Dude Low

Pop Velours

 

Déjà un 2ème album pour Dude Low, le projet de Lucas Benmahammed, petit prince d’une pop en apesanteur aux vertus thérapeutiques. Saint Hélier permet de confirmer les talents d’alchimiste de l’artiste breton et ses savants dosages mélodiques aujourd’hui majoritairement chantés en français. Rencontre avec le musicien rennais qui a trouvé la recette pour “Flotter dans l’air”

 

 

D’où surgit ton improbable pseudo Dude Low ?

 

C’est plutôt con, il reprend le nom du fameux Jude Law, en lui donnant un sens presque politique : Dude Low « le mec d’en bas ».

 

Le côté Low est pas mal contredit par ton parcours et tes sorties de disques. C’est ton deuxième album en 3 ans. Travailleur acharné ou mec à la cool ?

 

Travailleur à la cool je dirais, j’ai juste des moments où la création m’obsède.

 

Dude Low n’est pas ton seul projet musical. Comment tu es passé de ton groupe Born Idiot à ce projet solo ?

 

J’ai commencé Dude Low quand j’ai réalisé que je ne pouvais pas sortir tous les morceaux que j’avais dans mon tiroir, prêt à exploser. Alors, je me suis créé mon personnage, totalement indépendant des volontés extérieures. Et j’ai pu enfin calmer mes frustrations et m’épanouir aujourd’hui dans les deux projets.

 

La nouveauté de ce premier album c’est le chant en français. Pour quoi ce passage en VF ?

 

J’ai ressenti un pic d’imposture à une certaine période. Continuer l’anglais devenait un réel dilemme. Le fait de vieillir et de s’accepter m’ont amené à chanter dans ma langue natale pour être compris de mes camarades. Deviendrais-je nationaliste ? (sourires). Il y a tout de même un morceau en anglais dans l’album (NDLR : L’excellent “Extraordinary” qui clôt le disque)

 

Quels textes font preuve pour toi de cette grande sincérité ?

 

Le texte qui résonne le plus en moi c’est “Niksen”, une ode à l’ennui et aux âmes parallèles qui nagent à contre-courant du monde moderne ultra stressant et anxiogène. Pour moi cette chanson agit comme un antidépresseur. J’aime la chanter. Et, pour info, Niksen est un mot hollandais. C’est un concept philosophique qui prône l’art de ne rien foutre.

 

“Polyamour”, c’est tentant de te demander si c’est une expérience personnelle. Mais visiblement on se trompe un peu sur le sens de cette chanson…

 

J’ai écrit cette chanson en réalisant qu’on vivait dans une bulle où tout le monde se fout sur la gueule. Ça m’a inspiré pour écrire sur la reconnexion entre humains que j’ai symbolisé par ce doux mot : Polyamour. Donc pour te répondre, ce n’est pas au sens littéral qu’il faut écouter ce titre.

 
 
 

Quelles sont les musiques qui te font vibrer ?

 

Je ressens des vibrations dans beaucoup d’univers différents, la palette s’étend de la bossa nova au post punk en passant par de l’ambiant. Quelques références qui m’animent : The Strokes / Alice Phoebe Lou / King Krule / Salami Rose Joe Louis / Homeshake / Deerhunter / Omni / Loving…

Qui, parmi les français, réussissent à trouver grâce à tes oreilles ?

 

J’aime beaucoup voyager avec Muddy Monk qui pète les codes du mix à la française un peu ringard.

 

Étonnamment, ton disque majoritairement en français, sort aussi sur un petit label aux US.

 

Et oui, très heureux de renouveler mon partenariat avec David Wood de Fogwood Records (basé à Raleigh en Caroline du Nord). Ce mec est comme une crème adoucissante, un très gros bosseur. Il a d’ailleurs masterisé les tracks de ce nouveau disque. Nous sommes plus écoutés aux États-Unis qu’en France et j’en suis heureux car les pionniers de la contre- culture sont tout de même souvent américains.

