Du 5 au 19 octobre 2024
Quand la musique s’en donne à cœur joie
Plus qu’un festival de musique, le Nancy Jazz Pulsation est un léviathan qui deux semaines durant s’empare de la citée lorraine pour diffuser son amour du son avec un principal objectif : mettre au diapason d’innombrables genres et artistes musicaux. Une histoire qui se répète maintenant depuis 51 ans et un succès qui ne se dément pas année après année.

BenPLG ©SamAndMaxPhoto
La preuve une fois encore avec cette édition 2024 et son contingent d’artistes musicaux pléthorique qui aura su une nouvelle fois ravir de nombreuses et différentes sensibilités, du jazz à l’opéra, de la chanson française à l’hyper pop, de Véronique Sanson à Sam Quealy, en passant par du zouk, de la techno et encore bien d’autres esthétiques musicales. Impossible de tout voir, tout entendre, tout ressentir, heureusement ou malheureusement, reste alors des souvenirs, des images, des joies et des peines, en voici une sélection.
La découverte : Bobine
Il n’en est certes pas à son coup d’essai au NJP, bénéficiant comme d’autres de l’éclairage culturel régional lorrain, Bobine (anciennement Bobine de Cuivre) est un artiste aussi drôle qu’intelligent, subversif, transgressif, affutant son verbe pour arraisonner ce qu’il reste de bon sens en ce monde. Sur une base musicale mouvante et toujours plus déconcertante, pour faire simple, du hip hop sur de la techno hardcore bien déglinguée mais pas que, ce dernier n’a pas son pareil pour écrire des chansons qui explosent le quotidien, le sien et le notre, afin que la raison ne repose pas en paix. De la folie aussi douce que furieuse qui n’a pas d’autres sens que la fête sur le dancefloor. Brillant !
En devenir : Ditter
Le jeune trio Ditter a su tirer son épingle du jeu à raison d’un set diaboliquement efficace, riot punk en son âme et sa voix. Dans la veine des Lambrini Girls et autres représentants du genre, sa chanteuse Rosa-Maria Rocca-Serra sait proposer un live vivant et dynamique où le punch l’emporte sur toute autre forme de procès. Grand moment du show, leur titre en hommage au célèbre sextoy Womanizer, vibrations sonores à l’appui. Le patriarcat en tremble encore…
La re-re-re-re-re-re-confirmation : Bagarre
Qu’on aime ou pas leur style, leur musique, leurs revendications, Bagarre a su en dix ans formuler un show d’une efficacité sans commune mesure. De la pop au cœur très généreux qui se téléporte en une mesure sur bien des planètes musicales. Et puis bordel, en ces temps politiques où de nombreuses couleurs tendent à se confondre, voici un groupe qui a encore le poing levé et la langue bien pendue. No pasarán !
Le live « WTF » : Alias
Peut-être l’un des meilleurs concerts de la quinzaine. Une musique qui secoue le rock avec une force et une énergie rare. Un artiste qui n’a rien à foutre d’autre que produire de la très bonne musique et qui dans une nonchalance toute punk n’en a également rien à foutre de sa réception par le public. Ouvrant une soirée sous la grande scène du chapiteau qui avait comme point d’orgue The Stranglers, il n’y avait pas encore foule quand sonna 20 h. Et pourtant, il est rare de voir un artiste si habité sur scène et qui de fait épouse l’espace avec une présence digne d’une rockstar comme on en voit de moins en moins. Sur une base instrumentale épurée et sans guitare, console de mixage, batterie, basse, les morceaux envoyés tout au long du concert auront su créer un fil aussi solide qu’une corde d’escalade, remontant ainsi 70 ans de rock’n’roll. Bravo à toi l’artiste et merci pour le vertige sonore !
La rêverie : Isaac Delusion
Leur musique pop semble tout droit descendue des nuages et quelle caresse sur les oreilles, d’une douceur assouplissante. Il y a de la magie dans cette formule musicale offerte par le groupe parisien dont la voix de tête Loïc Fleury n’a pa son pareille pour offrir une expérience sonore ascentionelle, comme gouvernée par les cieux. Il fallait ainsi ressentir la communion entre ce groupe et un public aux balancements de têtes incessants, enivré et bercé par une pop cotonneuse qui n’a pas autre chose à offrir que la paix intérieure. Un concert arc en ciel dont il fut difficile de redescendre !
La déception : Jacques
Il en fallait bien une et elle va pour l’un des personnages les plus saisissants de la scène musicale française, mince ! Auteur d’un nouveau projet Vidéochose loin d’être inintéressant dans sa formule où le principe est de construire des lignes musicales via l’ajout de sons et bruits en tout genre issus de vidéos projetées en même temps sur scène (reprenant ainsi le concept du film norvégien Sound Of Noise), c’est musicalement que l’expérience a quelque peu pêchée. Car la direction musicale du live, dancefloor à souhait, a manqué d’aspérité en raison d’un modèle de beat qui ne changera pas de sonorité du début à la fin. Véritable structure des morceaux, imprimant la cadence de danse à donner, ce beat de panda, lourd et rond, aura finit par tourner en boucle, lassant pour les jambes et la tête. Malgré une construction polyphonique vraiment bien sentie, il en faut bien plus pour retourner un club, et ce magicien du son s’en est déjà montré plus que capable. A voir comment cela s’orchestra sur d’autres dates, mais sinon, il faudra penser à passer à autre chose…
La klaque : KOMPROMAT
Elle était annoncée et elle fut cinglante. Une brûlure froide telle un glaçon laissé trop longtemps sur la peau. Rebeka Warrior et Vitalic ont crée via leur association un son qui agit telle une déflagration, d’une intensité musicale électrifiante. Mêlant la langue de Goethe et celle de Molière, Rebeka se fait d’un charisme et d’un magnétisme plus que singulier, une artiste d’une entièreté et d’une force qui ont encore une fois fait mouche. Quant à la musique, électronique à souhait, d’un gris affligeant et d’un noir létal, de l’EBM à l’Indus et autres styles de techno réfrigérée (on repense au groupe allemand Jäger 90 et bien d’autres), elle fut le conducteur d’un show à l’émotion solennelle dont la finalité est autant de fracasser les corps dans une danse extatique que de figer les esprits dans une stase subjuguée. On comprend mieux après les avoirs vus et vécus pourquoi autant de leurs dates dont de nombreux Zénith affichent complets. Un duo sans compromis, d’une puissance artistique et esthétique rare ! Dunk !
Le plus vivant : Ben PLG
Un rappeur au grand cœur qui sait se raconter sans se la raconter et surtout se donner sans compter sur scène, créant ainsi un lien fusionnel avec son public. Ce fut encore le cas en cette nuit programmée au Magic Mirror (un Cabaret Sauvage en plus petit) qui se transforma à la fin du show en boiler room hallucinée. Faire corps avec la scène de la sorte ne saurait mieux nous rappeler la nature première de la musique live, être un spectacle vivant. Un concert hautement vivifiant donc !
Les plus :
– Une grande diversité musicale
– Des scènes et lieux différents avec leur charme propre
– De nombreux évènements gratuits durant toute la quinzaine
– KOMPROMAT
Les moins :
– La déco extérieure du Magic Mirror quelque peu sommaire
– Programmation qui peut apparaïtre comme un peu trop grand public dans son ensemble
Texte : Julien NAÏT-BOUDA // Photos : voir crédits dans la galerie ci-dessous





















