Toujours au sommet de son art
Après des albums très littéraire sur des textes de Philippe Murray ou autour des figures de Baudelaire et de Verlaine, Bertrand Louis a quelque peu changé de trajectoire comme l’illustre ce single inédit “Les Passions tristes” tout juste sorti qui se situe dans la lignée de Stéréotype(s), son album paru il y a quelques mois. Ce single comme cet album montrerait-il une évolution du musicien vers d’autres rives musicales ? : « J’aime bien parfois changer de route. Et puis j’avais envie d’écrire à nouveau des textes. Il y avait aussi le désir de faire des choses un peu caricaturales comme d’utiliser l’auto-tune mais même si mon album peut faire bordélique, c’est quand même du bordel organisé. Je n’avais jamais trop été dans un registre humour alors que je suis fan de Desproges par exemple. L’humour ça sauve, au final. Je n’aime pas la fausse poésie. Je peux interpréter Baudelaire ou Verlaine mais je n’ai pas la prétention d’écrire ce niveau de poésie alors du coup il me fallait faire quelque chose de différent. »
Avec son nouvel opus, Bertrand Louis offre un disque à mi-chemin des univers de Philippe Katerine et de Gainsbourg : « Ce sont deux chanteurs que j’aime beaucoup. C’est quand même mon huitième album et ce disque représente tout un pan de ma personnalité. » De Gainsbourg, Bertrand Louis reprend le côté provocateur et pas sûr que tout le monde rira de ce merveilleux “A part la Droite, il n’y a rien que je méprise autant que la Gauche” ou ce pourtant fabuleux refrain de “Les Passions Tristes” : « Tous les samedis après-midi, je vais casser du flic à la place de la République » : « Il y a des choses qui m’agacent dans cette société. J’ai trouvé l’ironie pour exprimer cela. Des gens m’ont dit que l’album n’avait pas plu à tout le monde mais on me disait déjà ça pour Le Centre Commercial, mon quatrième album dans lequel il y avait un meurtrier. J’essaie de lutter contre la bêtise. C’est vrai que le morceau “Je suis donc un vieux mâle blanc” peut-être mal interprété. J’ai écrit sans penser aux gens qui pourraient potentiellement être choqués. L’auto-censure il n’y a rien de pire. »
Bertrand Louis a voulu à travers cet album tendre un miroir absurde à notre société contemporaine. Il utilise pour ce faire les thèmes du chantage à l’extrême droite, de l’écologie ou de la sexualité : « Regarder Twitter toute la journée m’a nourri. C’est hallucinant de voir les commentaires des gens sur les réseaux sociaux. » Avec son nouveau single comme avec Stéréotype(s) Bertrand Louis va sûrement surprendre les auditeurs amoureux de ses précédents opus tant il s’éloigne aujourd’hui de la poésie pour quelque chose de plus urbain mais l’artiste n’a jamais choisi la facilité : « Mon troisième album Tel Quel avait bien marché. J’ai fait derrière un disque très sombre, Le Centre Commercial, et c’est au moment de cet album que je suis passé à Taratata. Donc il n’y a aucune logique dans la musique. »
Stéréotype(s) (EPM Musique/Polydor/Universal)
Entrevue : Pierre-Arnaud JONARD – Photo site web : Agnès DHERBEYS



