L’Éternel Poète
Le plus Français des Anglais nous revient avec une petite merveille, Haunted. Un disque élégant et raffiné à la pop délicate. Entretien avec le toujours aussi charmant Bill Pritchard.

Avec son nouvel opus Bill Pritchard revient au style qu’on lui connaissait à ses tout débuts, avec cette pop élégante immédiatement reconnaissable qui rappelle la musicalité de ses tout premiers albums : « Tu as raison. La pochette de ce nouveau disque rappelle d’une certaine manière celles de Half Million et de Three Months, Three Weeks and Two Days, ce disque que j’avais fait avec Etienne Daho. Et pour le côté très pop, il y a une connexion évidente avec les Kinks. Je suis un grand fan de Ray Davies. J’étais à Londres récemment avec ma fille et nous sommes allés là où les Kinks ont joué pour la toute première fois. Quand je suis parti de l’université de Sheffield pour aller vivre à Londres j’ai habité dans le quartier des frères Davies. J’aime les pop song parfaites comme celles des Kinks ou le “There She Goes” des La’s. »
Grand amoureux de la musique comme de la littérature et notamment de celle française, de Verlaine à Jean Genet, il y a toujours eu, du début de sa carrière à aujourd’hui un immense amour entre l’anglais et la France, amour qui n’est pas près de s’éteindre : « Cela a été comme un coup de foudre entre moi et votre pays. J’adore Ferrat, Dutronc, Françoise Hardy, ces artistes m’ont fasciné. J’adorais ce morceau de Taxi Girl, “Paris”, je le trouvais fabuleux. J’ai travaillé dans une radio libre en France. J’ai eu la chance d’enregistrer chez Vogue ce qui m’a fait connaitre Antoine. Frédéric Lo m’a dit que les studios Vogue existent toujours. Même les plus grands artistes français me connaissaient : un jour Gainsbourg m’a dit « t’es mignon, toi. ». Cela m’a beaucoup amusé. »
Cet amour de la France aura fait que Bill Pritchard y aura enregistré de très beaux disques et un chef d’œuvre, ce merveilleux Parce que avec Daniel Darc, un disque d’une beauté infinie, qui n’a pas pris une ride et qui parlait à une époque où l’on en parlait peu de la bisexualité : « Je ne suis pas bisexuel. Mais je trouvais injuste qu’on stigmatise des gens par rapport à leur orientation sexuelle. Il y a malheureusement toujours autant d’homophobie dans le monde. »
Amoureux des mots Pritchard écrit merveilleusement bien. Les titres de son nouvel album ne sont ainsi pas loin de la nouvelle avec une façon d’assembler les mots qui ressemblent davantage à la manière d’écrire d’un écrivain qu’à celle d’un musicien : « J’écris comme un story-teller. J’écris l’équivalent de nouvelles qui peuvent être fictionnelles ou semi fictionnelles. Le personnage de Lillie par exemple n’existe pas mais est un patchwork de différentes personnalités. J’ai pensé à Antoine, le chanteur, en écrivant cette chanson. Je l’ai rencontré, j’adore ce mec. »
Avec ce nouvel album, Bill Pritchard a écrit le disque de l’éternel voyageur qu’il est et ce “Perpetual Tourist” qui ouvre son opus est une image qui lui convient on ne peut mieux : « J’aime beaucoup le morceau “Sunsets in Poland” alors que le titre n’est pas inspiré comme on pourrait le penser d’un voyage en Pologne. J’ai écrit le morceau avec Patrick Woodcock ce poète canadien avec lequel j’avais travaillé sur mon avant dernier album. C’était son voyage en Pologne, pas le mien. »
Bill Pritchard qui a toujours été très social et politique s’adoucit peut-être avec cet opus qui possède une veine intimiste : « C’est vrai. Tout est politique mais tu peux aussi utiliser la politique dans un mood plus intime. Tout est communication et la communication est politique. Avec ce disque j’ai voulu écrire un album positif. Quand tu as vingt ans tu es très direct. L’une de mes filles est comme cela. Mais à mon âge on pense les choses de manière moins frontale. Je n’écris pas contre ceci ou cela. En vieillissant je deviens quelqu’un de raisonnable. »
Haunted (Tapete Records)
Pierre-Arnaud JONARD – Photos : Luke HODGKINSON



