Du rock et une rose
Sa silhouette est peinte sur un mur du festival, une pensée d’abord pour Daniel Colling, décédé cette année. Ce festival garde un peu de l’empreinte passionnée et iconoclaste de cette figure transgressive du monde du spectacle qui a dirigé le Printemps de Bourges pendant 40 ans. Bourges a cette particularité d’être un festival populaire, mais qui n’oublie pas de financer des créations originales et d’encourager la découverte avec cette année encore des Inouïs qui secouaient la pulpe et les conventions.
Rock Made In France

Last Train (c) Chistophe Crénel
Commençons par la soirée rock du vendredi au Palais d’Auron avec à une affiche 100 % française : Bandit Bandit, Ko Ko Mo, The Liminanas et, pour finir, les 4 fantastiques de Last Train. Le groupe était de retour à Bourges, 10 ans après avoir conquis le Prix des Inouïs. Light Show et son énorme, 2 mois après la sortie de l’album III et les concerts de lancement à La Boule Noire, Last Train confirme que son rock est aujourd’hui taillé pour les plus grands festivals sans avoir perdu de ce qui fait son charme singulier : le lien fraternel entre les membres du groupe et, dans les morceaux, ces humeurs romantiques, planantes et cinématographiques entre 2 éclairs de métal. Même sentiment de puissance dans le son de Bandit Bandit. Maeva, sa chanteuse, est devenue une incroyable performeuse et le show est aussi rock que sensuel, pour ne pas dire sexuel. Le duo nantais Ko Ko Mo est venu, lui, apporter sa touche fantasque en ressuscitant l’esthétique du heavy-rock des 70’s, avec Kevin, le batteur, version John Bonham à lunettes et Warren, son guitariste chanteur, opérant la fusion sans IA entre Jimmy Page et Robert Plant.
Fragile mais pas tant que ça

Fragile (c) Christophe Crénel
À retenir encore, sur la scène du 22, la performance tonitruante des Angevins de Fragile, un groupe qui a la bonne idée de brouiller les pistes entre hardcore et post-punk avec un excellent boulot sur la mélodie et les chœurs et, au chant, Baptiste, total look à l’anglaise avec Polo Fred Perry et voix puissante. Impossible de rester en place. A découvrir absolument et il y a visiblement un album en prévision pour cette année.
Pour clore le chapitre rock, performance un peu brouillonne des anglais de Knives avec quand même une mention spéciale pour leur bassiste, sosie bondissant de Zack de La Rocha. Show un peu décevant de Gwendoline Gwendoline. Les Bretons sont plongés en permanence dans la pénombre et nous perdent un peu. On les devine à peine et leur excellent 2ème album a perdu de son mordant sur scène. Amusant de noter que la nouvelle scène teenage pop s’acoquine avec les guitares rock.. C’était le cas à Bourges avec les anglaises Chloé Slatter et Chloé Qisha. Une pop acidulée qui rappelle un peu l’insouciance skate punk du milieu des années 2000. Enfin mention spéciale pour le duo de Nevers Copycat, 2 cousines avec du tempérament qui jouent en VF un rock flirtant avec l’impertinence de Wet Leg.
Pierre et la Rose, une voix en plein cœur

Pierre et la Rose (c) Christophe Crénel
Pour terminer, 2 coups de cœur. Hasard de la programmation des Inouïs, il s’agit de 2 artistes queer qui évoquent leur parcours en musique de façons totalement différentes. Tedaak est un diablotin à l’humour vif qui navigue entre techno, punk et emprunt à la chanson. On verrait bien un plateau commun avec les Vulves Assassines. Tedaak secoue avec malice les conventions tout en portant un message plein de fantaisie qui n’oublie pas d’être militant, surtout lorsque l’un de ses complices monte sur scène avec un drapeau antifasciste. Enfin l’artiste le plus bouleversant est sans nul doute Pierre et la Rose, apparu(e) seul(e) en scène, coupe afro, tenue d’entraîneuse de bar et d’énormes bottes à talons rouges. Mais l’émotion est ailleurs. On ne retient rapidement que sa voix poignante, évoquant tour à tour Nina Simone et Benjamin Clementine. Les mélodies nous transpercent et ses mots filent la chair de poule par leur sincérité, la voix passant du murmure grave à l’orage avec une agilité singulière pour évoquer sa vie et le regard sur sa différence. Pierre et La Rose est fort justement l’un des artistes récompensés par le Prix des Inouïs aux côtés de Gildaa, Adès The Planet et Exotica Lunatica.
Texte et Photos : Christophe CRÉNEL























































