Cébazat (63), du 7 au 17 novembre 2024
Le festival de Cébazat (tout près de Clermont-Ferrand) fête cette année ces 25 ans. Hervé Lamouroux et toute son équipe ont mis les bouchées doubles pour concocter une programmation aux petits oignons… Beaucoup de découvertes, un tremplin, des stars de la chanson, un karaoké live, pour un rendez-vous mémorable.
C’est Alain Souchon qui ouvre le bal avec un répertoire complet de ses tubes revisités pour piano et guitare. Et pour l’occasion ce sont ses deux fils qui l’accompagnent. Humour, anecdotes et mini films illustrent les chansons dans une mise en scène délicate. Du trio, décontracté, en jeans et chemise, c’est le père qui prend toute la lumière par sa présence et son aura. Le public jubile !

Julie Rousseau & Bastien Lucas : l’idée de départ de “Toute une vie sans se voir” c’est reconstituer le dialogue qu’ont entretenus Véronique Sanson et Michel Berger par chansons interposées. Si ce fut flagrant avec les deux tubes “Seras-tu là” et “Je serai là”, les autres titres-messages-personnels qui ont jalonnés leurs vies, leurs souffrances, étaient plus discrets. Seuls les fans savaient. Ici tout est exposé au grand jour à travers un jonglage permanent de petits bouts de chansons qui se répondent, s’entrecroisent, s’enlacent : leur rencontre, l’amour fou, la violence de leur séparation, la douleur des regrets qui augmente avec le temps qui passe, jusqu’à la disparition de Michel qui n’éteint pas l’amour profond qui les lie. Loin de là. La mise en scène de ce spectacle émouvant est efficace et percutante ; les interprètes sont parfaits de sobriété et d’intensité. Que l’on connaisse ou pas les protagonistes de l’histoire, on est embarqué et subjugué par cette aventure humaine.
Alain Chamfort rencontre Valli. Ça n’est pas un show. Ça n’est pas un récital. Ça n’est pas un monologue. C’est autre chose… Une entrevue du chanteur avec la journaliste-chanteuse Valli (…oui celle de Chagrin d’Amour « Chacun fait, fait, fait c’qu’il lui plaît, plaît, plaît »). Sur scène un coin salon pour les discussions et, à côté, deux pianos pour les chansons. Le concept est de raconter la vie musicale de Chamfort qui survole ses tubes (souvent en 1 ou 2 minutes seulement) entre deux interviews. Il est question de Jacques Dutronc, Claude François, Véronique Sanson, Serge Gainsbourg, Jacques Duvall… Si l’idée est intéressante on peut regretter quelques longueurs et le manque d’interaction avec le public qui peut se croire à une émission TV. En ce qui concerne l’interprétation elle-même, si la pop mélodique du chanteur reste envoûtante, la voix par contre laisse à désirer… chuchotée ou quasi-parlée, ça fonctionne, mais dés que ça s’emballe ou que ça monte dans les aigus ça coince un peu… Mais bon, on est là pour saluer la rétrospective d’une vie peu ordinaire et le dandy reste charmeur !

Mon Cabrel sans guitare : quelle gageure un show sur Cabrel au piano ! Mais tout s’explique : Bastien Lucas est fan absolu de Francis depuis son enfance et il prenait des cours de piano au conservatoire en parallèle ! Ce qui devait arriver arriva… La rencontre des deux univers naquit. Et l’idée du spectacle ensuite. Décontracté, Bastien nous raconte tout le parcours de sa vie jalonnée par l’artiste d’Astaffort adulé. Il alterne donc narration subtilement drôle, reprises au piano et musiques classiques (Mozart, Beethoven, Bach, Satie) ou rock (Queen) sur lesquelles il plaque des titres de Cabrel. Et ça marche ! L’émotion à fleur de peau, l’intelligence du propos, l’humour qui percute, tout est là ; on est sous le charme, on en redemande !
Un quatuor à cordes, un guitariste et une pianiste incroyables plus un trio de créatures travesties s’attaquent au répertoire de Bashung. Et ça dépote ! On rentre dans le cabaret rock de Madame Arthur avec ses tenues extravagantes et sexy, ses perruques et ses hauts talons ; tous les délires sont permis. Et si on trouve les inter-titres parfois un peu longs ou lourdaux, on ne peut que reconnaître un travail sérieux et calibré sur les reprises. On frissonne sur un “Bijou, bijou” à fleur de peau, on rigole sur un “Bombez” caricatural, on s’emballe sur un “Je tuerai la pianiste” époustouflant… Bref on change de galaxie avec joie.

