La sortie de son cinquième opus, « La chose », nous montre une fois de plus un artiste mélomane éclectique et profondément tendre. Retour sur la carrière d’un amoureux de son métier.

« Ca a commencé avec un rejet de la société, comme tout le monde à l’âge de 15 ans. On était une petite bande de glandeurs et on a décidé de faire de la musique. On a finit par tellement exister qu’à 18 ans, on était sur la route ! » Le Cri de la Mouche, le premier groupe de Camille Bazbaz, a fait son chemin pendant près de dix ans. « La vague punk nous était passée sous le nez et on rattrapé le train vers 1983. » Quand ils se séparent, assez violemment, en 1993, c’est une période noire assez longue : « Je ne savais plus comment je m’appelais. J’avais 25 ans et j’étais doublement anobli : « Bazbaz du Cri de la Mouche » ! Je sortais acheter le pain sapé en cuir de la tête aux pieds et je ne comprenais absolument pas pourquoi les gens me regardaient de traviole. Et ça me rendait mal ! Je suais à grosses gouttes et je rentrais en rasant les murs avec mon look à la Johnny Thunders ! Heureusement, la zike qui te pousse à aller voir dehors si t’y es ! »

Aujourd’hui, il prépare la tournée de son nouvel album, « La chose », enregistré avec la tribu de musiciens qui le suit depuis une petite dizaine d’années. « Je croyais que je ne travaillerai plus avec des gens, mais les rencontres font que, malgré tout, je me suis constitué un groupe l’air de rien ! Et cet album, j’ai voulu qu’on l’enregistre tous ensemble. » Loin des poncifs, il ne travaille qu’avec des amis « et tout va très bien. » Quant aux textes, il travaille avec un pote de quartier : « On se pose sur un coin de comptoir et on vide notre sac. C’est une fine plume et il m’aide beaucoup. Mais c’est difficile d’écrire à deux : par honnêteté, je ne veux raconter que mes histoires, ne pas faire un pseudo verbiage. Dans une chanson, l’intention doit être totale. »

C’est le nouveau label Sakifo Records, basé sur l’île de la Réunion, qui a produit « La chose ». Cela dit, l’aventure des gros labels, Bazbaz la connaît bien : en vingt ans, il les a quasiment tous faits. « Je ne me suis jamais senti vraiment à ma place dans cette version industrielle de la musique. Je n’arrivais pas à comprendre comment ils fonctionnaient et, d’ailleurs, c’était réciproque ! J’ai souffert pendant vingt ans avant d’avoir le courage de me dire : je vais me démerder tout seul. » En 2006, il quitte Columbia et commence un album en autoproduction qu’il peine à boucler faute de moyens. En 2008, le festival Sakifo invite Bazbaz à La Réunion pour la seconde fois et l’équipe d’organisation décide de produire son nouveau disque, en montant un label indépendant. Encore une fois dans sa musique se mêlent funk, blues, rock’n’roll, groove et chanson. Cet éclectisme musical, Bazbaz l’a acquis par une écoute et une curiosité sans fin. Screamin’ Jay Hawkins, Sex Pistols, Johnny Guitar Watson, Iggy Pop, Gainsbourg, Ramones… il a construit son métier d’artiste en vrai boulimique, et son style également : « Dans mes précédents albums, j’ai beaucoup fait mes basses au Fender Rhodes, d’abord parce que ça s’y prête et que ça a un son génial, mais surtout parce que j’avais vu Ray Manzareck le faire dans une vidéo. »

Pour l’album « A drop », avec Winston McAnuff, Bazbaz s’est lié à la Jamaïque. Passionné par le bon reggae, il se voit bien continuer dans ces amitiés-là : « J’ai bossé avec mes idoles, comme Sly Dunbar, et ça s’est tellement bien passé ! On a plein de projets, je compte bien y retourner. »

Lise Facchin

« La chose » – Sakifo Records

bazbaz.noziris.net


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