DIANE DUFRESNE @Jean-Philippe Sansfaçon

L’éternelle rebelle

Muse rock et créatrice de shows époustouflants dans les années 70 et 80, inspiratrice pour une pléiade d’artistes, auteure et peintre depuis les 90’s, l’outsider toujours détonante, écolo avant l’heure, est de retour avec un nouveau disque terriblement actuel.

Elle déteste regarder en arrière. Elle ne s’intéresse qu’à demain et se remet en question sans cesse. Son nouvel opus, Meilleur après, est un constat (éco)logique sur le monde d’aujourd’hui et sur le temps qui passe. Et même si l’espoir pointe son nez ici ou là, l’ensemble reste assez profond : « Je ne suis pas quelqu’un de nécessairement joyeux dans la vie. Je vis toujours en solitaire. Je ne réponds pas au téléphone, je n’ai pas de cellulaire… Mais, j’ai 74 ans et je fais un nouveau disque ; ça c’est déjà un espoir, toute une aventure ! Moi quand je touche un sujet tabou comme la vieillesse, ça peu paraître sombre, mais c’est pour changer les codes, pour questionner. Les gens veulent vivre éternellement, ne veulent pas vieillir… Mais ils vont faire quoi ? Déjà à 40 ans tu te sens vieux, alors vivre jusqu’à cent ans… C’est pas simple pour moi, parce je suis en plein dedans, avec mon corps ; je suis moi-même mon propre tabou. Déjà, arriver sous les lumières, c’est une nouvelle approche, parce que les plus jeunes n’ont pas besoin de moi. Ce métier n’est plus nécessairement comme je le vois. L’an dernier, j’ai fait un spectacle pour la Saint Jean-Baptiste, je voyais tout le public branché sur son téléphone, alors je me suis dit que j’allais sortir le mien ! Je vais m’occuper moi aussi. (Rires) Tu sais, je n’en reviens pas d’être vieille. Avant, les gens mouraient plus jeunes, nous, aujourd’hui, on a comme une jeunesse… à l’intérieur ! Dans la vieillesse, il y a des choses très intéressantes parce que l’on est plus intelligent avec les bagages que l’on a… mais ça n’est pas toujours joyeux ! Il fallait que je parle aussi de ça, c’était nécessaire. Quand je me regarde dans le miroir, je ne me reconnais pas ; c’est pas la fin du monde, mais quand tu atteins 70 ans, tu rentres dans une autre vie… Mais je considère que c’est très positif quelque part parce que j’ai travaillé avec une autre génération pleine d’énergie ! »

DIANE DUFRESNE @Jean-Philippe Sansfaçon

 

Jeunisme

En effet, si elle n’a pas écrit toutes les chansons de l’album (« Pour en faire dix, il faut que j’en écrive vingt… »), elle a choisi de collaborer avec des auteurs plus jeunes tels que Cyril Mokaiesh, Catherine Major, Daniel Bélanger, Alexandre Lizotte, Moran… « Il y a toutes sortes de thèmes abordés qui ont donné à cet album comme une couleur globale un peu sombre, mais il y a quand même des choses très positives ; il faut juste changer d’attitude pour changer le monde… Et on peut le faire ! Peut-être que lorsque l’on sera rendu à l’extrême on fera enfin quelque chose. Les êtres humains ne vont pas seulement se réveiller, mais dire « Hey là, ça va ! » parce que l’on est tellement plus nombreux que tous les politiciens. » Bouger les lignes, changer les codes, c’est exactement ce qu’elle a fait toute sa vie ! « Je ne l’ai pas senti quand je l’ai fait. Luc Plamondon (N.D.L.R. Son auteur attitré au début de sa carrière) était assez visionnaire dans ses textes. Ne serait-ce que ce qu’il racontait dans Starmania ; c’était l’affrontement entre l’écologie et le business-system, on y est en plein ! Et il a tout de même écrit un « Hymne à la beauté du monde » ! J’ai vraiment eu de la chance d’avoir Luc dans ma vie. »

De son côté, l’interprète de la première heure c’est mutée en écrivaine “pas pire” non plus :
“Un océan d’étoiles jaillit de l’univers…
Le temps me fait la peau, me transforme en saisons
Ma raison n’est plus qu’un esprit en herbe
Devant l’exil, j’écris avant de m’effacer.”

