Bandeau Longueur d'Ondes n° 101

SLIM PAUL

Scarecrow - Musicalarue 2014 ©Benjamin Pavone

Bâtard de la musique

 

Scarecrow est mort, vive Slim Paul. Le bluesman toulousain sort un premier album solo, Dead Already, et invite à ne pas reléguer le blues au rang de vieillerie culturelle.

 

Un nouveau départ

 

Alors que sort son premier album solo, Slim Paul écrit déjà le deuxième. « Cette année a été intense, je préparais l’album tout en assurant la dernière année de Scarecrow  [Voir encart]. Voilà quelques jours seulement que je souffle. » À l’attente de la sortie s’ajoute une excitation nouvelle : « Maintenant, c’est mon nom sur la pochette et sur l’affiche, même s’il y a une équipe avec moi, ça reste mes choix. C’est pour ça que je voulais arrêter Scarecrow, pas à cause d’une embrouille, mais car je voulais porter mes propres morceaux. Juste le duo basse-batterie [Manu Panier et Jamo D, ndlr] pour soutenir la voix et la guitare ; un power trio rock comme The Jimi Hendrix Experience. » Angoissé de tout recommencer ? « Forcément, je vais perdre une partie du public hip-hop. Mais, ce qui me rassure, c’est qu’il y a une base de public, qui a donné plus de 6000 euros pour l’album grâce à un site participatif. C’est un nouveau départ, et j’espère que ça n’est que le début. »

Toute la musique que j’aime

Slim Paul a toujours été biberonné à la musique afro-américaine. Ses premiers amours musicaux ? « Little Richard et Chuck Berry. Ensuite, Jimi Hendrix a été une grosse claque quand j’ai commencé la guitare. » Quelles voix ? « Il y en a des tas, Aretha Franklin, Ella Fitzgerald, Nina Simone, Janis Joplin. Surtout, il y a Ben Harper, à qui je dois beaucoup, et de qui j’ai pris énormément, peut-être même trop certaines fois ! » Et de notre côté de l’Atlantique ? « Comme grande chanteuse, il y a eu Edith Piaf. Je pense aussi aux deux premiers albums de -M-. Il a été très novateur, car la figure du guitar hero n’a jamais été très française. Alors, quand ce type est arrivé de nulle part avec sa coupe et sa dégaine… Mes deux dernières claques sont les deux derniers concerts de Camille que j’ai vus. Cette fille fait ce qu’elle veut de sa voix, elle est la fille spirituelle de Bobby McFerrin, et ses musiciens sont incroyables. »

Faire du blues aujourd’hui

« C’est un cri du cœur, une façon de se rebeller, de parler de son blues, de ce qui nous fâche. C’est intemporel. Je ne fais pas du blues traditionnel. Cette culture est devenue ma religion, elle m’a toujours parlé et me parlera toujours. Je souhaite la faire voyager, jouer avec ses codes. Je ne suis pas un énième imitateur de Robert Johnson. Je suis un citoyen français, je suis un témoin de la génération à laquelle j’appartiens, je ne me compare pas à mes prédécesseurs et j’assume complètement ma forme de blues. Je trouve intéressant de reprendre certains codes, jouer avec et d’exprimer mes propres considérations, celles d’aujourd’hui. »

Le rêve américain

« Je suis un bâtard de la musique, je suis Français et j’ai grandi avec une culture afro-américaine. Ma musique prend un autre sens aux États-Unis, les gens comprennent les paroles, et ont cette culture. Culturellement, le français n’est pas ma langue, j’en ai emprunté une autre, l’anglais. J’ai écrit la moitié de mon album à New-York, je suis arrivé sous Obama et suis reparti sous Trump. Je suis conscient de la pauvreté et du racisme qui y sont forts. Je ne rêve pas du capitalisme le soir, mais cela ne change pas mon amour pour cette culture. »

 

Texte : Valentin Chomienne

Photo : Benjamin Pavone

 

Scarecrow

 

500 concerts, dans 15 pays différents, pendant 10 ans. Trois chiffres pour comprendre ce que fut Scarecrow, quartet français de blues-hip-hop éteint en 2017. Depuis Toulouse, Slim Paul chantait anglais, Antibiotik rappait français, Jamo D était à la basse et le Pap’s battait le temps sur sa batterie. L’hybridation des champs de coton et des tours de béton, de l’anglais et du français, de deux genres musicaux par essence engagés. Après Zebda et avant Bigflo et Oli, Scarecrow représentait la scène de la ville rose au-delà de la Garonne, en France comme à l’étranger.

 

>> Site de Slim Paul

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