Le grand hotel ©Serge Beyer - Longueur d'Ondes

Du 29 juin au 2 juillet, Tadoussac (Québec)

CADRE : Charmant petit village touristique à l’embouchure du Saint-Laurent.

 

MÉTÉO : Moitié bermuda, moitié K-way.

 

CHANGEMENT DE DATE : Pour se séparer des Francofolies de Montréal qui étaient venues chevaucher ses dates depuis quelques années, pour s’éloigner des nouveaux festivals qui se sont désormais implantés dans la région, grignotant des spectateurs, le Festival de Tadoussac se place désormais fin juin, s’associant ainsi au Festival de Petite Vallée en Gaspésie (à 500 km de là). Le bilan de Charles Breton, directeur : « On ne peut plus se permettre d’avoir les dates début juin, hors congés, c’est trop risqué. Là avec la Fête du Canada, on a trouvé notre place. »

 

LES PLUS :

– Les lieux insolites pour les concerts. La plus grande salle, c’est l’église du village réaménagée pour l’occasion (attention à ne pas mourir pendant le festival, enterrement impossible…). La plus belle c’est l’église anglicane, toute en bois et à l’acoustique idéale.
– L’accueil souriant en tout temps, en tout lieu, des salles aux restaurants, de l’épicier à la postière.
– La place faite aux premières scènes et aux nouveaux talents ; l’atelier « Les chemins d’écriture » étant un temps fort.

 

LES MOINS :

– La transformation de ce qui était des chapiteaux en concerts en plein air avec juste un abris pour la scène… Renseignement pris, l’an prochain ça sera réparé !
– La salle « Marie-Clarisse » toujours aussi moche et mal éclairée ! Faisons une collecte pour acheter des spots afin que l’année prochaine on puisse voir les artistes !

 

GÉNÉREUX : « C’est la première fois de ma vie que je vais plaquer une note et jouer à Tadoussac » lance Joseph Edgar tout sourire. Et pour l’occasion l’Acadien de Montréal offre un show énervé et rock à souhait ; le lendemain un concert acoustique en trio ; et le troisième jour il est en solo, puis en duo. Différentes facettes de cet homme généreux, habité et toujours en recherche : « C’est un appel général, un appel global, un appel animal : où est l’amour ? »

 

À L’OS :

– Dépouillé, juste une trompette pour l’accompagner (et une machine à écrire !), Guillaume Arsenault met ses chansons poétiques à nu. Glissant parfois une touche d’humour entre les titres : « Paraît qu’une pomme par jour tient éloigné le docteur pour toujours… Ça c’est à condition de bien viser ! ».
– Épuré lui aussi, l’intense Dimoné semble jouer sa vie à chaque concert et impose une attention fervente, tel un Bashung qui aurait l’accent du Sud.
– Plus solo c’est impossible. Louis-Jean Cormier, fait un show de deux heures, seul à la guitare. Il prévient : « Ça va être platte, très long, chansonnier… » Pari non-risqué vu la ferveur du public qui n’hésite pas à l’accompagner. Puis très vite, s’énervant sur sa gratte : « Fuck le chansonnier, j’ai un petit feeling Woodstock chaque fois que je viens à Tadoussac. » Intense, il revisite donc ses titres qui ressurgissent brillants, tels des petits bijoux.

 

IMMUABLES ? L’impression de voir le même show qu’il y a dix ans. Les Cowboys Fringants arrivent cependant à renouveler leur public grâce à leurs textes humanitaires et rebelles qui font écho et leur musique festive. Une version québécoise des Pogues ?

 

RETOUR : Après sa période crooneur, puis son trip mexicain, Damien Robitaille revient tel qu’on l’aime : mélodique, original, drôle et touchant. Au piano ou à la guitare, entouré de son band, il assure son nouvel album autant que ses tubes d’antan. Le public est aux anges.

 

TIÈDES : Ils passent en radio, ils connaissent un certain succès au Québec, ils sont sympathiques, mais ils nous laissent une impression tiède : Karim Ouellet poppy et gentil, Le Couleur les Niagara du pauvre, Patrice Michaud folk-rock à filles, Vincent Vallières le gendre idéal, Bernhari et ses synthés eighties…

 

LA REPRISE DU FESTIVAL : C’est un choix inattendu : « Les amants » des Rita Mitsouko totalement revisité par Geneviève Toupin et Joseph Edgar. Chair de poule.

 

EXPÉRIENCES :

Le premier est Québécois, le second Hollandais, tous deux, pince sans rire, laissent dubitatifs…
Urbain Desbois est une institution ici ; son humour cinglant fait mouche, sa voix évoque parfois Didier Wampas et sa formation rock assure… mais on attend des textes plus profonds, un petit quelque chose de plus… qui ne vient pas !
Dick Annegarn lui, parle beaucoup et sans filtre ; seul sur scène le poète sarcastique peut se planter, faire des imitations, interpeller le public, partir a capela sans jamais se prendre au sérieux. On ne sait jamais ce qu’il va se passer. Une sorte d’happening, en fait.

 

GRANDIOSE : En version quintette (dont deux batteurs) et plus pop-rock que plantant, Daniel Bélanger, que l’on pourrait facilement ranger dans la famille Gérard Manset les doigts dans la prise, balance un show de grande qualité faisant la part belle à son nouvel album.

 

LA PETITE PHRASE arrive le 1er juillet, jour de la fête nationale du Canada, et c’est Serge des Hôtesses d’Hilaire qui la balance : « Hey on célèbre aujourd’hui 150 ans à piller les ressources naturelles de notre terre, 150 ans à spolier et détruire les richesses culturelles des Amérindiens, ça se fête : FUCK YOU CANADA ! »

 

Texte : Serge Beyer

Photos : Serge Beyer & Ludvig Germain Auclair

>> Site du Festival de Tadoussac

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