Les Trois Baudets — 11 septembre 2018.

À force d’affûter leurs chansons sur des scènes diverses et variées, les musiciens d’Orouni ont réussi à entrer dans le paysage musical français. Entre rêverie littéraire et inspirations exotiques, c’est un art de la pop toujours renouvelé.

Le plus important et peut-être rarement signalé : la grande qualité technique et harmonique des musiciens dont on sent bien la forte proximité. Il ne s’agit pas de simplement jouer ensemble mais de faire œuvre, prendre au sérieux cet artisanat de la chanson-pop dans lequel, en effet, le groupe peut exceller.

Le concert démarre d’ailleurs avec un nouveau morceau (“No features”) qui en donne précisément le mode d’emploi : ballade lentement déployée et finalement soutenue par les cuivres sagaces de Raphaël Thyss. À plusieurs reprises, la machine à danser s’emballe, entre raffinement mélodique à la Paul Simon et beauté formelle façon Belle & Sebastian. On pourrait aussi parler de Donovan lorsqu’il savait briller (Barabajagal, 1969).

Rémi Antoni — au chant et à la guitare — évoque la présence persistante de la figure de Ray Davies, pour le song writing. Mais on sent bien qu’Orouni n’est plus seulement « sous influences » et qu’il vole de ses propres ailes depuis la sortie d’une petite poignée de disques et notamment Somewhere in dreamland.

Au-delà de cette unité du groupe, se détache clairement le duo que forme Rémi avec Emma Broughton qui a peu à peu rejoint le groupe lui apportant cette touche de virtuosité qui peut-être lui manquait encore. Emma, que l’on a pu entendre avec Bon Iver est, en effet, une musicienne gracieuse et souriante qui fait briller à peu près tout ce qu’elle chante, que ce soit en soliste ou dans ce chœur qui fait l’une des grandes forces du groupe. Elle joue également de la flûte, formidable en soutien rythmique, imprimant cette fois une texture folk psychédélique aux chansons rigoureusement pop des garçons. Bien malgré nous, on passe le concert à guetter ses interventions, un peu trop rares… Mais peut-être qu’Orouni a compris que pour être aimé, il fallait aussi être désiré.

Antoine Couder
Photos : Matthieu Dufour (noir & blanc) & Mickaël Adamadorassy (couleurs)


Publié le