Manu. Le deuxième album, Ces garçons-là, est le fruit d’une création collective :« Moi, j’avais moins d’avance en fait, donc on a dû tout créer ensemble… Même si je restais derrière le premier squelette du texte, tout le reste était un vrai travail de groupe, avec l’ossature mélodique et harmonique. » Cette expérience explique aussi son besoin de s’exprimer en solo : « Les garçons avaient déjà eu des expériences musicales en dehors de Radio Elvis, moi pas. C’était mes premières expériences de musicien qui vit de sa musique. Et voilà, j’ai eu besoin de dire “Je”. »
Vers une chanson plus classique
Après plusieurs années intenses et son roman Zéro Gloire, il voulait se confronter à un exercice plus concret de la chanson : « J’avais envie de faire un truc plus chanson, moins abstrait… J’avais besoin d’apprendre à faire une forme très classique de la chanson. » Son dernier album, Voltige, poursuit cette démarche. La production est pop et moderne, mais les textes restent très travaillés : « Les textes sont très directs. À la première lecture, on comprend complètement, mais il y a des chansons comme “Salut, c’est moi”, c’est très direct en même temps c’est très imagé… Quand je fais les morceaux en guitare-voix, c’est très à l’ancienne et les textes sont très écrits. »
Sur scène, l’émotion avant tout
Pierre revendique un son inspiré de la variété des années 80 et du début des années 90, saveurs de Springsteen, de Souchon ou Bashung. Sur scène, ce mélange de codes populaires et d’histoires personnelles crée « énormément de liens » avec le public : « Ce sont des codes très populaires, très connus. À la fois raconter mon histoire… et se débarrasser de la forme. Pour Radio Elvis, la forme prenait beaucoup de place, l’histoire un peu moins. Là, j’avais envie que les histoires soient très fortes, très accessibles, et du coup je suis beaucoup moins en force quand j’interprète.» Certains morceaux restent pour lui intouchables sur scène. “Pas les Mots”, par exemple, qu’il a réarrangé, lui procure toujours la même émotion : « J’ai toujours la même émotion que quand je l’ai écrite, même après l’avoir chantée beaucoup de fois. »
L’expérience télévisuelle et les rencontres
Les expériences télévisuelles, de The Voice à Taratata, restent intenses malgré le trac : « Après The Voice, j’étais presque effondré, tellement j’avais eu peur… Mais j’ai adoré ce moment. J’ai adoré chanter devant le public et devant des artistes. C’est assez rare de chanter devant des artistes, avec cette écoute-là. » L’occasion pour Pierre de revenir sur sa rencontre avec Vianney et leur collaboration sur “Tant mieux” : « On s’est croisés plusieurs fois… humainement, il est fidèle à lui-même, sur scène comme dans la vie. »
Là où il devait être
Aujourd’hui, Pierre se sent « là où je devais être » : sur scène, dans les loges, là où les questions s’arrêtent et où la musique devient le moteur de sa vie. Il compare son ressenti à celui du peintre Gen Paul : « Quand je fais de la musique, ça me donne ce petit millimètre d’élévation qui fait que je décolle du sol et je me sens moins dans la sauce. » Entre festivals comme le Printemps de Bourges et les Francofolies, il mesure sa chance : « Ces festivals inscrivent vraiment les artistes dans un temps long… ça peut changer des vies. » Avec cette liberté retrouvée, Pierre continue de composer et d’expérimenter, oscillant entre intensité et émotion, conscient que chaque morceau, chaque concert, est une nouvelle étape dans ce processus infini : « Plus le temps passe, plus je découvre qu’il y a encore des choses à conquérir en soi. On passe notre temps à naître. »
Entrevue & Photos : Franck COLLUMEAU



