Astrobal x Léo Blomov

Leo Blomov vient de sortir un très bel album de musique brésilienne chez Tricatel  : Blomovinho. Un disque enregistré au studio de la Bergerie, ce lieu magique où officie Emmanuel Mario, tête pensante d’Astrobal, entre autres. Occasion rêvée pour faire un entretien avec les deux hommes.

 

 

Emmanuel, ton studio est comme un laboratoire. Il est situé vers Leucate, c’est ça  ?  

Emmanuel Mario  : « Il est entre Narbonne et Perpignan, perdu en pleine garrigue. C’est la maison d’enfance de Nina, ma compagne. C’est son père, Jérôme Savary, qui l’avait acheté dans les années 70. C’est un lieu de vie et c’est aussi un studio. On produit plein de gens que nous adorons là-bas. On le fait vivre comme un lieu militant.  Le lieu est à la fois un lieu d’habitation et un studio. Cette maison était le rêve de Jérôme. »

Leo Blomov : « J’avais déjà été enregistré des batteries en 2022 au studio de Mario. On s’est ensuite rencontrés à Paris. Là j’ai fait tout l’album là-bas. »

 

Vous avez des goûts musicaux communs  ? 

Emmanuel Mario  : « Oui nous avons de nombreux goûts communs  : la musique brésilienne, la musique japonaise, le jazz… »

Leo Blomov  : « L’amour de la musique brésilienne nous l’avons tous les deux avec Mario. L’idée de faire un disque de musique brésilienne j’en avais super envie. C’était un risque que de chanter dans une langue que je ne connais pas. J’ai écrit des morceaux en français que je traduisais directement. Bien prononcer le portugais n’est pas quelque chose de facile. J’ai dû réécrire des mélodies. J’avais fait deux premiers albums qui étaient un peu comme un diptyque. C’était évident pour cet album de tout écrire en portugais. La langue brésilienne comme l’italien ou l’espagnol possède un côté lyrique. »

Emmanuel Mario  : « Quand il nous a envoyé ses demos on a trouvé ça dingue. Ce que j’aime dans son album c’est que ce n’est pas passéiste. »

 

Les influences c’est João Gilberto, Chico Buarque  ?

Leo Blomov  : « Oui eux, Milton Nascimento, Gal Costa. Je n’écoute que de la musique brésilienne depuis cinq, six ans. »

Emmanuel Mario  : « La musique brésilienne est ce qu’il y a de plus ambitieux dans la pop. C’est une musique qui est populaire là-bas car c’est une musique politique. »

 

Vous aussi êtes politiques.

Emmanuel Mario  : « Oui vivre dans une communauté isolée est politique. On est aujourd’hui dans une situation infernale. Je pense que le partage reste la solution. Il se passe plein de choses passionnantes là où on vit.  Je suis en contact avec des gens qui votent RN. Et c’est intéressant que de n’être pas qu’entre soi comme dans le 18 eme arrondissement. »

 

Leo, tu as signé l’album chez Tricatel  ?

Leo Blomov  : « Je leur ai fait écouter les demos. Burgalat m’a fait confiance pour ce projet. C’est très rassurant de bosser avec lui. On est libres chez Tricatel. »

Emmanuel Mario  : « Bertrand est quelqu’un de très généreux. Il a toujours dit du bien d’Astrobal. J’ai joué avec lui il y a vingt ans dans «  Les derniers jours  du monde » des Frères Larrieu. Nous nous sommes rencontrés à cette occasion. Les labels indés fonctionnent comme des majors, ne prennent aucun risque. Tricatel en revanche en prend. Quand The Sound of Music est sorti en 2001 pour moi cela a été plus important que les disques de Daft Punk. Plein d’albums mainstream ont copié ça par la suite. »

 

Quel est votre ambition commune  ?  

Emmanuel Mario  : « Nous cherchons à être surpris dans les formats pop. Ce qui nous lie c’est faire des enchainements inattendus. Même si nous n’avons pas de morceaux qui marchent ce sont des titres qui peuvent plaire à plein de gens. »

 

Vos musiques sont différentes. 

Leo Blomov  : «  C’est vrai. Astrobal touche ainsi les amateurs de musique électronique. Mais nous avons en commun de n’avoir jamais eu pour ambition de faire de la musique de niche.  »

Emmanuel Mario  : « Nous aimons Lucio Battisti, Battiato, Michel Delpech. Battisti a une palette très large. »

 

Tricatel a depuis ses débuts une image élitiste alors qu’il y a des titres qui auraient dû être des tubes.  

Leo Blomov et Emmanuel Mario  : « Tout à fait. »

 

Texte : Pierre-Arnaud JONARD

 

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