Rock’n’roll will never die
Après plusieurs années pendant lesquelles le festival parisien a cherché avec plus ou moins de bonheur à conquérir un nouveau public en ouvrant sa programmation à des artistes issu de la scène rap, r’n’b et modern pop (autrement dit la variété newlook), l’édition 2026 a marqué un retour aux basiques rock avec succès. 175 000 personnes sur 5 jours. Le rock a la peau dure et le pied dansant.
Just like heaven

The Cure (c) Christophe Crénel
Évidemment à chaque fin de festival, tout le monde a son meilleur concert. Turnstile, Nick Cave, Tyler the creator, Franz Ferdinand !!! Difficile d’être partout à la fois mais, parmi les concerts qui ont vraiment régalé, il faut citer d’abord le retour flamboyant de The Cure. 7 ans après son dernier passage sur la pelouse de Saint Cloud, Robert Smith avait l’air ému en s’avançant sur le devant de la scène en mode garçon timide touché par la présence d’une foule ultra-compacte. Son puissant, voix intacte, ce récital de spleen cold et de new wave pop parfois abrasive réussit maintenant à rendre cohérent les tubes historiques et le passage par des titres moins connus dont le majestueux “Alone” en ouverture du live, extrait du dernier disque du groupe. En tout une trentaine de morceaux qui ont fait chavirer Rock en Seine.

Franz Ferdinand (c) Christophe Crénel
Les concerts de festivals de fin d’été sont un peu comme les critériums cyclistes après le Tour de France. Les groupes sont parfois un peu rincés et en roue libre. C’est vrai qu’il n’y a pas eu d’énorme révélation pendant cette édition mais on a senti beaucoup d’envie de la part des artistes présents pendant ces 5 jours. Mention spéciale pour les écossais de Franz Ferdinand avec un Alex Kapranos toujours monté sur ressort et une rasade de tubes repris en chœur qui prouve à quel point leur son n’a pas uniquement marqué le début des années 2000.
Évidemment beaucoup de ferveur aussi pour le passage du prêcheur rock Nick Cave. A 68 ans, l’artiste australien a toujours cette intensité qui lui permet d’évangéliser les foules. Très attendu également la nouvelle génération avec le live de Turnstile et un public motivé pour pogoter dans la boue entre 2 tubes de pop hardcore. En voyant le groupe de Baltimore, on pense parfois aux glorieux ainés de Rage Against The Machine pour le côté saignant et bondissant mais dans une version plus édulcorée.
Girl power ébouriffant
Wet Leg (c) Christophe Crénel
Très bon live également de Wet Leg avec une Rhyan Teasdale tellement à l’aise à présent dans son rôle de meneuse de revue rock, un rock émancipateur, mordant et taquin qui ne manque ni de riffs ni de mélodies accrocheuses. Pour les amateurs d’adrénaline, les femmes ont vraiment pris vraiment le lead et ça s’entendait sur ce festival avec des messages d’empowerment, des slogans politiques et les assauts les plus furieux signés Amyl and The Sniffers, mais aussi Mannequin Pussy et les Lambrini Girls, le duo insolent de Brighton qui prend de l’épaisseur à chaque sortie. Le gros « Fuck Marine Le Pen » en fond de scène a été apprécié à sa juste valeur.
Sombr (c) Christophe Crénel
À noter l’éclosion aussi d’un artiste qui a vraiment l’étoffe d’une star avec le filiforme Shane Michael Boose, a.k.a Sombr. Ce New-Yorkais de 21 ans au look gothique possède un charisme et en sens du show assez bluffant et le répertoire tient la route, entre rock de stade et pop romantique.
Frisson et mention spéciale pour le rock de Mogwai et ses textures sonores uniques empruntant autant au psychédélisme qu’au krautrock ou la noise. Depuis 30 ans maintenant, les Écossais savent comme personne nous embarquer dans un trip cinématographique envoûtant. Parmi les découvertes, on retiendra encore le groove du charismatique Sekou, jeune Anglais d’origine ivoirienne, étonnant personnage en pantacourt et afro agitée avec unesplendide voix soul et funky, mais aussi le coffre de l’Américain Tyler Ballgame digne héritier d’un Joe Cocker.
Nouvelle scène française euphorique
Kompromat (c) Christophe Crénel
Et côté français ? Beaucoup de de très bonnes choses pour les rares frenchies invités à la fête : un excellent live de techno hypnotique signé Kompromat, les Marseillais de Landmvarks qui marchent sur les traces de Gojira avec un live metal colossal où infuse une dose de rap, de quoi secouer au lance-flamme la grande scène du festival. À Rock en Seine, le plus excitant est souvent à trouver aussi sur les scènes découverte. Et voilà comment on se fait prendre par surprise, emballé par le rock synthétique iconoclaste de Mottomoda. A retenir aussi la confirmation des talents du power trio Grandma’s Ashes dont on retiendra notamment la version rock du “Army of me” de Bjork, la fraîcheur vivifiante et le sens de la mélodie de Ditter, le côté slasher taquin de La Flemme, la spontanéité nerveuse des Dynamite Shakers qui rappelle aux boomers les débuts de Téléphone et un coup de cœur pour la pop inclassable des Vendéens Bonne Nuit avec leur charismatique chanteur et son accordéoniste sortant des sons de synthé du futur.
Texte & Photos : Christophe Crénel





































































