USS ©Cassandra Rudolph - Longueur d'Ondes 82

Pour la 6e année, le Canada profite de la Fête de la musique pour débarquer en plein Paris, sur l’esplanade des Invalides pour une Nuit Boréale. L’occasion de découvrir de nouveaux horizons. 150 ans après sa naissance, que représente le Canada dans le monde musical ? Quelques réponses à travers sept artistes, sept univers…

 

La Bronze ©Jerome Labrecque - Longueur d'Ondes 82La Bronze, de son vrai nom Nadia Essadiqi, se tient entre le Maroc et le Canada, entre l’arabe et le français, entre la comédie et la musique. Elle vient accrocher ses constellations de douceur et de liberté à notre ciel. Il semble bien difficile de réussir à lui coller des étiquettes pour mieux la cerner et la comprendre. Elle nous déclare cependant une belle profession de foi : « Le rôle de la musique est de rappeler aux humains qui ils sont. » Dans ses aventures musicales, cette artiste plurielle se recherche elle, ainsi que le monde qui l’entoure. Depuis qu’elle a crevé l’écran sur Internet, avec une réadaptation de “Formidable” de Stromae en arabe, les distinctions et évolutions de carrière se multiplient. Face aux événements inqualifiables qui frappèrent ses terres, et le monde entier, Nadia met au service sa voix pour distiller ses mélodies pop acidulées et tenter de guérir nos maux à sa façon.

 

Ubiquitous Synergy SeekersUSS ©Cassandra Rudolph - Longueur d'Ondes 82 : « Nous sommes un feu de camp après une énorme soirée. » Claire et limpide, cette phrase résume à elle seule ce groupe de Toronto qui réussit le tour de force de tordre le cou à tous les stéréotypes en réunissant sous une même enseigne folk et musique électronique. « Un micro, un Mac pro, une guitare, deux turntables, et c’est parti pour l’enregistrement. » Derrière cette simplicité apparente se cache un mélange de très nombreuses influences : on trouve dans leurs morceaux du folk bien sûr, mais aussi du grunge, de la drum’n’bass, du rock alternatif, ou bien du hip-hop. Ces Canadiens se considèrent comme « le mélange de Nirvana et Chainsmokers. » Casser toutes les barrières, géographiques comme culturelles, c’est ce qu’ils entendent faire en débarquant à Paris et en venant y défendre leur dernier album, New World Alphabet. Leur ambition ? Porte-parole : « La musique est la langue des sans-voix » !

 

Yann PerreauYann Perreau ©Benoit Z. Leroux - Longueur d'Ondes 82 débarque avec un nouvel album, Le fantastique des astres, dans lequel il renoue avec une pop-rock tout autant électronique qu’électrisante, portée par une plume vive et libérée. Cette joyeuse bête de scène, quelque part entre Bashung et Stromae, déclare avoir « comme base le rock, comme ciel l’électro, la chanson française comme eau, et la folk comme pain. » Son patchwork musical fait beaucoup de bien aux corps et aux esprits. S’inscrivant résolument contre le cynisme contemporain qui se répand dans tous les éditoriaux et sous les yeux des passants, l’artiste réussit à faire vibrer les foules. « La musique a un effet thérapeutique puissant. J’en fais pour faire du bien autour de moi » lance-t-il. Une chose est sûre, cet artiste ne laisse personne de marbre avec sa belle gueule arrogante et ses airs de dandy. Plus que n’importe quel mur du son, ses fresques sonores font danser, jumper et valser.

