Rochefort sur Loire – Le 29 août 2026

Quand on est festivalier, les difficultés qui se jouent en coulisses ne sont pas perceptibles. Entre l’augmentation des coûts, des cachets des artistes, la baisse des subventions, la concurrence, les aléas climatiques et les prises de position un peu tardives (suivez mon regard), il faut être vraiment culotté (et parfois un peu fou) pour se lancer dans une telle aventure. Sauf que les festivals en milieu rural ont leur mot à dire et sont accessibles au plus grand nombre. La culture ne doit en aucun cas devenir un produit de luxe. Du coup, se donner rendez-vous au milieu d’un champ, d’un terrain de football (ou d’un hippodrome) pour écouter de la musique, ce n’est pas un simple passe-temps, cela devient un acte militant. Qu’on se le dise.
À l’affiche de la seconde édition de l’Offange Rock festival cette année : Los Tres Puntos, No One Is Innocent, Dätcha Mandala, The Lucky Trolls et les Vilains Clowns. Cinq groupes qui ne jouent pas tous dans la même catégorie, qui ne racontent pas les mêmes histoires, mais qui partagent une même façon de vivre la scène. Ce festival continue, contre toute polémique, de défendre les musiciens qui jouent chaque concert comme si c’était le dernier. Sacrifier des artistes « intermédiaires » au profit des têtes d’affiche ? Ce n’est pas le créneau de la maison. Les plus beaux concerts sont souvent ceux qui nous accompagnent encore longtemps après les dernières notes…alors en avant la musique.
Les Vilains Clowns sont dissipés, agités, indisciplinés et turbulents. Toute cette ivresse de l’underground leur permet de créer un véritable tourbillon de vie, et on ne va pas s’en plaindre. En pleine tournée mondiale dans les Pays de la Loire, ils ont mis le feu comme jamais et nous ont proposé un joyeux merdier (Merci les Bérus). Capable d’injecter un certain panache dans leur interprétation, le quatuor s’affranchit des conventions et franchit la ligne jaune en fin de parcours. Ils sont belges mais leur musique est irlandaise. Les membres de The Lucky Trolls déploient une énergie fédératrice à coups de guitares saturées et avec une rythmique en béton. Vibrant et rassembleur, leur concert est festif et tisse un pont entre héritage et modernité. Leur réputation ne cesse de grandir et on ressent d’emblée qu’ils sont taillés pour le live. La Belgique n’a pas fini de nous surprendre. Bonne pioche.
Leur trajectoire est ascendante et leur rock décomplexé. Les Bordelais de Dätcha Mandala séduisent grâce à une maîtrise technique et artistique hors du commun. Leur son est vintage et contemporain à la fois. Avec un pied dans les seventies et un autre dans les années 2000, des mélodies accrocheuses et des influences totalement digérées, le trio s’affirme comme l’un des acteurs majeurs d’une scène en ébullition. Addictif.
Le passé et le futur sont abolis, seul le présent de la jouissance à l’état pur prime. Le verbe se fait lointain pour mordre ensuite au refrain.Les Parisiens de No One Is Innocent restent droits dans leur bottes lorsqu’il s’agit de dénoncer la folie du monde dans lequel nous vivons. Comme à l’accoutumée, Kemar au chant, est toujours en verve, devient acteur de ses propres textes et nous fait part de ses états d’âmes. On se retrouve transporté et les paroles font mouche là où les riffs tapent dans le mille. La machine est bien huilée et le tout pensé et conçu pour un rendu intelligemment engagé. Des mots contre les maux donc et une vraie bouffée d’oxygène. Dantesque.
Plus imprévisibles et insaisissables que jamais, les musiciens de Los Tres Puntos luttent coûte que coûte contre la morosité et la connerie ambiante. Leur joie de vivre est contagieuse et redonne ses lettres de noblesse au concept trop galvaudé de faire la fête. Une étiquette malgré tout réductrice tant la formation n’hésite pas à s’aventurer dans de multiples directions sans jamais perdre de vue leur faculté à électriser leur auditoire pour l’inviter à danser. Jubilatoire.
Vous l’aurez compris, à l’Offange, on privilégie la qualité à la quantité. Ici, pas d’effet secondaire. Grâce à une programmation qui avait de quoi plaire, et une ambiance détendue et bienveillante, cet événement a été une nouvelle fois une franche réussite. Parcours initiatique et lieu de mixité sociale par excellence, un festival est une expérience à part. À vivre sur place bien évidemment. Remerciements à toute l’équipe (Philippe, Ben, Fabienne, Cristian, Lucie…) pour leur professionnalisme et leur accueil, aux nombreux bénévoles, à Francis Zégut pour sa gentillesse et sa disponibilité auprès de tous, aux animateurs de Metal Zone Oxygène Radio (Jérôme et Stéphane) et à mon binôme Romain (1 Reporter à l’Ouest).
Arno Jaffré – Photo : Patrice Touchet