Marquis De Sade @ David Poulain

26 mai 2018, Grande Halle de la Villette, Paris, Festival Villette Sonique.

On peut presque faire un copié/collé du concert de Rennes qui, l’année dernière, a relancé avec fracas  l’épopée Marquis de Sade. À Paris, on confirme : la fièvre est intacte.

Sur scène une armée de roadies s’agite tandis qu’un garçon entre deux âges, vêtu d’un tee-shirt de Kas Product, se met à hurler : « Je suis là depuis 14h et j’attends depuis presque quarante ans ! » Il est 23h, le concert va bientôt commencer et, dans le public, il  y a donc les anciens et les autres, tous ceux qui ont rejoint l’aventure, avec les vidéos diffusées sur Internet, à force d’entendre les critiques s’esbaudir sur ces “mythiques et toujours magnifiques Rennois”.

Ceux-ci ont une demi-heure de retard, mais qu’importe : le groupe a beau parler de lui au passé (« Bonsoir, nous étions les Marquis de Sade »), il est terriblement performant et parfaitement authentique. On le sait, ce sont d’abord d’excellents musiciens, formés à très bonne école (Talking Heads, Pere Ubu, Captain Beefheart). Mais les morceaux semblent également portés par une sorte d’éternité musicale pimentée de ce zeste free qui a fait la signature du groupe.

On est donc sous le charme, dès que l’intro – un peu grandiloquante façon « Oiseau de feu » revue par Siouxsie and the Banshees – ne s’achève et que les musiciens prennent possession de la scène. Les deux albums sont balayés à grands traits, cristallisant les mélodies qui collent à l’histoire du rock français (“Cancers et drogues”, “Wanda’s loving boy”, “Henry”, “Walls”).  L’ambiance rimbaldienne matinée de cette cold-wave qui a fait le succès du groupe est tout de suite palpable. Et même si Pascal Obispo finit par débouler sur scène ; même si la reprise d’“Ocean” du Velvet avec Étienne Daho, n’est pas forcément à la hauteur (pourquoi ne pas s’en tenir à “White light white heat” ?), l’ensemble du show est d’une élégance inattendue, d’une dignité et d’une modestie à laquelle ne nous avait pas habitué Philippe Pascal dans ces démêlés avec son frère ennemi Franck Darcel.

Seule petite déconvenue : l’évacuation expéditive dès la fin du concert alors que, justement, celui-ci est monté en puissance au fur et à mesure de la soirée et que le public, un peu épars au commencement, se soit regroupé autour de la scène. C’est dommage, les jeunes et les vieux ont sans doute plein de trucs à se raconter.

>> Site du Marquis de Sade

 

Texte : ANTOINE COUDER

Photos : DAVID POULAIN


Publié le