 

DIANE DUFRESNE @Bernard Bréault

 

Écrire

Désormais, Diane écrit donc la plupart de ses chansons, elle peint, expose et tente de finir une autobiographie (à sa façon) depuis quelques années : « J’ai commencé ce livre en 2014, ça me plairait de le terminer. C’est ma vision, ma mémoire, parce que quand tu es sur scène tu as une autre vision des choses. Faut dire que j’ai vécu quand même à une époque où la vie avec les hommes était très différente. Je ne raconte pas tout dans l’intimité, mais j’ai eu une vie assez rock’n roll. J’ai vécu avec des gens assez violents, mais c’est l’amour du public qui m’a poussé à avancer, à créer. Je continue à écrire, là je suis rendue au Forum. Il y a encore de quoi faire ! »

Mais passer à l’écriture n’a pas été évident : « Dans les années 80, j’étais allée écouter Hubert Reeves à l’université de Montréal, il devait parler de l’univers, de l’astrophysique, des étoiles. Mais soudain, il a dit que dans les années 90 l’humanité pouvait disparaître ! J’ai aussitôt fait des recherches, rencontré d’autres scientifiques qui m’ont dit “Mais écris tout ça, il faut que tu le dises”. Je leur ai dit : “J’écris pas moi, je chante” mais ils ont insisté “Non, non tu écris, on va t’aider”. Je me suis lancée et en effet j’y suis arrivé. Je me suis installée à New York pendant six mois pour faire un disque, et j’ai accouché de Détournement majeur. On a pensé que j’étais complément “capotée” de parler de la terre ou du ciel… mais j’ai quand même fait l’Olympia avec. »

 

DIANE DUFRESNE @Richard Langevin

 

Un centre d’art !

Il y a des gens qui, de leur vivant, ont une rue à leur nom, mais Diane a carrément un Centre d’art à son nom, à Repentigny, à une heure et demie de Montréal : « De toutes les régions du Québec, il ressort que c’est toujours dans cette ville que les gens sont les plus heureux. J’avais fait une exposition il y a quelques années là-bas. Ils sont très près de l’art, la mairesse écrit un livre sur les créateurs… Et ils ont refait leur centre d’art avec l’architecte Maxime-Alexis Frappier, qui est un des meilleurs ici. C’est lors d’un spectacle qu’ils sont venus me voir pour me demander si j’accepterais de donner mon nom à ce nouveau centre d’art multidisciplinaire. Attention, c’est un centre créatif, pas un musée. Ce n’est pas le gouvernement qui a investi dedans, ce sont vraiment des particuliers qui ont monté le projet. J’en suis d’autant plus fière ! »

 Diane Dufresne @Philippe Evenou

 

Unis vers l’uni

Reflet de sa personnalité, il ressort de l’écoute de son nouveau disque une indéfectible croyance en l’humain, malgré tout. Un espoir. Il y a quelques temps, elle parlait aux anges, aujourd’hui elle s’adresse à l’univers… C’est un peu la même chose, non ? « En effet. J’ai lu la Kabbale pendant des années ; ça reste toujours en moi… Les anges ce sont des entités qui sont là, il faut être attentif à leurs signes, mais les anges c’est un peu soi aussi ; dans les prières, on s’adresse aussi à nous-mêmes, c’est une projection. L’univers, lui, c’est le mystère total. Les trous noirs… Il nous reste au moins 85% à découvrir, donc on n’en sait vraiment pas grand-chose ! Il doit vraiment y avoir quelque chose de céleste en nous pour que l’on veuille tout le temps avoir une religion pour nous rassurer. Nous sommes de la poussière d’étoile, lorsque l’on meurt, on se transforme. C’est intéressant, mais ça donne le vertige. Et puis si on était dans des « multivers » ? Il y a peut-être des millions d’univers… On n’est pas grand-chose. On a vraiment une prétention extraordinaire. »

 

SERGE BEYER

 

Diane Dufresne, aujourd’hui, hier et pour toujours

Libre expression

Diane Dufresne livrePeu de texte, mais un beau recueil de photos qui survolent l’incroyable carrière de ce phénomène féminin non identifiable. Des seins nus peints de fleurs de lys aux bottes de sept lieues à paillettes, des plumes en guise de chevelure à la calvitie totale, de Bashung à Gréco, de l’Écluse au Stade olympique, des robes extravagantes aux ailes d’ange… toutes les Diane sont ici présentes. Multiple mais tellement unique.

 

 

>> Site de Diane Dufresne


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