Très grosse pointure du jazz français Thierry Maillard n’a eu de cesse d’exploser les codes. Il poursuit aujourd’hui son odyssée musicale avec un excellent Avenue Wagram entre jazz et électro.
Influencé depuis toujours par Bart k et Stravinsky, Thierry Maillard a pu pondre par ailleurs des hommages aussi bien à Frank Zappa qu’à Supertramp. Aujourd’hui avec Avenue Wagram il prend encore une autre route, celle de l’électro-jazz avec un disque qui doit autant à Herbie Hancock période Future Shock qu’à St Germain. Si cette ouverture musicale et cet éclectisme peut étonner l’auditeur, elle ne surprend en revanche guère l’intéressé : « J’aime changer de style. J’ai débuté dans la musique avec le classique. A l’adolescence j’étais nourri par Mozart et Chopin mais aussi par le hard-rock. J’écoutais Deep Purple et Led Zep. Je n’avais encore jusqu’à aujourd’hui jamais produit ce que je fais dans Avenue Wagram. Je ne suis pas un musicien électro mais j’ai commencé il y a quelques années à jouer sur des synthés. J’aime les synthés analogiques et les musiques de films. J’ai voulu créer pour ce disque une musique qui soit celle des grands espaces. »
Avec cet album Thierry Maillard (et Yoann Schmidt son acolyte) offrent un disque extrêmement agréable, un album fait à la fois pour penser et pour voyager. L’opus pourra peut-être refroidir les puristes jazz qui trouveront cette musique trop facile mais là encore c’est un grief qui ne fait pas peur au musicien : « C’est vrai que d’une certaine manière c’est de la musique facile mais j’assume. Certains musiciens de jazz auraient honte de faire ça. Moi j’ai aimé faire ce disque hommage à Supertramp comme je suis heureux de sortir cet album aujourd’hui. Il y a encore trop d’œillères dans le milieu du jazz. Quand Herbie Hancock sortait Future Shock ça énervait déjà les puristes et pourtant l’album est devenu un classique. Je ne sais jamais à l’avance ce que je vais faire, un big band ou de l’électro. Le jazz c’est avant tout de l’improvisation. Moi j’aime composer et c’est peut-être pour cette raison que je ne me considère pas comme un musicien jazz. J’ai fait plein de choses différentes dans ma carrière du coup on a du mal à me cataloguer et en France on aime bien mettre des étiquettes. Aux États-Unis un Herbie Hancock peut faire dix mille choses différentes ça ne choquera personne. Ici c’est plus compliqué. Mais je fais ce que je veux au moment où je le veux car je me sens libre. »
Cette liberté est sans conteste due à cet éclectisme musical du pianiste qui aurait pu rester comme nombre de musiciens à faire et refaire une recette qui marche mais a préféré au contraire sortir des sentiers battus en nous offrant ces dernières années un album hommage à Brel, Brassens et Ferré puis un autre à Zappa ou encore un Moog Project qui revisitait Supertramp : « J’aime le jazz mais aussi la pop et le rock. Dans le jazz j’ai beaucoup aimé Miles Davis, Jean-Luc Ponty et Chick Corea. »
Avenue Wagram c’est donc à la fois l’éclectisme musical de cet artiste hors-norme et aussi le voyage dans un trip cinématique, un voyage entre la capitale française et l’Asie : « Avenue Wagram c’est un clin d’œil au 17ème arrondissement qui est mon fief. L’album est ainsi un hommage à Paris et à Shanghai, une ville que j’adore. »
Texte : Pierre-Arnaud JONARD – Photos : Vincent BARTOLI

Avenue Wagram – Ilona (L’autre Distribution)