 

Sam Roberts BandSam Roberts ©Norman Wong - Longueur d'Ondes 82 : « Quel meilleur endroit que Paris pour jouer de la musique ? » Ce quintette de Montréal a conquis le Canada tout entier durant ces dix dernières années. Têtes brûlées, les artistes affirment qu’ils veulent « jouer partout où il est possible de le faire ». Soutenus par des influences aussi diverses que nombreuses, parmi lesquelles on retrouve Bob Dylan, The Clash, Fela Kuti ou Primal Scream, portés par la volonté de créer librement, ne s’enfermant dans aucun genre, dans aucune case et ne se menottant à aucun public en particulier, les cinq compères se rêvent comme « des aventuriers qui suivraient la carte qu’ils ont dans le cœur. » Leur musique est libre et riche, et oscille entre balade, folk, rock alternatif, et musiques électroniques. Dans un monde qui tremble, le groupe revient avec son sixième album TerraForm. Selon eux, « nous avons besoin des musiciens pour montrer la voie, offrir de l’espoir et briser les barrières. »

 

Mehdi CayenneMehdi Cayenne ©Yanissa Grand-Pierre - Longueur d'Ondes 82 est un de ces artistes qui vous désarçonnent. Cet homme (maman française, papa algérien), a passé sa vie au Canada. Bercé aux sons de Leonard Cohen, Tom Waits, The White Stripes, Nina Simone et Jean Leloup (« Apprenant sur le tas avec un incendie au cœur »), il a fait de la composition musicale sa passion et son métier. Les routes hasardeuses que sa « funky-punky-folk » trace l’emmènent à déjà trois albums et « mille prestations improbables (des soupers-spaghettis aux plus grandes scènes en passant par les écoles et les prisons). » Chantant en anglais comme en français, ce « grand chien fou », comme il se définit lui-même, a conscience du rôle que peut avoir la musique : « elle propose une sincérité désarmante ; elle peut tout dire, elle déstabilise et provoque directement celui ou celle qui l’écoute. En fait, elle apporte de la beauté au monde, tout simplement. » Cette folie, ce feu sacré, cette démence : au final, peut-être ne nous reste-t-il plus que cela ?

 

Ryan Playground ©Rupert Lamontange - Longueur d'Ondes 82Ryan Playground est la nouvelle étoile montante de la scène électro à Montréal. Fille unique, élevée par ses parents au biberon de la musique classique, Geneviève Ryan-Martel se plaît désormais à transgresser tous les codes et à jouer des coudes dans un milieu extrêmement masculin. « J’ai toujours aimé faire tout toute seule, » déclare cette artiste-DIY. Cela ne l’empêche tout de même pas de collaborer avec Ryan Hemsworth pour le morceau “Folders”, qui cumulera plusieurs millions d’écoutes. Après un premier EP remarqué en fin d’année dernière, la Canadienne s’apprête avec une immense excitation à lancer son premier album. Comment décrit-elle sa musique ? « C’est difficile de mettre un genre précis sur ce que je fais, j’aime bien que cela demeure mystérieux et que chacun puisse l’interpréter à sa façon. Je fais de la musique pour me libérer l’esprit. »

 

Caroline Savoie ©Rodrigue Savoie - Longueur d'Ondes 82Caroline Savoie aime et fait de la « musique simple et honnête, un peu à la Bob Dylan. » Sans perdre son public dans les fioritures superficielles et dans les envolées inutiles, la jeune Acadienne de 22 ans traîne déjà dans ses valises des dizaines de chansons et une ribambelle de trophées et distinctions. Pourtant, elle vient à peine de sortir son premier album complet où elle met en tableaux colorés la vie de tous les jours, celle que l’on vit. Dans ses mots et par les rythmes et mélodies de son groupe, la musique devient l’art des petites choses, des vrais objets. « Pour moi, la musique est comme un médecin des sentiments. » Sa voix chaude et qui porte une espèce de fragilité fait immédiatement voyager en simplicité, en tendresse et en sincérité. Il est tout naturel qu’elle déclare que « la musique rend le monde un peu meilleur. »

 

Texte : Valentin Chomienne

Photos : Jérôme Labrecque / Benoit Z. Leroux / Cassandra Rudolph / Norman Wong / Rupert Lamontange / Yanissa Grand-Pierre / Rodrigue Savoie

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