Chien Noir fleure bon l’adulescence : histoires d’amour, musique dansante aux sonorités 90’s, sourire charmeur et bon rapport avec le public (dont quelques jeunes filles enamourées). Plus quelques moments d’émotion (“À quoi pensait-elle ?” chanson sur sa mère qui se termine par des cris de détresse) et une profession de foi : « Je ne sais pas ce que je serai dans une semaine, un mois ou un an, mais c’est pas grave ; volià ce que j’ai appris.… »
Kimberose cherche la perfection : show de variété de luxe cadré au millimètre près, aucune place à la spontanéité, tout est nickel, carré… et assez aseptisé au final. Cependant la chanteuse (tirée à quatre épingles) a une présence indiscutable, une grâce sensuelle et propose une soul anglophone et quelques morceaux en français. Le groupe qui l’accompagne (4 musiciens, une choriste) groove impeccablement.
Un ovni plane sur Sémaphore. 5 terrestres-extras sont sur scène pour un spectacle inédit pour le moins original Le B.A.-BA ! Le principe ? On égraine l’alphabet et on joue live des titres d’artistes qui correspondent aux lettres choisies. Cette année (la quatrième) on en est à M, N, O, P, Q, R. Alors défilent les tubes de Moustaki, Moissec, Dario Moréno, Eric Morena, Nougaro, Niagara, Oldelaf, Obispo, Piaf, Les Poppies, Pierre Perret, Jackie Quartz, Renaud, Rita Mitsouko… la liste est longue : 104 titres au total dans la soirée ! Outre les musiciens impecs (le groupe Bravo Les Mecs), les cinq protagonistes qui se relaient sont : Jules, Émilie Marsh, , Wally, Nino Bonsoir et Audrey Joumas. Le délire dure plus de trois heures, le public est au taquet et se transforme en chorale géante (600 places). Une performance hors du commun qui file la pêche !

En voilà une proposition pertinente ! “Trajectoires” est un voyage poétique qui navigue entre lecture, chanson et peinture. Quatre musiciens, une peintre et deux femmes (Cécile Coulon & L – Raphaële Lannadère) sur la même scène. Ça démarre par un texte hommage à une grand-mère puis ça enchaîne avec une histoire d’amour entre deux filles. On suivra leur parcours tout au long du show : rencontre, séparation, vies parallèles, retrouvailles. Pendant ce temps Livia Vincent peint en direct une toile géante en fond de scène et fait éclater peu à peu son inspiration flamboyante. La musique s’impose régulièrement et quelques chansons de Raphaële éclosent au fil du récit écrit par Cécile. Une bouffée artistique originale et hors du temps.
À l’image de son titre endiablé “Indestructible” Véronique Sanson propose un show magistral avec gros jeux de lumière et dix musiciens pour l’entourer. Malgré quelques défaillances, la voix, plus grave, est toujours là. Avec les années, et bien que « le temps soit assassin », Véro mène toujours le bal rock d’une main de maître… Chapeau bas, madame !

La grande claque du festival : Grèn Sémé. Cinq énergumènes sur scène, du rock ethnique en Créole, une énergie jouissive et communicatrice, une transe dub-électro qui monte irrésistiblement, une affirmation identitaire (« Notre langue c’est notre joyau ») tout est en place pour conquérir l’hexagone. C’est le Prix Longueur d’Ondes, remis lors de la soirée Rencontre Matthieu Côte, un plateau qui a réuni huit artistes.

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Texte et photos : Longueur d’Ondes
















