Un Duo Virtuose
Les amoureux du jazz comme ceux de la soul, du funk ou de la fusion doivent absolument se ruer sur l’album des Honnet Brothers. Un disque qui explose les genres musicaux avec une classe et une virtuosité incroyables. Et pour les amoureux de l’orgue Hammond, un must.

Les deux frères Honnet sont de grosses pointures de la scène musicale française ayant commencé la musique dès le plus jeune âge avant d’accompagner toute une partie de la scène musicale de notre pays, dans des genres aussi différents que le rock, le rap ou la variété. Les deux frères ont joué avec des artistes aussi divers qu’Anaïs, Louis Bertignac ou Theodora. Aujourd’hui ils lancent enfin leur propre projet qui a été longuement mûri : « Nous avons toujours joué mon frère et moi dans des formations à côté de nos sessions de musiciens de studio et de live. Robben Ford qui est comme un frère pour nous nous a dit il y a quelques années : « J’ai quitté Miles Davis pour faire mon truc, vous devez faire de même ». On s’est dit alors que c’était le moment. C’est super d’être sidemen mais faire sa propre musique c’est quand même le top. Quand tu es musicien pour un artiste c’est très plaisant mais c’est, la plupart du temps, figé. Dans les Honnet Brothers nous sommes totalement libres. Notre musique est improvisée. C’est celle de l’instant. Elle peut changer du tout au tout d’un concert à l’autre. »
Excellents musiciens les deux frères proposent avec ce disque un album réjouissant qui mélange jazz, funk, soul dans un esprit qui rappelle fortement les grandes productions 60’s : « Nous avons réfléchi à l’ancienne. Nous écoutons du jazz, de l’afro-beat, de la world music mais aussi des trucs plus modernes. On aime bien la trap par exemple. Et à côté de cela, Led Zep et Deep Purple. Notre disque est groove mais il n’est pas funk. On ne l’a pas composé comme un disque funk. On est plus proches de la soul 60’s que du funk, de choses comme Booker T and the Mgs par exemple. Nous avons mélangé toutes nos influences pour ce disque. On voulait un truc qui sonne un peu vintage. Les basses, synthés et orgue ont été enregistrés dans la même pièce, en prises live. On avait envie d’un truc organique. L’IA donne des choses intéressantes mais trop lisses. Nous, au contraire, nous voulions un truc un peu typé. »
En écoutant cet album on capte très vite qu’il est l’œuvre d’amoureux de la musique, de gens capables de créer comme à une certaine époque des disques qui dépassent les genres musicaux pour les transcender : « Nous avons grandi avec le jazz comme avec la world-music, la fusion et le blues. Nous écoutions Coltrane comme Eddy Louis ou Weather Report ou des choses plus pop comme Michael Jackson ou Prince. On a grandi avec la musique noire américaine dans son ensemble. »
Est-ce que cet album va marquer la fin de la carrière de session-men de ces deux grands musiciens pour ne plus se concentrer que sur leur projet qui prend avec le temps de plus en plus de place ? : « Nous n’allons pas arrêter d’être des musiciens de studio mais nous allons quand même nous concentrer sur notre duo. L’an dernier nous avons refusé des tournées pour privilégier les Honnet Brothers. On a fait des trucs super en tant que musicien de studio. Avec Bertignac par exemple c’est toujours bien. Il y a des pains sur scène et Louis dit toujours mais c’est ça le live. Mais on a également joué avec des projets guère intéressants et cela on ne le fera plus. »
D&A (Ben Art Records)
Pierre-Arnaud JONARD – Photo : Olivier GIRARD