MaMA Music & Convention 2024 – 16/18 octobre 2024
3 jours sous dopamine pour découvrir les soubresauts de l’industrie musicale à l’heure du numérique et de l’IA. Et du live à profusion avec un bon tour d’horizon de la scène émergente, pour réveiller l’humain.

photo : Christophe Crénel
Depuis quelques années, le MaMA n’est plus un festival mais une convention. Autant dire que la part des débats et des rencontres est au moins aussi importante que les lives pendant ce rassemblement de professionnels qui arpentent Pigalle pendant 3 jours. Le moins que l’on puisse dire est que ça bouillonnait dans la marmite du Trianon qui abritait les conférences, preuve de la révolution numérique qui agite tous les acteurs de l’industrie musicale. Cette année, on a parlé du succès du Métal à l’export mais il a également été question du moyen d’utlliser Tiktok pour sa promo, d’inclusivité, des festivals comme de poissons pilotes en matière de bien vivre ensemble et de toujours plus d’applications avec ou sans Intelligence artificielle pour booster la promo d’un artiste (lancement de Preview qui se veut de façon assez maline le Allo Ciné de la musique) ou pour permettre aux labels/managers de créer du contenu en se passant finalement des artistes pour le texte, la photo, la voix, la vidéo et dans certains cas pour la musique. Paradoxe technologique qui laisse pour le moins dubitatif. A Longueur d’Ondes, on reste curieux mais on a décidé surtout de s’intéresser à l’humain, les artistes sur scène, avec ici un rapide compte rendu de quelques-uns des 150 concerts programmés dans les salles de Pigalle et Montmartre.
Les claques !
Autant débuter ce tour d’horizon par le concert le plus euphorique de cette aventure parisienne au pays des artistes émergents. Il est temps de vous précipiter sur les productions de Getdown Services et surtout de trouver le moyen d’aller voir en concert cet improbable duo anglais. En live, ça commence un peu comme numéro de stand up, disons Ricky Gervais et Jack Black réunis sur une même scène. On se marre de leur ironie bien mordante pour vanner les Français et de leur silhouette de prolos moustachus qui vont rapidement faire sauter le T Shirt. Mais c’est bien leur musique qui va mettre tout le monde d’accord, un inclassable mélange d’électro, de phrasés scandés, de beats disco et de riffs rock dégainés sous les hurlements. Getdown Services est parfois présenté comme une version fun de Sleaford Mods. Mais ils ont clairement plus d’atouts dans leur manche. Ben et Josh sont aussi clairement des rejetons des Beastie Boys, par leur insolence et le brassage multiples des influences. Et ils ont des tubes. Le public a chanté, crié, dansé, repris les invectives du duo, forcément amené à passer à la vitesse supérieure en termes de notoriété dans les prochains mois.
Autre groupe à suivre de près Meltheads, (photo ci-dessus (c) Christophe Crénel) un groupe belge venu d’Anvers, qui navigue entre post punk et garage rock emmené par un chanteur intenable. Sietse Willems, c’est son nom, une boule de nerfs qui arrive sur scène avec sa tête blonde peroxydée, les yeux cachés derrière des carreaux noirs, avec une moue qui évoque un peu celle de Billy Idol. Le répertoire est encore un peu brouillon mais que d’énergie.
Au rayon des claques, impossible de ne pas se réjouir également de découvrir en live Cobi, un ténébreux guitariste chanteur barbu venu du Minnesota, qui a réussi à captiver la foule seul en scène à FGO Barbara avec sa guitare folk et sa voix déchirante. Ce garçon biberonné par les albums de Led Zeppelin et Hendrix possède un charisme nourri de blues et de soul. Bonne idée : il a visiblement décidé de tenter l’aventure en France.
