Nico Wayne Toussaint

L’âme du blues

 

Les harmonicistes français connus ne sont pas légion. Tout le monde connait bien sûr Jean-Jacques Milteau. Nico Wayne Toussaint est un peu moins célèbre. Il est pourtant l’un des tous meilleurs dans le genre dans l’Hexagone. Son dernier opus From Clarksdale With Love en est la meilleure preuve.

 

 

Pour son dernier album, From Clarksdale With Love, paru en décembre dernier Nico Wayne Toussaint a été trouver l’inspiration du côté de Clarksdale. Si les amateurs de blues connaissent parfaitement Chicago ou Memphis, Clarksdale est moins connu et pourtant cette ville possède une scène musicale importante : « J’ai vécu là-bas quelques mois à la saison de la récolte du coton quand il fait encore trente degrés mais que l’automne pointe déjà son nez et qu’à perte de vue les champs sont blancs de la fleur de coton. Je connaissais des gens là-bas. Je me suis installé dans un petit house boat en tôle et en planches de vingt mètres carré où je pouvais ne penser qu’à la musique. Je me suis senti hyper bien. Cette ville est un village avec une vraie authenticité. J’y a ai travaillé le répertoire des légendes du Mississippi : RL Burnside, John Lee Hooker, Muddy Waters, Fred Mc Dowell… Ce qui est génial à Clarksdale c’est que quand tu vas dans les clubs de la ville les mecs jouent ce style. J’ai bossé ces morceaux tout en sachant qu’il n’y aurait aucune reprise sur mon album à venir, que je ne ferai que des compos originales. J’ai pensé le tout pour mon Big Band. Je travaille parfois en solo, parfois avec un Big Band et ce disque était fait pour un Big Band d’autant plus que j’avais l’idée d’y ajouter des cuivres. »

 

Nico Wayne Toussaint, grand bluesman et grand connaisseur du genre ne s’est évidemment pas retrouvé dans une ville comme Clarksdale par hasard : « Clarksdale se trouve sur la Highway 61, cette route mythique qui relie Chicago à la Nouvelle Orléans. Les gens qui font ce trajet traversent obligatoirement cette ville. John Lee Hooker est né pas très loin d’ici. Tous les soirs on peut assister à de supers concerts de blues en ville. »

 

Issu d’une famille de musiciens (son père était connu dans le monde de la musique folk) Nico Wayne Toussaint découvre grâce à celui-ci la musique cajun puis plus tard le blues : « J’ai eu un coup de foudre pour le blues notamment pour Muddy Waters et ses albums produits par Johnny Winter qui avaient un son très rock avec des titres comme “Mannish Boy”. J’ai flashé sur James Cotton qui n’est pas le plus grand des harmonicistes mais qui a un feeling sans égal. C’est par lui que je me suis mis à l’harmonica. Il m’a toujours inspiré et c’est pourquoi je lui avais rendu hommage sur mon album Plays James Cotton que j’avais sorti chez Dixiefrog.

 

Très inspiré par Cotton Nico Wayne Toussaint possède comme lui un son pur qui fait toute la richesse de sa musique : « Je cherche à avoir un son authentique. J’adore John Lee Hooker. Il m’a transmis l’idée que l’important ce n’est pas d’être parfait. Il y a plein d’erreurs chez Hooker et c’est ce qui rend sa musique si belle. Je ne veux pas que mon son d’harmonica soit parfait, je veux qu’il ait une âme comme celle de Sonny Boy Williamson. Je recherche la charge émotionnelle. »

 

Texte : Pierre-Arnaud JONARD