Hotesses

Venez avec nous !

Il convient de prendre le titre du dernier album des Acadiens, Viens avec moi, au pied de la lettre tant le groupe entraîne l’auditeur dans un voyage au long cours, initiatique, dans l’intimité du groupe. Rencontre…

La découverte du nouvel album frappe par son ampleur, son ambition : 19 titres, bien loin des canons de notre époque du single roi. « Quand on est en mode création, on pense une chanson à la fois, nous n’avions pas conscience qu’elles feraient partie d’un grand projet comme celui-ci. » À l’écoute, difficile de ne pas penser aux groupes psychés et progressifs des années 1960 et 1970, une époque sur laquelle le groupe à un avis très tranché : « On aurait aimé vivre à cette époque, malheureusement nous sommes nés trop tard ! Quelle meilleure façon de revivre les belles années qu’avec notre musique ? » Un sentiment prégnant qui se prolonge sur le support disque : « Dès notre premier album nous voulions des copies vinyles pour avoir ce feeling 70. Nous sommes finalement très heureux de l’avoir pour cette grande œuvre. »

Influencé par le rock progressif donc, le groupe aime travailler dans un temps long tout en prenant ses distances avec le passé, plaçant la création au cœur de ses préoccupations : « On ne se focalise pas sur la durée, mais sur la direction vers laquelle la chanson nous porte. Chaque pièce a une histoire à raconter et elle se termine quand elle se termine ! Mais naturellement, on aime les longues durées. » Une démarche à contre-courant qui place les Acadiens en porte à faux avec l’époque, la télé-réalité et les réseaux sociaux : « Nous ne sommes pas contre pourtant, mais c’est comme tout, trop fait mal et pas assez n’est pas bon non plus. C’est ridicule de juger de l’authenticité d’un groupe au nombre de likes sur Facebook. Une vidéo YouTube à 100 millions de vues, ce n’est pas nécessairement de l’art authentique ! En tant qu’artistes, c’est important de partager, mais cela ne nous définit pas. » Le constat n’est guère plus engageant concernant le petit écran : « Les concours TV sont devenus des compétitions de techniques vocales. Mais chanter, interpréter une chanson c’est plus que de la masturbation de cordes vocales ! La chanson est devenue secondaire, la trame narrative de ces émissions est basée sur la technique, cela en devient comique ! »

Comme tout bon hippie qui se respecte, la bande entretient un attachement tout particulier à la nature (« On vient tous d’endroits ruraux, nos cœurs appartiennent aux petits villages »). Et il possède de solides convictions écologiques. Serge Brideau, le leader, précise : « Des fois, j’aimerais être insouciant et heureux, mais non, je vis sur la planète Terre. Et elle est malmenée. Surtout au Canada où l’économie est basée sur l’exploitation des ressources naturelles. Et peu importe l’impact écologique, les Canadiens aiment leur confort. À l’époque de notre chanson « David Akward », le Premier ministre du Nouveau-Brunswick, David Alward et moi avons eu une chaude discussion au sujet du gaz de schiste. Il savait que la chanson passait sur les radios francophones. On a aussi organisé un spectacle en solidarité avec le mouvement anti-gaz de schiste. Alward avait fait de cet enjeu la pierre angulaire de sa campagne électorale. Il voulait me faire comprendre que notre province avait besoin de gaz. Un mois plus tard, il a perdu les élections. Je ne pense pas que c’est à cause de nous, mais je crois que l’on a mobilisé des gens. Faut prendre au sérieux le privilège d’être un personnage public. »

Viens avec moi : l’opéra-rock

 

les hotesses

@Shanti Loiselle

 

Le quatrième effort des Acadiens est très certainement leur œuvre la plus ambitieuse. Partant du constat que le monde va mal, les Hôtesses offrent une radiographie de la futilité de l’époque entre réseaux sociaux et poursuite effrénée d’une célébrité aussi instantanée que factice, offerte par la télé-réalité et, en particulier, les télé-crochets. Ainsi « La Voix », titre canadien de l’émission « The Voice », fait partie des cibles de choix du groupe. Leur double album de 19 titres n’a pas suffi pour faire le tour du concept ; il s’est prolongé sur scène sous la forme d’un opéra-rock créé au Club Soda de Montréal en novembre 2018. « Quand on a décidé de faire la création du show, le plus grand défi était que les chansons se tiennent. Dans un spectacle normal des Hôtesses, on a souvent la liberté d’improviser, ce qui est un aspect démarquant pour nous. Mais là, pas d’impro, c’est littéralement le contraire ! On a répété 21 jours en octobre dernier. Avec l’aide des réalisateurs, (Le Théâtre du Futur) on a pu mettre nos idées sur scène. Beaucoup de boulot, des très grandes journées de travail, beaucoup d’essais pour voir ce qui fonctionnait ou pas. Michel Fordin, directeur technique et scénographe, a travaillé jour et nuit pour s’assurer que le décor soit juste. Chaque personne avait son rôle et sa place dans la gang. Une équipe de feu, des vrais pros ! »

 

RÉGIS GAUDIN

photo : SERGE BEYER

 

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