Bandeau Longueur d'Ondes n° 101

GUITARE EN SCÈNE

13-17 juillet, Saint-Julien-en-Genevois

On aimerait vraiment garder ce festival pour nous – comme un trésor caché – de peur que son écosystème s’en trouve dénaturé. Mais, bien plus que les incroyables artistes qui l’ont traversé depuis 15 ans, la tentation de l’ériger en exemple est bien trop grande…

 

John Paul Jones (Led Zeppelin), Gilberto Gil, Joe Satriani, Steve Vai, Deep Purple, Scorpions, Marcus Miller, Carlos Santana, ZZ Top, Ben Harper, Sting, Nono (Trust), Airbourne… La liste des invités ne serait pas aussi incongrue si vous saviez qu’ils se sont tous produits à proximité du terrain de foot municipal d’une ville de 13 000 habitants, se croisant nonchalamment dans des loges abritées par le gymnase du coin.

 

 

Alors certes, la ville – quasi frontalière de Genève (20 min.) – possède un casino, a accueilli l’une des plus grandes discothèques européennes et taquine parfois son homologue de Montreux, mais c’est surtout au contact de ses habitants généreux que l’on comprend vite l’adage autochtone et malicieux : « Haute Savoie ? Haute-couture ». Car loin d’être un simple nom-valise, Guitare en scène remet vraiment en tête d’affiche l’instrument, multipliant les jams entre musiciens (une des spécificités de l’événement) devant une jauge ne dépassant volontairement jamais les 5 000 spectateurs. Soit : un festival non lucratif ; sans salarié ; où sont convoqués disquaires et autres luthiers ; animé par 250 bénévoles ; et avec un président-programmateur guitariste (Jacques Falda) dont l’énergie et le don de soi pourraient soulever n’importe quelle montagne – suisse, en l’occurrence.

 

Pas étonnant que les programmés y soient rares en France, en même temps qu’un tremplin donne la visibilité nécessaire à la scène locale : il s’y passe chaque année quelque chose d’inédit… Une forme d’humilité, une passion perceptible et absence de cynisme devenues rares, se ressentant jusque dans les rapports interpersonnels et attentionnés…

Ici, on joue, mais on ne triche pas. On se met en danger (économiquement ou techniquement) pour la noblesse de l’art. Rien que ça. Assez en tout cas pour rappeler/réanimer ce pourquoi nous nous sommes tous un jour lancés – nous programmateurs, journalistes, artistes, spectateurs… – et comment ce sentiment devrait éternellement nous habiter. Qu’importe alors les principes perfectibles, l’esprit resté intact ne peut qu’inciter à une admiration qui n’a pas à rougir d’être jalousé. Voire copié…

Car tout petit festival qu’il croit être naïvement, c’est précisément la marque des grands.

Texte : Samuel DEGASNE

Crédits photos sur les clichés (dans l’ordre : Airborne, Last Train, Ben Harper, One Rusty Band et Scorpions)

ARTICLES SIMILAIRES