Sur le port @Festival Interceltique de Lorient 2016 ©Fabrice Lassort - Longueur d'Ondes

Lorient (56)

Du 5 au 14 août 2016

C’EST QUOI ? Le long de la marina de Lorient, une enfilade de stands abrite divers exposants : livres, restauration en tout genre, gadgets, producteurs locaux et pavillons de pays qui proposent des concerts (gratuits) tout au long de la journée. En sus, des expositions, des sports celtes, des défilés, des Fest Noz, un “Espace parole et solidaire” bien pensé et des concerts (payants) le soir dans divers lieux : église, gymnase, théâtre, chapiteau, stade… La palette musicale va de Joan Baez à Dan Ar Braz, en passant par le retour des Irlandais The Corrs ou les Bretons Cécile Corbel, harpiste-chanteuse et Youn Kamm et son Bagad du Bout du Monde…

DÉROULÉ : La journée est rythmée par des parades, des animations, des concerts improvisés au coin des rues et le soir place aux danses bretonnes et aux groupes rock dans les bars. La bande-son générale, c’est le biniou non-stop.

LES PLUS : Tout est gratuit jusqu’à 22 h ; ensuite le passe “de soutien” pour les concerts du soir coûte 5 € pour les 10 jours.
Le mélange des générations.
Les look décomplexés et baba-super-cool, plus les kilts en folie.

LES MOINS : Le manque d’information sur les concerts gratuits de la journée de stands en stands. Un récapitulatif quotidien serait le bienvenu pour guider le festivalier.
La viande soûle dès la tombée de la nuit (et parfois avant).

L’AUSTRALIE : C’est son année. A elle le plus grand pavillon pour expliquer cette île-continent aux 23 millions d’habitants et la diaspora celte la plus importante de la planète ! Concerts, conférences, expos durant 10 jours. C’est l’immanquable de 2016.

LE BRADE : C’est sûr, Alan Stivell est un grand bonhomme inspiré et à l’écoute du monde. Il a su marier le trad aux sons électros-rock en créant son univers. La foule bretonne est là pour lui (un chapiteau archi-complet) et elle communie religieusement. Seul et éternel problème avec lui : son inexpressivité totale qui annihile tout élan de chaleur qu’on aimerait lui témoigner.

LE GROUPE ROCK : Incontestablement An Acoustic Sin. Le chanteur a un faux air de Bernie Bonvoisin (Trust) et un sourire facétieux de diablotin… Le groupe d’excellents musiciens balance des titres (anglos) canons sans concession qui vont du gros blues qui tâche au hard-rock d’antan. Le combo n’est pas neuf, il a officié dans les 90’s, mais il vient juste de se reformer. De la sueur et des tripes, comme on les aime !

LA BELLE FLEUR : Begoña, c’est la leader du quintette Riobó, venu de Galice, et elle mène de groupe de son violon avec une énergie folle. Si la musique vient du traditionnel, elle lorgne souvent vers l’esprit rock !

L’INCONTOURNABLE VIOLON : Avec la cornemuse c’est l’instrument roi du festival. On le retrouve à toutes les sauces, dans tous les pays, dans quasiment tous les pavillons. Mention spéciale au virtuose en la matière : Duncan Chisholm, des Highlands écossais, ayant joué avec Wolfstone (rock celtique). Pour son pendant féminin, on retiendra Dominique Dupuis, la souriante Acadienne qui a démarré ici à 16 ans, et qui revient cette année en formule trio épuré avec les excellents Rémi Arsenault de l’Île-du-Prince-Édouard à la basse et Stephen LeBlanc (le casseur de cordes) à la guitare. Elle emballe toujours autant le public qui a la banane en quittant le show.

LE MIX : Sa[f]ar, qui signifie “parole” en breton et “voyage” en arabe, est un groupe surprenant qui chante en breton sur les ambiances jazzy et ethniques.

LE POÈTE-PUNK : Originaire de Moncton, Nouveau Brunswick, Joey Robin Haché navigue entre pop et folk-rock avec un côté sauvage et rentre-dedans qui séduit. Un bon sens de la mélodie ; une belle découverte.

LA BÉATITUDE : Se retrouver, hors du tumulte ambiant, dans une église moderne en béton, pour déguster un concert d’Aber Valley Male Choir est un cadeau hors du temps ! Une trentaine de papis du Pays de Galle chantent en harmonie des chants religieux ou traditionnels, voire gospel, accompagnés par une octogénaire au piano, et c’est un régal.

LA FÊTE : Les groupes festifs sont légion à l’Interceltique. Danny Boudreau et son band (avec accordéon et violon) parlent de « goélette, tradition, marin, océan, Louisiane, fête, amis… ». Tout est dit. La Virée choisit des chansons à répondre, à taper du pied et à consommer sans modération. La bonne humeur est communicative, impossible de résister ! Hors scène, Eric, le chanteur, confie : « La réalité acadienne dans la musique, c’est moins la fête ! Nous sommes des “quêteux” d’aides de l’état car la professionnalisation n’est pas reconnue hélas ! Très dur d’avoir un plan de carrière quand on est tous obligés de travailler pour vivre… Je suis directeur technique du Théâtre Capitol de Moncton depuis dix ans, mes acolytes travaillent à la discothèque de Radio Canada ou… sont technicien en thermo-pompes ! »

GRANDIOSE : Le stade accueille régulièrement le soir tous les pays participants qui proposent tour à tour leurs parades de musiciens, danseurs, chanteurs sur fond de diapos ou films genre office du tourisme. C’est grandiose, c’est magnifiquement mis en lumière et filmé, on se laisse emporter par les couleurs, les sons et les musiques. Le tout dure plus de deux heures et finit par un feu d’artifice à la hauteur de la soirée.

LES NÉOS : Ils sont 4 tout jeunes francophones de la Nouvelle Écosse et du Nouveau Brunswick et ils font du néo-folk-trad-progressif inspiré par Harmonium ou Beausoleil Brossard. Le chanteur poursuit un master littéraire et lutte contre « l’insécurité linguistique » et deux autres sont en études musicologie ; ça se ressent dans leur univers pourtant bien joyeux par moments. Ils se nomment Cy ; prononcez “saï”.
Et néo-folk dépouillé pour Maggie Savoie, guitare en main, batterie au pied. Une grande fille timide, un peu gauche semblant s’excuser d’être là. Textes simples et courts. Elle avoue avoir « enregistré un disque sans le faire exprès, jute pour mes matantes, ma famille… » On pense à ses consœurs, les Hay Babies

…ET LE HASARD ! Une foultitude de concerts improvisés ou organisés par tous les troquets de la ville attendent le chaland qui vagabonde au gré des rues. Et là, tout est possible : des marins joyeux, du rockabilly dépoussiéré, des grand-mère reprenant Bobby Lapointe, des enfants prodiges à la cornemuse… et des ados reprenant à merveille des standards rock devant un parterre de jeunes filles hystériques !
L’Interceltique, c’est plus qu’un festival, c’est une expérience !

Site du Festival Interceltique de Lorient

Texte : SERGE BEYER  /  Photos : FABRICE LASSORT

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