SERVO

Alien sur Seine

Après MNNQNS et We Hate You Please Die, c’est au tour d’un autre groupe rouennais de partir à la conquête de la France et du monde : Servo. Et à l’écoute de leur splendide Alien, nul doute que cette tâche à toutes les chances d’aboutir.

Si la scène psychédélique est un peu moins en vue aujourd’hui qu’il y a de cela quelques années, elle continue cependant de voir naître nombre de groupes français très intéressants, de You Said Strange à Servo en passant par les Aixois de Jim Younger’s Spirit. Si Servo tire son nom d’un morceau du Brian Jonestown Massacre, ils seraient cependant réducteur et injuste de les considérer comme de purs revivalistes de la scène psyché. L’originalité des Normands est en effet d’inclure à cette matrice originelle une tendance cold-wave que l’on n’a guère l’habitude d’entendre dans ce style musical.

Comme souvent dans ce cas, le nom de Joy Division plane donc autour d’eux. Si cette référence est souvent utilisée à tort et à travers, ce n’est pas le cas pour ces Rouennais, qui la revendiquent d’ailleurs eux-mêmes : « La voix grave de notre chanteur peut faire penser à celle de Ian Curtis et notre son de batterie est clairement influencé par Joy. Après, dans le post-punk, les tempos sont souvent rapides alors que les nôtres ne le sont pas. » En atteste aussi la durée des morceaux du groupe qui s’étirent entre six et huit minutes, bien plus en cela dans l’esprit psyché que de celui de la new-wave.

Il y a chez Servo un côté sombre, mystérieux souligné par les titres de leurs morceaux qui possèdent incontestablement un côté kabbalistique qui pourrait faire penser que l’on a affaire à des adeptes d’Aleister Crowley ou d’une secte obscure : « Nos paroles, on doit bien l’avouer ont un côté mystiques.  Nul doute à cela. » Si le trio a débuté comme une possible version française de Brian Jonestown Massacre ou des Black Angels, il a su depuis dépasser ces influences premières pour proposer quelque chose de vraiment particulier. Pas étonnant dès lors que ce n’est pas uniquement la France qui s’intéresse désormais à eux, mais aussi l’Europe comme en atteste leur signature sur l’excellent label anglais Fuzz Club : « MNNQNS a signé sur un label britannique, mais ce n’est pas pour cela que nous avons fait de même, et pas non plus parce que l’Angleterre est proche de Rouen. Nous avions l’ambition de signer chez Fuzz Club. Il y a nombre de groupes que nous apprécions chez eux, comme 10 000 Russos, Sonic Jesus ou Singapore Sling ; nous avons joué plusieurs fois au Royaume-Uni et le public anglais est plus réceptif à notre style musical que celui de l’Hexagone. » Tout tend à faire de Servo un groupe hype que l’on pourrait imaginer se prendre au sérieux. Leur récente reprise de “Mambo N° 5” de Lou Bega sur la compil anti-Covid Sick Sad World montre qu’il n’en est rien : « On avait envie de reprendre un morceau pas trop sérieux, genre tube de l’été. On voulait un truc à la con et ce titre était parfait pour cela. » Et avec l’album Alien, qui n’est pas celui du film de Ridley Scott mais ce monstre qui sommeille en chacun de nous, le trio va aller loin, très loin.

 

SERVO

 

Au final, on se demande combien de groupes Rouen va continuer de nous sortir de son chapeau, comme cela, mois après mois… Surtout si l’état d’esprit qui règne dans cette ville continue d’être celui du partage et de la solidarité. Servo est apparu il y a déjà des années de cela, avant l’apparition de nombre de groupes de la ville aux cent clochers, qui ont depuis explosé, mais aucun sentiment envieux de leur part par rapport à la réussite de leurs confrères : « Rouen est une petite ville. On se connaît tous. Nous sommes contents que nos potes réussissent et que les gens parlent de la scène rouennaise. Cela crée une saine émulation entre les groupes et cela bénéficie à tout le monde. »

On aura l’occasion de vérifier à l’automne sur les planches toute la grâce de Servo sur scène…

PIERRE-ARNAUD JONARD

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Alien – Fuzz Club


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