Les confirmations
Le concert des rockers bretons de Komodrag & The Mounodor a été un des grands moments du festival. Furieusement bons dans leur évocation du heavy rock psychédélique des 70’s, les 7 membres de ce super groupe ont retourné la Machine du Moulin Rouge avec un show juste ébouriffant. 2 batteurs, un frontman moustachu déchaîné brandissant sa Flying V turgescente, 3 guitaristes, et un organiste hilare à rouflaquettes tenant lieu de meneur de revue. Le voyage à travers le temps pourrait n’être qu’anecdotique mais c’était le feu. Si les musiciens de Komodrag & The Mounodor ont réussi à mettre le smile et des frissons, c’est grâce à la qualité des compos (à faire pâlir Grand Funk Railroad ou Jefferson Airplane) et la sincérité du propos.
Autre groupe à jouer en fin de journée, Johnny Mafia n’a pas fait mentir sa réputation d’agités du bocal. Les 4 adolescents ont bien grandi depuis le début du groupe sur les bancs du lycée il y a 15 ans à Sens, mais c’est le même esprit potache qui prédomine dans leur garage rock à l’esprit 90’s qui fait parfois penser à du Weezer. Mention spéciale pour la fan qui a réussi à grimper la scène pour faire du stagediving.
Belle énergie aussi pour les 3 musiciennes de Madam qui, concert après concert, confirme une belle assurance en live. Du cheveu, de la sueur et une intensité de tous les instants pour le trio toulousain dont le plaisir à asséner les riffs est communicatif. Au Backstage By The Mill, un autre trio français s’épargnait les problèmes de Larsen au micro, les furieux Péniche, groupe instrumental angevin qui aime la baston et les collisions rythmiques. Décoiffant.
Enfin, c’est une confirmation, parce que son leader a déjà prouvé son talent dans ses précédents habits (Revolver puis SAGE), Astral Bakers était l’un des grands concerts de ce MaMA Festival. Nos boulangers des astres avaient choisi pour écrin une scène habillée de tapis et de bougies. Puissant, intense, émouvant avec de superbes harmonies vocales, le groupe parisien emmené par Ambroise Willaume a envoûté la Cigale avec ses mélodies évoquant autant la beauté des arrangements des Cocteau Twins que le spleen rock de la scène indie rock US des 90’s.
Valeurs montantes
Il y avait aussi de la curiosité à voir grandir des projets que l’on suit depuis quelques mois. En tête desquels Nerlov, agitateur pop venu du métal et de nombreux groupes rock de la région angevine. Sur scène Nerlov partage la scène avec un batteur, comme pour souligner l’importance de la rythmique dans la pop du futur imaginée par Nerlov et son complice Atom de C2C. En live, le moustachu chanteur intrigue par une forme de naïveté assez touchante. Il interpelle le public avant de se glisser au milieu de la foule pour délivrer ses textes partagés entre poésie du quotidien, humanisme et errances métaphysiques.
Saint Dx lui ouvre le rideau rouge de la Cigale pour installer son ambiance. Silhouette à contrejour qui fera pester les photographes mais qui lui permet d’installer un climat tout en ombres et lumières. Avec 2 albums au compteur, Saint DX a eu le temps d’affirmer sa pop romantique et puissante, nourrie de synthé et de mélodies qui doivent autant au maîtres de la mélodie comme Elton John qu’à une forme de rock FM qui trouve tout le soleil nécéssaire pour s’épanouir sous le ciel de la Californie. On sent que Saint DX voit les choses en grand. L’émotion passe peut être moins en anglais que sur ces premiers morceaux mais c’est le chemin pris par l’artiste sans doute pour changer d’échelle.
Et j’en termine avec Maheva (photo ci-dessus par Christophe Crénel), découverte rafraîchissante de ce MaMA. Cette toute jeune toulousaine d’origine malgache de 22 ans est sur scène comme à la maison, la bonne copine hyper active, haranguant le public avec un énorme sourire avant de dégainer une teenage pop très actuelle qui pourrait faire d’elle une Billie Eilish à la française, mâtinant son R&B de guitare folk.
Texte : Christophe CRÉNEL // Photos : David POULAIN – Christophe CRÉNEL
Galerie photos 1 : David POULAIN
Galerie photos 2 : Christophe CRÉNEL































