 

Ta base arrière c’est le quartier rennais de St Hélier. Un mot sur ton ancrage breton. Qu’est ce que tu apprécies le plus sur Rennes ? L’émulation musicale, le rythme, le Chouchen…

 

Me sentir proche de la mer et de mes potes. Et aussi pour les cuites d’après-midi à refaire le monde en terrasse comme celle du Vieux Saint-Étienne ou du Oan’s.

 

En même temps, tu parles aussi du rêve de LA. Tu es un voyageur immobile ou tu te verrais bien vraiment faire du roller sur Venice Beach ?

 

J’aurais trop peur de me péter la gueule à roller mais pourquoi pas. L.A était le symbole parfait pour contraster avec Saint-Hélier. Le rêve américain et la nature face au quartier bétonné de Rennes.

 

Quand on regarde le dessin qui orne la pochette du disque, on y voit une guitare, ton instrument fétiche, mais aussi la gare St Hélier, le goût pour la fête avec la bouteille et le smiley, et aussi le mode planeur. On aurait pu ajouter d’autres éléments ?

 

Un ballon de foot aurait pu appuyer mon côté prolétaire, mais le monde du foot n’avait pas encore besoin d’une pub de luxe à son effigie. J’aurais pu y ajouter beaucoup d’éléments mais il a fallu être efficace (sourires).

 

Est-ce qu’il y un dénominateur commun à tous ces éléments ou tu aimes bien te voir comme un grand puzzle en cours de résolution ?

 

Tout ce bordel représente ma vie au moment de l’écriture du disque donc le dénominateur commun existe mais j’aime l’idée du puzzle en cours de résolution car il y a des symboles dans cette pochette qui ont évolué et qui pourraient être dessinés différemment aujourd’hui.

 

Je parlais de la guitare qui est ton instrument premier. Tu as visiblement souhaité qu’elle puisse porter aussi ce mood planeur qui est le tien. Parle-nous de tes choix en termes de son.

 

J’aime flirter avec la fausseté dans mes guitares détunées (vibrato, chorus) et jouer de la fragilité organique d’un vrai instrument. Ça apporte une véritable âme à un disque, même si c’est subjectif. J’ai du mal avec tout ce qui se fait à l’ordinateur. Ça peut très vite m’endormir.

 

Ça n’est pas abordé frontalement, mais on a l’impression que cet album en français, te permet d’envoyer un message de love dans un monde bien tourmenté.

 

Beaucoup de messages sont sous-entendus et envoyés non frontalement à mes concitoyens.Notamment l’amour via “Polyamour” comme tu dis, aussi de la noirceur avec “Mauvais rêve” ou enfin le lâcher prise avec “Flotter dans l’air”. Ce sont des thématiques qui m’ont nourri durant ces dernières années.

 

Tes rêves les plus fous ?

 

Écrire un roman, et je compte m’y mettre avant de crever.

 

Jude Law est-il au courant de ton existence ?

 

J’attends sa réponse depuis maintenant 4 ans mais il m’a bloqué je crois…

 

Entrevue & Chronique disque : Christophe Crénel // Photos : Tanguy Barot

 
 

Chronique

 

Saint Hélier

Foudrage Record / Fogwood Records

 

La pochette de l’album ressemble à un jeu de l’oie. Les dessins mettent sur la voie de ce disque délicieux d’indie pop concocté par le musicien rennais Lucas Benmahammed. Parmi les indices : une guitare, la gare Saint Hélier et un artiste à fine moustache en mode planeur. Dude Low confirme sur son deuxième album un sens inné pour la mélodie qui caresse et un parfum de mélancolie gonflée à l’hélium. La nouveauté c’est le chant majoritairement en français, mise à nu d’un jeune homme qui noie son anxiété sous une cascade de guitares détunées, de synthés moelleux et à la nonchalance assumée. Sérieux tout en étant léger. Avec “La Vendetta”, il prend sa revanche sur ses angoisses, “Niksen” philosophe sur l’art de l’ennui et le “Polyamour” devient une métaphore pour se reconnecter aux autres. Une pop qui donne de l’amour, programme approuvé pour ce voyageur délicat qui a trouvé comment “Flotter dans l’air”.