Version quatuor de l’Ombre de la Bête, ce groupe offre une musique extrêmement intéressante aux confins des musiques traditionnelles, du kraut rock et de l’électronique. Entretien avec Mathias Delplanque avec lequel nous avons pu nous entretenir lors du dernier MaMA.

Mathias Delplanque et François Robin ont commencé l’aventure l’Ombre de la Bête en 2019. Ce duo offrait alors une musique flirtant avec le kraut rock et les musiques traditionnelles. Une musique dans laquelle les sons organiques de la veuze [NdlR : cornemuse rustique pratiquée dans le pays nantais et dans la partie vendéenne du marais breton] de François se mêlait à celui des machines de Mathias. Depuis le duo est devenu quatuor avec les Ombres de la Bête sans que le projet duo ne soit abandonné : « François est Vendéen. Il vient de la Garnache, la capitale de la veuze. Il a commencé cet instrument dès ses 14 ans. Il a fait du bal, du fest-noz mais vu que c’est une personne extrêmement curieuse, il a exploré de nouvelles pistes musicales. Il a commencé tout seul à mettre de l’électronique dans sa musique mais a senti le besoin d’être épaulé par quelqu’un et m’a contacté pour le rejoindre » nous confie Mathias Delplanque.
Mathias a d’ailleurs et depuis longtemps l’habitude de jouer avec des gens qui utilisent des instruments traditionnels mais qui ont envie de détourner le tradi pour aller vers d’autres horizons : « Ce que je fais avec François n’est pas du néo-trad. Ce sont souvent des gens urbains qui en font. Grâce à François j’ai découvert une scène incroyable entre Nantes et Saint-Nazaire. Une scène composée de gens qui ne passent jamais à la radio mais qui jouent très souvent et s’auto-suffisent. »
Est-ce à dire que ce que produit ces musiciens doit-être considéré comme une musique de niche ? : « Avec le duo on a fait un album et oui au niveau distribution, c’est de la niche mais les morceaux de l’Ombre de la Bête sont assez pop. Des scénographes, des compagnies théâtrales nous demandent souvent des titres. Notre musique n’est pas difficile d’accès. François est un musicien incroyable et il est aussi un grand mélodiste. Il a le sens de la ritournelle qui te reste en tête. »
La musique de l’Ombre de la Bête a un côté hypnotique qui l’éloigne quelque peu du groupe de musique traditionnelle « classique ». Il est au confluent de la musique tradi et de l’électro ou de la transe : « Dans la musique de bal il y a un côté répétitif. Avec mes machines je le radicalise. J’ai vu une fois à la fin d’un de nos concerts François descendre dans la foule et faire danser 150 personnes avec le simple son de la veuze. » L’Ombre de la Bête se rapproche ainsi, d’une certaine façon, de la musique répétitive : « La formule duo est clairement de la musique répétitive. Dans la version quatuor c’est moins le cas. Dans le quatuor les machines sont plus en retrait. C’est très riche au niveau sonore. »
Les Ombres de la Bête basent leur travail, comme on peut s’en douter, sur le collectage : « Cette partie, c’est le travail de François. Les thèmes du quatuor viennent de collectage de chants vendéens. Il y a des choses que l’on a trouvées qui se situent entre le chant et le cri des paysans. On s’amuse à faire passer des thèmes qui viennent du collectage dans de l’IA et cela donne des choses incroyables. François est attaché à une région, à une tradition qu’il connait. Il y tient mais il n’est pas dans le respect de l’ancien. Il y a quelque chose d’assez kraut rock dans ce que nous faisons. J’aime Can, François aime Malicorne, un groupe qui a produit également une musique répétitive et lancinante. »
L’Ombre de la Bête avait arrêté dans sa version duo pour se concentrer sur celle quatuor. Aujourd’hui les deux cohabitent pour notre plus grand plaisir : « Ce sont deux histoires différentes et je tiens à ce que les deux continuent. »
Entrevue : Pierre-Arnaud JONARD – Photo : Jérome SEVRETTE