Jewly @ Emmanuel Hoff

2020, année « Toxic »

La vocation de Jewly lui est venue de son grand-père qui a su lui faire partager l’émotion liée à la musique. Tous deux ont passé des heures et des heures à écouter du classique (Mozart) puis du violon, qu’il a placé entre ses deux mains reconnaissantes aujourd’hui. La rigueur du violon a aiguisé son oreille musicale avec justesse et passion qu’elle a entretenue dans le chant et la guitare par la suite. Jewly cultive ce rock juste et précis qui réveille les papilles auditives.

Les « artistes qui chantent avec leur âme et leurs tripes comme si c’était leur dernière scène comme Janis Joplin, Nina Simone, Nick Cave » la touchent et l’inspirent tout naturellement. Jeune, Queen l’a beaucoup influencée avec l’audace du mélange des styles. Led Zeppelin, The Kills, Archive, Dépêche Mode, Jack White etc., qui se moquent complètement des codes, l’ont bercée et continuent de faire vibrer les écouteurs de son MP3. Jewly admet qu’il existe des difficultés en tant que femme artiste dans le milieu de la musique comme dans tant d’autres encore. La  difficulté qu’elle a rencontrée est « que les gens ont du mal à imaginer que tu puisses te construire par toi-même. Aujourd’hui je suis une artiste indépendante, entrepreneuse et je gère beaucoup de choses. »

À présent, Jewly se prend moins la tête pour des remarques douteuses, moqueuses, ignorantes, provocantes etc. Elle incarne comme tant d’autres cette génération de femmes qui « peut porter des projets, en être aussi capable ». Sans oublier qu’« évidemment, il y a aussi ton physique qui est parfois évalué avant ton art, et je ne parle même pas des sous-entendus qui peuvent être plus trash. Au début j’avais peur de me montrer féminine, allant parfois presque jusqu’à m’enlaidir pour qu’on écoute plutôt ce que je fais et ce que je suis intérieurement. Personne ne devrait jamais devoir être dans ces ressentis. » Elle sait mettre en évidence des émotions qui ne laissent pas insensible dans sa musique. Il en est de même dans la vie, « Je suis entière, sensible et directe aussi. »

Elle a conçu son concept album intitulé Toxic comme on conçoit une existence. Les titres de l’album survolent une vie de 4 à 37 ans et parlent à beaucoup de personnes. Il est auto-biographique, se perçoit une analyse théorisant d’après le vécu et gardant la substantifique moelle de l’expérience, richesse de l’esprit et sagesse de la vie : « Face à une personne toxique, j’ai compris beaucoup de choses sur moi-même et j’ai surtout compris que je ne voulais plus subir. J’ai naturellement écrit un premier texte inspiré de cette relation (…) Dans la foulée, une autre période de ma vie avec une situation toxique s’est imposée sous ma plume. Et puis une troisième… À ce moment-là je me suis replongée dans l’empathie ; j’ai eu besoin de retracer tout cela. Alors évidemment c’est introspectif et cela fait partie de mon vécu mais je savais aussi que tout cela concerne chacun d’entre nous. »

 

Jewly @ Emmanuel Hoff

 

La thématique principale de la toxicité  a contribué à décliner les événements et éléments marquants à différents âges. Aussi, elle écrit et chante les réminiscences de son passé en anglais car « l’avantage de la langue anglaise est le côté asexué, chacun peut s’identifier et les thèmes de cet album sont universels et fédérateurs. (…) J’ai envie que Toxic soit salvateur et que l’on puisse distinguer la part de toxique acceptable de celle qui détruit en chacun de nous. » Pour révéler, contrer et digérer le mal subit par les mots, Jewly réussit très bien à transcrire musicalement ce qui accompagne le terme-titre.

À la question de savoir si on vit un XXIème siècle spécialement toxique ou bien si c’est l’être qui transmet des poisons afin de chercher des antidotes, Jewly pense que « le toxique a toujours été là. Mais je crois qu’on peut inverser ces choses nocives qu’e lon subit, les armes existent pour se protéger. S’écouter, écouter l’autre, l’accepter tel qu’il est même si on ne le comprend pas, j’ai bon espoir que cela se développe . Le “champion” est justement celui qui s’accepte et non celui qui libère le poison. »

On a bien saisi la bienveillance et le cri pour la liberté dans lesquels baignent ses mots méticuleusement choisis pour le ressenti et la projection. L’artiste précise le second degré dans les textes de l’album afin de véhiculer ce cri et ces valeurs qu’elle revendique et que les bonnes critiques contribuent aussi à faire passer. Après tout, les chansons peuvent être appropriées par l’auditeur, même reprises dans une interprétation personnelle. L’auteur en détient la source mais pas l’évolution comme c’est le cas de nombreuses chansons reprises et détournées actuellement concernant la crise sanitaire du covid19 et le confinement forcé.

Que peut-on souhaiter à Jewly pour 2020 et ce premier trimestre pour le moins bouleversant dans le monde entier touchant à tous les secteurs et également celui de la musique en particulier ? « J’ai la chance d’avoir mes proches et d’être moi-même en bonne santé. La priorité est là. Sortir un album dans un tel contexte est un vrai questionnement. On a besoin de nouveautés, de se questionner, d’introspection et de positif. J’essaie de donner une ou plusieurs pièces du puzzle. » Le titre de son album Toxic apparaît donc comme prédestiné à naître dans un tel environnement où l’humain lutte globalement pour sa propre survie, physique comme mentale… « J’aimerais que la priorité soit désormais vraiment mise sur l’humain et l’environnement… Rien ne sera plus comme avant, c’est certain. On doit aller au-delà de son quotidien, ne plus être des moutons et ne plus subir cette mondialisation. Il ne s’agit pas de faire une révolution, nous avons et allons tous bien morfler dans les mois qui viennent et j’ai bien sûr une pensée toute particulière pour le milieu de la culture. » Jewly s’implique comme la grande majorité des artistes et acteurs des musiques actuelles dans la situation incertaine des mois à venir avec l’annulation des concerts, festivals ou le report des sorties d’album etc. Elle ne peut qu’inciter « dès que cela sera possible à sortir un maximum et soutenir le spectacle vivant, acheter les magazines, etc. Écoutons-nous plutôt, apprenons de ce que l’on vit actuellement, construisons ensemble, n’oublions pas, notamment ces héros d’aujourd’hui ! Tant de choses manquent mais heureusement l’amour et la vie ne seront jamais en pénurie avec la musique. »

 

VANESSA MAURY-DUBOIS

Photos : EMMANUEL HOFF

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