L’Iboat – Bordeaux- 20 Septembre 2024
La cale de l’Iboat plongée dans l’obscurité. Hugo Herleman, guitariste et tête pensante de Bandit Bandit déclenche le premier « Bordeaux t’es là ? » de la soirée. « Ouaaaaiiiiiiis !!! » Ferveur du public. « Ouaaaaiiiiiiis !!! » Même si une question nous taraudait l’esprit : comment le groupe allait-t-il s’y prendre pour suivre la prestation lumineuse de la première partie, Moloch/Monolyth ?
Nous avons vite compris. Même la scène superbement éclairée et mise en valeur par Arnaud Vautard, vide avant l’arrivée des musiciens, ressemblait à une cour de musée. Pas un câble mal placé, pas un papier qui traîne, pas une bière couchée. Tout était en place, prévu, pensé. Tout propret. Et ce fut soudain une déferlante de mélodies accrocheuses, de déplacements impeccablement chorégraphiés de la chanteuse Maëva Nicolas, d’Hugo et du bassiste-guitariste Ari Moitier. Le batteur Anthony Avril était rivé sur son siège, seuls étaient visibles ses bras virevoltants noyés dans un halo aveuglant. La dame tout à côté de moi ne s’y trompait pas, elle voyait clair : elle a passé l’intégralité du concert en plein ravissement extatique, chantant les textes qu’elle connaissait bien sûr par cœur. Elle n’était d’ailleurs pas la seule. En quelques minutes, la salle a chaviré.
Et une constatation de s’imposer : il est donc possible d’être beau comme des figures de mode, de choisir de chanter principalement en français et de plaire à un grand nombre. On le sait, les exemples sont nombreux, ça a fonctionné par le passé. Mais en 2024 ? Il aura fallu pour cela 5 ans, une poignée de EP, de singles et un album 11 :11 sorti l’an dernier pour mettre tout le monde d’accord.
« J’ai besoin de toi, vas-y Bordeaux ! » Cette fois-ci c’est Maëva qui harangue l’assistance. Et d’enchaîner sur une série de tubes dont “Pyromane” avec sa basse chaloupée très eighties. Puis “Maux” vient nous frapper de ses riffs ultra lourds, avec cette entêtante phrase mélodique orientale. Efficace. Carré. Intéressant de constater l’évolution des compositions. Le son. Énormes guitares parfois, mais pas toujours. La voix claire de Maëva, très importante. Le punctum au milieu de cette scène. La mélodie toujours là, essentielle. “Toxique Exit” et sa basse saturée, cette voix qui, pour peu qu’on commence à prêter attention aux textes, nous entraîne vers des territoires malheureusement d’actualité : le regard de l’homme sur la femme, la place de celle-ci dans le couple, dans la société, ses doutes, l’affirmation de ses choix de vie, sa sexualité. Et l’amour, bien sûr l’amour. Du reste, le public présent se sent privilégié : il est le témoin d’un amour défunt qui s’est mué en une complicité solide, intacte. Les paroles du très sautillant “Si j’avais su” prennent d’emblée leur pleine signification, des mots susurrés, talk-over style sur fond de claviers soignés. Nous sommes donc dans la confidence. Échanges de regards entre Maëva et Hugo. Ils sont beaux. Attitude. La marée monte. Nous sommes submergés par ce show ultra huilé.
Hugo, à nouveau, « Ça va Bordeaux ? Merci ! » Les prises de parole entre les morceaux sont nombreuses, « Du bruit pour Équipe de Foot !!!! Du bruit pour la première partie dont j’ai mangé le nom. » Ah merde ! Moloch/Monolyth. MOLOCH/MONOLYTH ! Sourires. Après tout, on peut rire de tout, le concert avait bien débuté par un riff de guitare quasi semblable à celui du “My Sharona” de The Knack. De quoi être d’excellente humeur tout au long de la soirée. Et de s’interroger au sujet de la musique de Bandit Bandit, de considérer la musique percutante et puissante qu’ils jouaient à leurs débuts (“Fever” par exemple) et d’observer sa mue progressive et son évolution choisie vers une musique parfois plus dansante, plus accessible. Un choix qu’ils assument pleinement.
Considérer la musique de Bandit Bandit à travers le prisme du rock brut à la Black Angels, voire Black Rebel Motorcycle Club, semble désormais appartenir au passé. Lors de la session photo pré-concert avec le groupe, notre photographe Jessica Calvo Ruiz a vécu un drame personnel : l’objectif de son appareil photo est tombé au sol et s’est brisé. Prisme foutu. Peut-être une manière pour Bandit Bandit (nullement responsable au demeurant de la chute dudit objectif) d’affirmer sa singularité ? Et de consolider son identité unique.
Maëva et Hugo. Un couple d’amour et de scène, puis un couple de scène. Les histoires d’amour ne finissent pas forcément mal. Maëva et Hugo. Indissociables. Maëva se prononce Bandit. Hugo se prononce Bandit. Bandit et Bandit. Bandit Bandit. Y a-t-il une vie après l’amour ? Évidemment. All is love.
Texte : Jean-Marc DIANA // Photos : Jessica CALVO






















