N3rdistan ©Guendalina Flamini - Longueur d'Ondes

N3rdistan

Du 16 au 19 mars 2017
Paris

Paris est une fête

Né d’une volonté commune entre la Mairie de Paris et les labels indépendants le CALIF de proposer un festival de musique en amont de la grande saison estivale, cette 2e édition confirme tout le bien que l’on pouvait en attendre de part la densité et la diversité de sa programmation. À la frontière du tourisme et de la mélomanie, l’expérience est d’une richesse anthropologique rafraichissante. En 4 jours, une centaine d’artistes dispatchés dans des hauts lieux parisiens et insolites : l’identité de ce rendez-vous musical ne ressemble à aucune autre.

 

Jour 1

Jim Bauer, Theo Lawrence / Musée Eugène Lacroix

Ironie de la programmation (le peintre s’inspira de faits historiques et fut l’un des principaux représentants du romantisme dans la peinture française du XIXe siècle), la soirée du 16 mars offre deux revivals langoureux au musée Eugène-Delacroix…

90s tout d’abord, avec le songwriter Jim Bauer, dans la tradition des pubs folkeux avec gilet en laine, ras-de-cou, mèche essuie-glace et son lot de reprises à contre-pied (Justin Timberlake, Daft Punk…). Une technique bluffante, même si l’instrumentation pêche parfois par ses manques mélodiques au profit du rythme, se privant ainsi de variations.

Puis c’est au tour des 60s avec Theo Lawrence (sans son groupe The Hearts), crooner soul-country à la maturité toujours aussi désarmante et à l’humour jusque-là sous-estimé. Le vêtement impeccable et la voix passée sur le grill du Tennessee, l’artiste complète un anachronisme bienvenu dans un cadre intimiste qui n’en manque déjà pas. Un moment érudit et hors du temps.

 

Dream Koala / Église Saint-Eustache

La file d’attente est longue devant l’entrée de la plus musicale des églises parisiennes et pour cause, imaginer la voix angélique du Franco-Brésilien dans ce lieu spirituel a de quoi susciter de hautes espérances. Soyons clair, la prestation offerte ce soir, que l’on soit en odeur de sainteté ou non avec le shoegaze astral du jeune homme, est d’une émotion rare et singulière. Accompagné par l’orchestre “L’ensemble Corde”, les morceaux du jeune homme, réarrangés à la perfection, prennent encore plus de hauteur, tutoyant les cieux dans un show où le divin n’a jamais semblé être aussi présent. Une prestation qui touche au miracle. C’est au bord des larmes que l’artiste quitte la scène, lui aussi conscient d’avoir vécu quelque chose d’irrationnel.

 

Jour 2

Jean-Michel Blais / Le Petit Palais

L’une des particularités du festival est d’étirer un arc musical qui vise aussi bien les musiques actuelles que d’autres plus traditionnelles. Contemporain, classique, baroque, le choix est grand. À la jonction de ces frontières musicales, le pianiste Jean-Michel Blais auteur d’un premier disque II, fait une représentation à une heure où la digestion l’emporte régulièrement sur la concentration. Et pourtant, aux premières intonations de ces notes à la résonance cristalline, la lourdeur des paupières laisse place à un éveil de la conscience total. Une grande prestation pour ce cousin de Yann Tiersen, signé par le label canadien Arts & Crafts, qui compte aussi dans son escarcelle des artistes tels que Timber Timbre, Feist et Chilly Gonzales, c’est dire le niveau… Pour vous en convaincre, l’écoute de cette piste ne sera pas de trop…

 

Jour 3

Seabuckthorn ©Guendalina Flamini - Longueur d'Ondes

Seabuckthorn

 

Seabuckthorn / Crypte de Notre Dame

La venue de l’Anglais Andy Cartwright est très attendue. Auteur d’une série de disques enregistrés entre Bristol et Montreuil, et d’un récent EP touchant au sublime I could the the smoke, le jeune homme arrive avec un retard conséquent, suite à l’attaque contre un militaire à l’aéroport d’Orly. Sa musique basée sur une technique baptisée finger-picking élabore des arpèges qui troublent la perception du temps et déchirent le tissu de la réalité pour s’engouffrer dans une dimension que seuls les ectoplasmes peuvent connaitre. Dommage que le cadre muséologique de la scène ne soit pas plus adapté au mysticisme de cette musique, les catacombes auraient été à cet effet d’un tout autre ordre…

 

 

 

Haydar Hamdi, N3rdistan / Café de la Danse

Une odeur de libération flotte dans l’air en ce samedi soir et pour cause : la salle soutenue par la Mairie de Paris a mis l’accent sur la diversité culturelle et propose un fragment du Maghreb représenté par une jeunesse tunisienne dont la soif démocratique n’a toujours pas été satisfaite, 6 années après la Révolution du Jasmin. Entre cris de colère et d’amour, les deux garçons enflamment un public venu en masse, arguant les corps à se soulever des strapontins auxquels ils sont vissés, dans une configuration pour le coup mal adaptée à cette frénétique musique. Le public l’a bien compris et les deux concerts se terminent dans un vent de folie, tous ne résistant pas à l’appel de cadences musicales poussant à la danse. Un vrai moment de bonheur que les sourires affichés sur tous les faciès ne peuvent pas mieux refléter.

 

Jour 4


Maria Simoglou / musée du Quai Branly

Encore une salle comble pour terminer ce festival de manière exotique, la jeune femme grecque de Marseille est attendue par un public d’esthètes avertis. Choisissant pour le coup de mettre en musique des textes issus des années 20 et 30, racontant l’histoire d’une femme dans une société grecque codifiée par le machisme, le quatuor propose une expérience unique, supportée par un rebetiko d’un autre temps. Ce genre musical né dans les ports de Grèce et Turquie au début du XXe siècle est ainsi réarrangé de manière moderne au travers d’instruments qui ne le sont pourtant pas (kanoun, ney, lyra), et retranscrit avec une poésie d’une délicatesse subjuguante. Au regard des yeux fermés sur de nombreux visages dans l’auditorium Claude Lévi-Strauss, l’évidence que l’expérience proposée transporte ne fait aucun de doutes. Un trip à la fois hypnotique, méditatif et introspectif, convoquant les fantômes du passé dans des sonorités tout aussi spectrales…

 

Les plus

– Une variété de genres musicaux incomparable.

– Des lieux insolites, beaux et majestueux.

– Un festival aventureux.

– Paris, carrefour du monde.

 

Les moins

– Les horaires des concerts, pas assez d’artistes en soirée.

– Pas de pass pour les quatre jours à tarifs unique.

– Certains lieux inadaptés comme la crypte de Notre-Dame-de-Paris.

Texte : JULIEN NAÏT-BOUDA / Photos : GUENDALINA FLAMINI

 

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