La poésie en clair-obscur

Mise en lumière d’un artiste nantais au parcours singulier : Régis Langlais dit L’Anglais, guitariste et chanteur à l’univers délicatement poétique.
D’abord remarqué au sein de Klaktonclown, groupe de chanson française marqué par les influences de Brel et Ferré au niveau de l’écriture. L’Anglais trace depuis plusieurs années une route plus personnelle. Avec son timbre fragile et expressif, il construit un univers à la fois sobre et habité, que l’on découvre sur l’album La Joie de la Chute, réalisé en duo avec Jocelyn Lécuyer à la batterie. Le projet s’est ensuite enrichi de la basse de Freddy Boisliveau, également réalisateur reconnu (Des Lions Pour Des Lions, Monofocus), apportant profondeur et cohérence sonore à l’ensemble pour leur second disque.
Les textes de L’Anglais, empreints d’énigme et d’images cinématographiques, plongent l’auditeur dans un clair-obscur musical où la chanson devient récit sensoriel. Parmi ses influences, on retrouve Rodolphe Burger, Bertrand Belin, Dominique A ou encore Éric Lareine, artistes d’une chanson minimaliste et introspective. « C’est Fantaisie Militaire et la tournée Bleu Pétrole de Bashung qui m’ont mis une grosse claque », confie-t-il. « Je jouais dans un trio de reprises, un ami m’a fait écouter Bashung et ça a été une révélation : cette mélancolie, ce spleen, cette énergie presque épique… » Son univers oscille entre rock et chanson française, teinté d’un blues planant et sensible, où résonnent parfois des échos de Fink, Radiohead, The Cure, Badalamenti ou Sigur Rós. Une musique à la croisée des genres, que L’Anglais assume complètement.
Beaux Jours un nouvel album brut et soyeux

L’Anglais revient aujourd’hui avec Beaux Jours, un album à la fois brut et soyeux, enregistré dans un gîte à Mésanger à la Ferrière, un lieu habitué à ce genre d’exercice. « L’écriture part souvent de la guitare-voix ou du piano-voix », explique-t-il. « On a tout enregistré en cinq jours, puis on a rajouté des claviers, des chœurs et des textures chez Freddy. Les pédales de reverb et de delay colorent le son, tandis que la basse et la batterie balisent l’espace pour l’atmosphère, le lead, les voix du trio. » Cette recherche d’équilibre entre ancrage et évasion se ressent dans tout l’album. Le visuel — un lampadaire illuminant la nuit d’un envol d’oiseaux — résume bien cette tension entre ombre et lumière.
Dans “Paris sur Mer”, la montée en puissance évoque un rythme militaire. “Le Bruit des Orages” répond à celles d’Hugues Pluviôse et à sa chanson “Les Hommes Libres”. Quant à “Les Beaux Jours”, premier titre enregistré avec Freddy, il imagine un feu de joie où l’on brûlerait nos portables, comme un geste libérateur. Un morceau sort du lot : “La Jambe Folle”, plus direct et lumineux, flirtant avec la pop. « On a enlevé un temps dans une mesure, créant un passage claudiquant sans en avoir l’air», sourit Régis. « On a ajouté des guitares à l’envers, un côté un peu psyché… C’est le genre de détail qu’on aime bien, qui donne envie de réécouter. »
Invitation aux voyages
Avec Beaux Jours, L’Anglais signe un disque sincère et élégant, suspendu entre la fragilité et la puissance, la clarté et l’ombre — une invitation à se perdre dans le clair-obscur de ses beaux jours sonores.
Texte et photos : Ivan GARAND – Site de L’Anglais










