I ME MINE ©Dan Pier

ELLIPSE INTEMPORELLE

La France a toujours excellé dans le domaine de la pop léchée et sophistiquée. I me Mine est devenu aujourd’hui l’un des plus dignes représentants de ce genre. Avec un second album sous le coude, ils se révèlent comme de petits génies de studio, parfaits Beach Boys français.

Tout le monde connaît “I me mine”, ce morceau des Beatles, composé par George Harrison que l’on trouve sur Let it be. Frédéric, chanteur du groupe, l’avait fait sien en débutant son projet solo. « J’avais voulu rendre hommage à un groupe de la même manière que l’avait fait Radiohead qui avait trouvé leur nom d’après un morceau des Talking Heads. “I me mine” signifiait aussi que j’avais décidé de tout faire tout seul. Sam et Guillaume m’accompagnaient en répétitions et sur scène. Ils se sont tellement investis dans le projet, qu’I me mine est devenu un trio. La période solo n’aura finalement duré que quelques semaines. »

Après un premier album éponyme qui a eu un écho favorable dans l’Hexagone, les Toulousains ont donné de nombreux concerts notamment en première partie de Talisco ou Placebo. Des tournées qui les mèneront même en Chine, fait assez rare pour un groupe français. « On a joué là-bas pour une Fête de la musique. Cela a été possible grâce à l’Alliance Française qui envoie chaque année des groupes un peu partout. Cela a été une expérience incroyable car nous n’avions jamais fait de live devant tant de monde. Le public chinois était à fond. Les gens voulaient être pris en photo avec nous. On a vu des personnes qui chantaient les paroles d’un concert à l’autre. Ils les avaient apprises après nous avoir vus une première fois. C’était dingue. On a donné quatre concerts là-bas et on rêve d’y retourner. »

Après des années de live,  I me mine reprend le chemin des studios et accouche d’une suite discographique qui ne leur donne pas entière satisfaction. « Fin 2016, on avait fait une trentaine de morceaux, nous pensions avoir terminé mais nous n’avions pas vraiment de plaisir à jouer ces titres sur scène. On sentait bien lors des concerts que le public ne réagissait pas trop à ces nouveaux titres. On s’est dit qu’ils ne devaient pas être si bons que cela et que nous n’étions pas allés assez loin. » Retour au studio donc pour ces trois perfectionnistes que l’on pourrait imaginer comme de petits cousins français de Brian Wilson, passant des années enfermés dans une pièce à la recherche de l’œuvre magistrale.

Le groupe aime en effet la pop sophistiquée, celle où les arrangements sont rois dans la lignée d’albums comme le Sgt. Pepper’s des Beatles ou de ceux des Beach Boys. « Nous utilisons le studio comme un instrument. La période de préparation, de sessions a été longue. On s’est fait plaisir. » Grand fan de musique, I me mine ne peut cependant pas être catalogué comme un groupe revivaliste des années 70, même si l’influence musicale de ces années-là est bien sûr présente chez eux.

On les imaginerait volontiers comme des puristes ne produisant leur son qu’en analogique, mais le groupe ne s’interdit pas de retravailler sur ordinateur. « On mêle l’analogique aux possibilités actuelles des studios. On a fait des batteries années 60 sur du matériel de l’époque, mais avec un enregistrement numérique ! C’est à la fois vintage et moderne. On utilise toutes les astuces de mixage d’aujourd’hui. À force d’écouter plein de disques, on a essayé de reproduire ce qu’on aimait. »

À l’intérieur de la riche scène toulousaine, I me mine est un peu à part, ne souhaitant pas appartenir à quelque clan que ce soit : « Cela ne nous dérangerait pas d’être assimilés à une scène mais nous aimons tellement de styles différents qu’il est difficile de nous cataloguer. Nous sommes amis avec un grand nombre de groupes toulousains, mais ils ne font pas la même musique que nous. Cette ville bouge bien musicalement. Il y a des trucs électro, hip-hop et une scène garage assez active. »

Avec les années, le groupe a construit une équipe autour de lui : « Nous bâtissons peu à peu les fondations. D’année en année, la maison devient plus solide. » Une progression qui les voit être finalistes du prix Ricard S.A. Live 2015 et enflammer les Transmusicales. « Nous arrivons souvent en finale mais ne gagnons jamais. Cela s’est passé de la même façon lors des différents tremplins auxquels nous avons participé. Nous finissons toujours seconds. Nous sommes sans doute les Poulidor de la pop française. »

 

Ellipsis

Autoproduit

Le second album des Toulousains confirme tous les espoirs qui ont été placés en eux. C’est un disque extrêmement riche où l’on entend aussi bien de la pop symphonique 60’s que du rock 70’s et même des touches électro et dansantes. On passe au fil des titres d’un psychédélisme ouaté à une pop atmosphérique délicate. Un album fait, on le sent, par de grands amoureux de la musique où chaque petit détail a son importance. Les arrangements de Clément Libes sont d’une très grande classe et nous offrent au final un opus qui flirte avec la perfection. Il semblerait qu’avec ce disque le trio nous ait offert leur Pet Sounds à eux.

 

>> Site d’I Me Mine

Texte : Pierre-Arnaud Jonard

Photo : Dan Pier


Publié le